vendredi 5 septembre 2008
Il est quelque chose comme 14h30 entre la France et le Cameroun, nous sommes à quelques 8000 m d'altitude, nous survolons Tamanrasset et cela doit faire plus de 3 heures que nous avons décollés de Roissy Charles De Gaules, de mon cher pays qu'est la France...
Je m'apprête à vivre une formidable aventure que j'aimerais vous faire partager. Je viens, ce matin d'entamer un voyage qui sera peut être l'une si ce n'est la grande aventure de ma vie. Je pars deux ans découvrir l'interculturel, découvrir le Cameroun et surtout, m'investir dans un projet qui a pour but d'aider des sortants de prisons camerounais dans leur réinsertion sociale et professionnelle. Quel courage ! Me diriez-vous... Je ne sais pas, à l'heure où j'écris ces quelques lignes, si ce n'est de l'innocence ou de l'inconscience qui m'a poussé à partir comme cela. Toujours est-il que beaucoup m'ont dit qu'ils ne pourraient pas se déraciner comme je vais le faire. Pendant ces quelques heures qui me séparent de ma « nouvelle vie », je me suis demandé d'où était parti ce projet, pourquoi avoir une telle envie de se couper durant un temps des gens que l'on aime et du pays où je suis né, ai grandi, ai construit, où je me suis épanoui et où je m'épanouis encore...
Peut être est ce parce que j'ai toujours voulu vivre une telle expérience. Plusieurs souvenirs me remontent en mémoire. Tout d'abord j'ai beaucoup de souvenirs d'avec mes parents qui m'ont permis de les accompagner dans leurs voyages dès tout petit. Nous avons pu ainsi, pendant leurs vacances et les miennes voyager et découvrir un peu « le monde ». Certes, ces expériences n'ont pas grand-chose à voir avec ce que je m'apprête à vivre. Nous partions généralement un mois où nous voyagions dans un pays bien particulier et faisions de l'itinérant. Ici, aujourd'hui il s'agit pour moi de construire quelque chose au Cameroun et surtout m'intégrer dans un pays, une région, une ville, un quartier...et ce pendant deux ans. J'ai pu rencontrer également plein d'étudiants venus de tous les horizons du monde. En effet, cela fait plusieurs années que mes parents font partis de l'association « bienvenue à Caen ». Cette association est un intermédiaire entre des étudiants étrangers venus étudier en France (et plus particulièrement à Caen) et des familles caennaises. Cette expérience m'a aussi un peu permis de découvrir un peu des autres pays et de la jeunesse étrangère. Je pense seulement que mes parents m'ont permis d'être ouvert sur l'autre, curieux des autres cultures, de l'étranger dans tout les sens du terme. Ceci est une grande éducation.
Peut être que mon rêve de voyage est né lorsque j'étais encore sur les bans de l'école primaire où je regardais par delà la fenêtre en me disant qu'un jour je visiterai le monde. J'étais déjà sur et conscient qu'il y avait de grandes choses à vivre par delà la fenêtre de mon école et surtout par delà les frontières. Je ne rêvais pas d'être un explorateur comme Indiana Jones (ce film passe d'ailleurs pendant le vol, comme c'est intéressant...). Non moi ce que je voulais c'est rencontrer des gens, vivre avec eux pour comprendre leur mode de vie et comprendre ce qui fait leur Culture, leur façon de vivre, de penser et de se comporter... Ce qui fait leurs différences et aussi nos similitudes.
Peut être aussi que cette idée de voyage est arrivée à un moment de ma vie où il a été question pour moi de me poser les bonnes questions. Que voulais-je faire de ma vie, comment et pour quoi ???... J'ai eu cette chance de pouvoir très vite trouver les réponses que beaucoup cherchent (ou pas) toute leur vie. J'étais « empêtré » dans une voie professionnelle qui ne me correspondait pas. J'ai eu aussi cette chance d'avoir à mes cotés des parents qui ont eu la possibilité de pouvoir m'aider à poursuivre les objectifs que je m'étais fixé au cours de cette période critique. Je voulais travailler en faveur des personnes les plus démunis de notre société et aussi avec les autres qui sont aussi en dehors de notre pays, du fait de l'ouverture sur l'interculturel que je vous ai compté tout à l'heure...
Je pensais et je pense toujours que j'ai, que nous avons tous, à apporter une pierre à la lutte contre la pauvreté et les injustices de ce monde. Je suis malgré tout réaliste et ne veut pas être et ne me pense pas du tout comme « un super héro ». Je pense vouloir apporter ma contribution à un monde plus juste, qu'il ne l'est pas vraiment aujourd'hui, c'est le moins que l'on puisse dire. Beaucoup d'entre vous me dirais qu'il est incapable de cela mais je ne demande pas à tous de faire ce que je fais mais seulement d'avoir une conscience citoyenne, une conscience critique envers ce que la société veut nous faire croire, veut nous faire ingurgiter. C'est en additionnant les actes citoyens qu'on arrivera à construire « un monde humain ».
Bref, je pars aujourd'hui pour ce qui sera une courte période de mon existence mais qui, je pense me marquera très profondément toute ma vie. J'y vais pour découvrir une autre culture, d'autres façons de vivre, de pensée, de se comporter. J'y vais pour m'intégrer à une vie, à un environnement dans lequel je n'ai pas encore évolué et auquel je ne connais rien ou si peu... Je ne serais jamais que l'étranger chez eux ou « le blanc », « le français » mais je veux construire quelque chose de solide là bas et surtout avec les gens que je vais rencontrer. Cette expérience je le fais pour découvrir l'autre mais je sais aussi que je vais me découvrir et avoir une prise de recul par rapport à ma propre culture, mon propre pays, ma propre identité... Il ne faut pas croire malgré tout que l'on peut partir comme cela sans sacrifices. Je pense pour moi aujourd'hui que c'est un sacrifice ne serait ce qu'au niveau des proches. Nous serons séparés les uns des autres pendant deux ans. Combien d'anniversaires, de noëls ou encore mariages, décès se passeront sans que je sois là. Le voyage est un enrichissement personnel mais nécessite également des sacrifices. Je sais ce que je quitte mais ne sais pas ce que je vais trouver dans mon voyage. Mon défi est de me faire accepter avec toutes mes différences et aussi tous mes préjugés de petits blanc dont j'espère très vite me séparer...
Ca y est, je rêvais du Cameroun, me demandais comment ça allait être, comment seront les gens, et bien j'y suis ! L'arrivée au Cameroun a été assez sportive, l'avion avait déjà 2 heures de retard « à cause » d'un camerounais qui devait se faire expulser. Celui-ci ne voulait pas embarquer dans l'avion. Il a commencé à crier tout ce qu'il pouvait et voyant qu'il ne se calmait pas, le capitaine de l'avion a décidé de faire demi-tour sur le tarmac. Après 6 heures 30 de voyages, j'atterris à Douala. L'arrivée dans l'aéroport a été très sportive aussi. La première chose qui m'a frappé c'est d'abord la chaleur très lourde de Douala. Cela vous prend directement, au sortir de l'avion. Le passage de la douane s'est très vite passé. En allant vers l'aérogare, il y avait déjà quelques personnes qui voulaient déjà s'occuper de mes bagages à main contre quelques menus monnaies. Le problème a été ensuite de récupérer mes sacs de voyage. J'ai très vite senti « la promiscuité africaine ». En effet, tout l'avion se serrait autour du tourniquet. Le problème était que l'aérogare était très petit et nous étions beaucoup de voyageurs. Chacun se serrait l'un contre l'autre pour être sur de pouvoir récupérer ses effets. Les bagages sortaient un à un et il m'a fallu attendre encore deux heures pou voir enfin poindre « le nez de mes bagages ». Beaucoup de gens commençaient à s'énerver les uns contre les autres, fatigués d'attendre et surtout, je pense, fatigués du voyage. J'étais un peu angoissés car je savais que l'on m'attendait mais ne savais pas qui et surtout s'ils avaient eu le courage de m'attendre. Je me voyais mal me débrouiller seul avec tout mon « barda », trouver la route d'Edéa ou d'un hôtel quelconque pour pouvoir dormir cette nuit, surtout que je n'avais aucun francs CFA avec moi...
Heureusement, un chauffeur sympathique m'attendait avec une grosse pancarte avec mon nom dessus. Le pauvre attendait depuis plusieurs heures sous la chaleur et la moiteur des centaines de personnes qui attendaient après mon avion. Inutile de vous dire que dès que j'ai franchi l'aéroport, j'ai été « harcelé » par les quelques jeunes qui proposent leurs services pour porter les bagages ou encore trouver un taxi contre un peu d'argent. Un d'eux m'a d'ailleurs suivi jusqu'au parking disant que je pouvais lui faire confiance, qu'il appartenait au « service de sécurité »... Lorsque je lui ai dit que je connaissais la combine et que j'étais assez costaud pour me débrouiller seul, celui ci s'en est allé très en colère me signalant que je méritais « des claques » et que mon père ne m'en avait pas assez donné étant jeune... J'avais déjà vécu ce genre de situation à Dakar. Bien sur, il ne faut jamais accepter leur aide au risque de ne plus revoir ses bagages...
Après une heure pour sortir du parking de l'aéroport, nous sommes enfin sur la route d'Edéa, ma destination finale. Douala est bel et bien une ville africaine. La circulation est démoniaque, avec des bus, des camions, des voitures, des piétons et surtout énormément de motos qui doublent à droite, à gauche, au milieu de la route... La route, c'est l'une des principales du Cameroun car elle joint Douala (capitale économique) à Yaoundé (capitale administrative). Même s'il est tard, beaucoup de monde est dans la rue autour de bars, de commerces. Ces quelques kilomètres pour sortir de la ville me fait encore pensé à Dakar. Il y a la même effervescence, les mêmes petites échoppes sauf qu'à Dakar il n'y a pas beaucoup de bars, la population étant musulmane. Ca y est, je suis bel et bien en Afrique. Nous quittons la grande ville et sommes bientôt dans la campagne. Elle est très verte ce qui est une bonne surprise. Même si j'avais vu quelques photos, je ne me rendais pas compte de la richesse de la nature. Il y a pas mal de petits villages ou hameaux autour de la route. Les gens sont dehors, en famille, même s'il est pratiquement 22 heures et qu'il fait nuit depuis longtemps.
Nous arrivons donc à l'hôtel. En effet, je devais être hébergé dans le foyer pour les sortants de prison mais les travaux ne sont pas encore finis. En conséquence, je suis hébergé dans l'hôtel d'un français (M. Cartier) qui vit depuis plus de 20 ans ici. Il est très investi dans le projet que nous avons en commun. Je reviendrai sur lui plus tard. Le chauffeur, (son chauffeur) me laisse en m'emmenant à la réception. Le réceptionniste me donne les clés de ma chambre et me dit d'aller au restaurant en me signifiant de me faire passer pour l'invité de M. Cartier. Je mange ce soir là pour la première fois du zébu. Cela a vraiment le même gout que le b½uf. Les employés de l'hôtel sont vraiment aux petits soins avec moi, ici, il me suffit de dire que je suis l'invité de M. Cartier, c'est un véritable laissé passer pour tout les services possibles et imaginables. La chambre est une chambre de « luxe ». Il y a la climatisation, un frigo, la télé, des toilettes et douches privées. Je me couche très vite, pressé de découvrir l'environnement qui sera le mien pendant deux ans.
Dimanche 7 septembre 2008
Il est 9h00, j'ai mal dormi car j'ai horreur de la climatisation, j'ai eu froid et je n'ai pas su la régler... Je me lève et ouvre les volets. Surprise ! L'hôtel est tout devant le fleuve Sanaga, fleuve qui traverse Edéa. Le point de vue est magnifique et je découvre ce que j'avais entrevu hier pendant la nuit. La nature est vraiment luxuriante, partout où il n'y a pas de construction, on se croirait vraiment dans « la jungle ». Là, pas de doute je suis bien arrivé. A 10h on vient frapper à ma porte. J'ouvre, une employée me dit que la s½ur avec qui je vais travailler est en train de m'attendre au restaurant. Je découvre une vieille petite femme assise en train de déguster tranquillement son petit déjeuner. Elle m'accueille avec un sourire magnifique et me demande si j'ai fait un bon voyage. Elle parait visiblement très contente de me voir. Nous ne savons pas vraiment quoi dire même si nous commençons à nous présenter doucement.
La s½ur me dit qu'elle a vécu près de 34 ans en France, un peu partout et aussi à Paris dans différentes communautés. Ce jour, il y a plein de monde au restaurant. Nous sommes régulièrement interrompus de notre conversation car la s½ur connait presque tout les gens qui déjeunent ce matin. Beaucoup de camerounais sont habillés avec des costumes de cadres, peu sont en boubous (habit traditionnel). La s½ur me présente aux différents maires d'Edéa (ils sont au nombre de 5), qui ont une réunion ensemble ce matin. Plusieurs sont de sa famille. Elle me présente ensuite des cadres de l'UCAM, l'usine d'aluminium d'Edéa qui a elle seule est le poumon économique de la ville. Elle me présente aussi des cadres de l'administration comme par exemple l'ancien préfet d'Edéa. Même si l'hôtel est magnifique, je me rends compte que c'est vraiment les élites qui le fréquentent. La s½ur m'annonce que je resterai quelques temps ici car le centre ne peut pas encore m'accueillir étant donné que les travaux ne sont pas encore terminés. Je suis un peu déçu mais me dis que ce sera une bonne transition entre la vie française et la vie camerounaise. Les différentes relations de la s½ur pourront aussi nous être très utiles dans le lancement de notre centre. Le fait d'avoir des liens avec les élites politiques, administratives et économiques nous permettra surement d'avoir des fonds ou encore de nous permettre d'accélérer certaines de nos démarches administratives.
Nous partons de l'hôtel et nous dirigeons vers le centre. La s½ur est venue avec un chauffeur car elle est maintenant trop âgée pour conduire. Je découvre un peu les rues d'Edéa. La ville où j'évoluerai pendant deux ans. Edéa est, comme on me l'avait dit, un carrefour entre Yaoundé et Douala et Kribi. Cette dernière est une ville touristique où se retrouve beaucoup d'européens. De ce fait il y a plein de bus et de camions qui passent par Edéa pour aller à Douala, Yaoundé et Kribi. Sur la route, il y a des quantités de motos. En effet, les gens se déplacent la plupart du temps par ce moyen de locomotion. Les plus « fortunés » ont leur propre moto et les autres utilisent « des motos taxis ». Beaucoup de monde travaillent comme cela. Il y a les chanceux qui ont leurs propres véhicule et les autres qui travaillent pour le compte du propriétaire du véhicule. Un serveur de l'hôtel me disait que ce n'est pas un bon plan d'être propriétaire car les employés profitent souvent en trouvant une excuse pour ne pas venir au travail (maladie, moto en panne...) mais travaillent en fait pour leur propre compte...
Nous arrivons enfin au centre. L'endroit où je devrais vivre pendant deux ans. Il est composé d'une petite maison pour la s½ur et d'un grand bâtiment où il y aura les activités, le logement des jeunes et aussi des éducateurs. Le centre est vraiment beau par rapport aux bâtiments que j'ai pu voir pour l'instant. C'est la grande classe camerounaise! Nous visitons le centre, comme la s½ur me l'avait dit, il reste encore plein de travail à faire pour ouvrir et surtout pour que je m'installe. Nous visitons les lieux. Dans le grand bâtiment il y a quatre grandes salles qui serviront de salles de classes et des ateliers de formations. Nous entrons aussi dans une grande pièce qui sera consacré au réfectoire. Là dedans, je découvre des sortes de lits superposés. Les jeunes dormiront en haut. L'étage du bas sera consacré au bureau où ils pourront travailler et aussi une armoire pour mettre leurs effets personnels. Pour l'instant, les menuisiers ont fait seulement 5 lits. Nous allons ensuite dans les appartements des éducateurs. Il y a deux chambres d'une dizaine de mètres carrés et aussi une pièce à vivre. Nous pourrons ainsi avoir un lieu à nous où nous pourrons nous isoler. Nous prévoyons d'accueillir 15 jeunes hommes à l'ouverture du centre et à terme 50 jeunes dont 25 filles. Pour ce faire, il existe deux sanitaires, un des deux seulement fonctionne, car il y a eu vol. Ils ont pris une toilette ainsi que les robinets et aussi certains des tuyaux! Les voleurs ont du certainement passer par le toit ou alors ils avaient une complicité au niveau des gardiens!...
Nous évaluons les travaux qu'il reste à faire pour que je puisse m'installer. Il faut donc changer les sanitaires, et aussi mettre des faux plafonds, au moins, pour l'instant, dans les appartements des éducateurs. Je remarque aussi qu'il y a plein de taches blanches sur le sol et ce dans l'ensemble des pièces. En effet, les ouvriers qui ont fait les peintures n'ont pas protégés le sol... Il faut également mettre des moustiquaires dans les chambres où les éducateurs et les jeunes dormiront.
Je rencontre également le gardien de journée. Celui-ci s'appelle Loïc. Il sera l'un des jeunes que l'on recevra dans le centre. Il travaille comme cela depuis plus d'un mois et a suivi les travaux depuis quelques mois. Il met « la main à la pate » pour effectuer les travaux qu'il reste à faire. C'est avec lui que je vais travailler pendant les quelques mois qu'il reste pour faire les travaux.
Loïc est à Edéa depuis 5 ans. Il a quitté son village natal pour venir vivre avec son oncle à Edéa. Il a du quitter sa famille suite à la mort de son frère. Sa mère a chassé son père du domicile conjugal car elle l'accusait d'avoir fait de la sorcellerie pour tuer son fils. Son père expulsé de la maison, sa mère ne pouvait prendre en charge Loïc par manque de moyens. Celui-ci a donc décidé de partir pour trouver du travail ici et ainsi faire vivre sa famille au village. Depuis qu'il est arrivé, il a fait beaucoup de petits boulots mais n'a jamais réussi à les maintenir. Il a ainsi travaillé dans une menuiserie et aussi dans un atelier de réparation de ventilateur et frigidaire. Ensuite, il a trouvé ce travail à Béthanie. Son oncle l'a beaucoup aidé dans un premier temps mais les relations entre Loïc et la femme de son oncle se sont dégradés. Celle-ci a accusé Loïc de ne pas participer à la vie de la maison alors qu'il touche un salaire pour son travail à la fondation Béthanie. Son oncle, partagé entre son neveu et sa femme a décidé de chasser le garçon du foyer familial. Lorsque je suis arrivé, cela faisait plus d'un an que Loïc dormait au centre ou chez un ami à lui. Personne n'était au courant de sa situation personnel, même la s½ur. Il ne pouvait rester dans cette situation car il n'y avait rien dans le centre pour l'accueillir. Nous sommes donc allés ensemble parlé avec son oncle pour résoudre ce problème, mais nous verrons cela plus tard.
Lundi 22 septembre 2008 :
Et oui mon cher journal de bord, je t'ai lâché quelques temps mais j'ai eu beaucoup de travail depuis que je t'ai quitté lâchement, je l'avoue... Il s'en est passé des choses depuis le dimanche de mon arrivée.
Je prends connaissance tout d'abord tranquillement avec mon environnement. J'observe beaucoup et essai de voir ce que je vais pouvoir faire de notre projet de la fondation Béthanie. Depuis que je suis arrivé, j'ai beaucoup travaillé et notamment dans le centre. Les travaux avancent peu à peu. Avec Loïc nous avons réussi à nettoyer les taches sur le sol dans les chambres des éducateurs et aussi dans la pièce où les jeunes vont dormir. Je pense que je ne devrais pas trop tarder de m'installer dans le centre. Cela me permettra de surveiller les travaux et aussi aider les ouvriers. Les camerounais bossent bien mais il faut souvent être derrière pour qu'ils travaillent effectivement. L'autonomie dans le travail au Cameroun, ce n'est pas vraiment cela...
Cela fait seulement deux semaines que je suis ici mais je me demande vraiment à quoi ressemblera le foyer d'ici deux ans. La s½ur est très volontaire dans son projet mais je la trouve un peu « en dehors de la réalité ». Elle prévoit d'accueillir des jeunes (ou moins jeunes) sortants de prison qui n'ont pas eu la chance ou les moyens de suivre une formation professionnelle et scolaire qui leur permettent de s'intégrer à la société camerounaise. Le problème c'est qu'elle prévoit aussi d'accueillir des jeunes dont les parents ou la famille sont trop pauvres pour payer des études ou une formation professionnelle pour avoir un métier digne de ce nom. Nous sommes déjà rentrés en conflit car, pour moi, avant de s'engager dans une quelconque « sélection » des jeunes, il faut bien déterminer la caractéristique de la population que nous allons accueillir afin de répondre le plus efficacement possible à leurs problématiques. Nous ne pouvons, comme dirait l'autre, « accueillir toute la misère du monde ». Pour elle, la population est bien déterminée, ce sont les jeunes qui n'ont pas eu la chance d'avoir les moyens de suivre une scolarité normale... Le fait qu'elle soit religieuse, est un « sacerdoce ». Elle a reçu ce projet comme étant une mission confié par Dieu. C'est vrai que cette donnée lui a permis de construire ce projet et surtout de mobiliser beaucoup de gens et de fonds pour la bonne mise en ½uvre de celui ci. Seulement, son bon fond naturel lui fait accepter à peu près tout les jeunes qui vont la voir, ce dans et aussi et surtout en dehors de la prison. Or notre population cible, qui est à privilégier, sont bel et bien les sortants de prison... La s½ur s'engage souvent sans forcément savoir si on pourra effectivement accompagner le jeune. Le malheur est que cela peut entrainer de faux espoir chez les jeunes et aussi chez leur famille. Ainsi, j'ai reçu beaucoup de jeunes et leurs familles qui avaient espoir dans l'association, ceux-ci avaient été orientés par la s½ur. Je suis un peu l'oiseau de « mauvaise augure » car plusieurs fois il a fallu que je leur dise que ce n'était pas possible de les recevoir.
Lorsque le jeune entrera dans la fondation Béthanie, il sera question pour nous de leur donner une éducation scolaire et une formation professionnelle qui puisse leur donner les moyens de s'intégrer dans la vie professionnelle camerounaise. Ceci est une grande idée mais nous devons pour cela essayer de trouver des idées pour les former. La s½ur n'a malheureusement aucune idée pour ce qu'il s'agit des moyens d'atteindre ces objectifs. Nous pouvons en effet leur apporter une éducation de base et créer des ateliers de formation. Seulement, les quelques jeunes que j'ai pu voir jusqu'à maintenant avaient tous des projets de formation différents. Je pense en effet que nous pouvons créer des ateliers de formation qui auront pour but de développer l'appétence des jeunes pour le travail. Cela nous permettra de les remettre dans une activité de travail. Ils pourront ainsi se construire les outils pour pouvoir s'intégrer à la rigueur du travail, comme se lever tôt le matin, avoir du c½ur à l'ouvrage et voir quels peuvent être les bénéfices que l'ont peut retirer du travail... Ensuite, il sera question pour nous de trouver des écoles de formation ou encore des entreprises qui les accueilleront en apprentissage... Ces idées que j'ai actuellement je ne sais si nous pourrons effectivement les mettre en place. J'espère surtout que la s½ur sera effectivement d'accord avec ces projets, ce qui n'est pas du tout gagné d'avance car je sens qu'elle veut coute que coute que les jeunes soient formés au sein de la structure. Or je ne suis pas capable de former un électricien ou bien encore un menuisier, un boulanger... Nous en avons déjà parlé brièvement et elle m'a dit qu'elle pensait engager des techniciens qui viendraient former les jeunes au sein du centre. Je lui ai alors demandé comment nous allions financer ces salaires... Elle m'a répondu en s'énervant : « Et comment on te paie toi ? »... Je pense que la s½ur compte beaucoup sur « la manne française ».
En effet, la fondation Béthanie est pour l'instant entièrement financée par « l'association Béthanie » une association qui a été crée par des connaissances de la s½ur qui recherche des fonds pour le transférer à la fondation au Cameroun. Pour l'instant, l'association a entièrement financé les travaux du centre. Cette association a de l'argent mais je pense qu'il faut aussi chercher des fonds locaux pour la fondation Béthanie. Il faut, pour que la fondation soit fiable et puisse durer dans le temps, trouver des sources de financements locales et chercher à s'autofinancer. Nous avons par exemple un hectare de terrain, nous pouvons essayer de produire des fruits et autres légumes pour pouvoir rendre le centre autonome, au moins pour ce qu'il s'agit de la nourriture. Nous pouvons aussi trouver des sources de financement en développant des ateliers de formation. Aujourd'hui, nous sommes totalement dépendants de l'association française qui peut aussi se retirer du projet du jour au lendemain. Là est un grand débat.
J'ai rencontré une femme médecin, docteur Chareau, « docteur Martine » comme dirait la s½ur. Elle est le médecin chef du dispensaire financé par ALUCAM, l'usine d'aluminium qui fait vivre tout la ville d'Edéa. Les employés de cette usine sont totalement pris en charge médicalement par ce dispensaire. Ce médecin prend aussi en charge bénévolement les prisonniers de la prison d'Edéa qui sont atteint par le VIH. Grace à elle, j'ai pu participer à un colloque sur le sida et la tuberculose dans les prisons. J'ai ainsi pu me faire des contacts au sein des prisons de plusieurs villes : Edéa bien sur mais aussi Douala, Yaoundé ou encore Ngo Samba. Les participants à ce séminaire étaient les régisseurs (directeurs des prisons), et aussi les personnels de santé. Ce colloque a été une magnifique occasion pour moi de me rendre compte des difficultés sanitaires dans les prisons. J'ai pu aussi rencontrer les personnels pénitenciers d'Edéa concernés par le VIH sida, ce qui est une très bonne d'entrée dans la prison. Le régisseur était très heureux de me voir et m'a invité à visiter la prison.
Invité par le régisseur pendant le colloque sur le VIH sida, je suis donc allé à la prison, très bien accueilli par le régisseur qui m'a expliqué brièvement son historique. La prison d'Edéa a été construite en 1932. Aucun travaux n'ont été effectué depuis. La prison est donc dans un état d'hygiène et d'insalubrité avancée. A l'origine, c'était une annexe de la prison de Douala qui accueillait les expatriés et aussi les mineurs. Elle a accueillie très vite les prisonniers de droits commun de la région d'Edéa. Le régisseur m'a aussi parlé des problèmes qu'il rencontre au niveau de la santé des prisonniers. Il ne dispose que de 150 000 francs CFA par an du gouvernement (cela équivaut à peu près à 170 euros) !!! Il n'y a qu'une infirmière pour 258 détenus qui travaille avec les moyens du bord. Les prisonniers vont souvent la voir même s'ils n'ont pas de problème de santé car elle seule essai de se rendre disponible pour chacun. Pour ceux qui sont effectivement malade, c'est problématique. Les détenus d'Edéa sont pris en charge au niveau du VIH Sida et aussi de la tuberculose. Ces soins sont financés par l'association GTZ, c'est une association de coopération allemande. C'est elle d'ailleurs qui est à l'initiative du colloque dont je vous ai parlé. Le régisseur me dit que les problèmes de santé sont un véritable souci pour lui car les associations ou ONG ne prend en charge que les soins de maladie graves comme celle du VIH Sida ou de la tuberculose mais n'investissent pas dans les maladies dites plus « bénignes ». Il a, par exemple, beaucoup de détenus qui souffrent de paludisme et qui ne peuvent être soignés alors que la maladie pourrait être facilement endiguée avec les moyens adéquats... Nous avons également parlé du suivi des détenus au cours de leur détention. Normalement, le poste d'un animateur socio culturel est prévu dans la prison. Le régisseur m'a dit qu'il ne pouvait mettre quelqu'un à ce poste du fait qu'il n'ait déjà pas assez de personnel pour assurer la sécurité des prisonniers. Il a préféré embaucher quelqu'un pour renforcer l'équipe chargée de la sécurité. De ce fait, les prisonniers d'Edéa n'ont aucune préparation à la sortie et se trouvent souvent démunis à leur sortie. La plupart se retrouvent dans les mêmes problèmes qu'ils avaient avant de rentrer en prison. Ils ne trouvent pas de travail, sont rejetés par leur famille... En conséquence, ils n'ont d'autres choix de retourner dans la délinquance pour pouvoir se nourrir. Certains reviennent donc en prison quelques semaines après l'avoir quitté...
Le régisseur me laisse et je visite donc la prison avec un surveillant. Je rentre par une petite porte où il y a un petit sas grillagé. Certains prisonniers attendent je ne sais quoi derrière le sas. Je découvre la prison. Celle-ci est composée d'une grande cour de 300 mètres carrée. Elle fourmille de « vie », c'est le lieu où les détenus passent la plupart de leur temps. Ils font tous les actes de la vie quotidienne. Je vois certains faire leur lessive, d'autres à manger, d'autres encore jouent aux cartes... Je vois aussi qu'il y a des petits étales de denrées alimentaires. Je demande au gardien ce que c'est, il me répond que certains détenus ont la chance d'avoir de la famille qui leur amène des vivres qu'ils vendent ensuite aux autres prisonniers. Je visite aussi la cellule des mineurs. Celle-ci fait à peu près 9 mètres carré. Ils sont au nombre de 12 à se partager ce lieu. La grande promiscuité fait donc partie de la vie quotidienne de toute la prison. Je vais voir ensuite l'infirmerie où je retrouve l'infirmière que j'ai rencontrée pendant le colloque. Elle m'accueille avec un large sourire. Elle est assise à son bureau et reçoit un prisonnier qui a l'air bien faible. Plusieurs prisonniers sont ici ce qui me fait penser que la confidentialité des malades n'est pas effective dans cette prison. C'est d'ailleurs ce que m'avait dit docteur Martine. Elle ne peut recevoir un malade seul car son bureau fait aussi office de salle d'attente. L'infirmière me dit qu'elle a déjà parlé à quelques détenus de notre projet de réinsertion des sortants de prison. Elle en a parlé aux « pairs éducateurs ». Il y a un pair éducateur par cellule. Ce sont des prisonniers que le personnel pénitencier identifie comme étant responsable, en quelque sorte « les sages » de la prison. Ils ont un peu la responsabilité de la bonne tenue des cellules, sont médiateurs lors des tensions entre résidents de la cellule... Ils peuvent aussi donner certains conseils aux autres et ont accès parfois à des informations qu'ils doivent ensuite relayer à leurs camarades de cellules. Ils ont eu par exemple une formation l'année dernière sur le Sida. Ils ont ainsi pu faire de la prévention dans leurs cellules ou aussi inciter des prisonniers à se faire dépister. Je reprends ma visite et remarque qu'il n'y a aucune séparation entre les prisonniers. Tous sont regroupés dans la même cour. Il y a les mineurs, les vieux prisonniers, les malades, les petites et longues peines, les hommes et les femmes... En interrogeant le régisseur sur cet état de fait, celui-ci me dit que tous les prisonniers sont mélangés car il n'a pas les moyens de les séparer. Ceci a de nombreux effets pervers. Tout d'abord le fait de mélanger les petites et les longues peines est dangereux car ceux qui sont là pour peu de temps peuvent prendre exemple et contacts sur les prisonniers « professionnels » de la délinquance. Sortis de prisons, démunis et sans aucune ressource pour subvenir à leurs besoins, les petits délinquants sont tentés de reproduire ce qu'ils ont vécu et appris au cours de leur emprisonnement. Le deuxième souci est sanitaire car de nombreux détenus sont malades et peuvent contaminer les autres prisonniers.
Comme vous l'avez vu, cette visite a été forte en « émotions » et en enseignements. J'ai pu aussi prendre contacts avec les autorités et les personnels pénitentiaires. J'ai été très bien accueilli et je vais pouvoir travailler directement dans la prison. En effet, nous comptons travailler en amont de la sortie de prison. Je passerai donc régulièrement dans la prison pour préparer la sortie des personnes que nous allons accueillir. Je vais pouvoir construire un véritable projet de sortie avec le prisonnier. Nous connaitrons ainsi les jeunes accueillis chez nous et ainsi voir ce que nous pourrons faire pour les accueillir et aussi réfléchir aux moyens de répondre à leurs problématiques. Nous comptons également mettre en place des « enquêtes sociales ». Il s'agira d'étudier le contexte environnemental du prisonnier. Nous pourrons, par ce biais, intégrer la famille à la prise en charge des personnes pris en charge dans notre centre. En effet, au Cameroun, la famille est très importante. Nous pourrons renouer les liens peut être « distendus » entre les prisonniers et leurs familles. Nous aurons également l'occasion aussi de connaitre les causes qui ont amenés le jeune de « tomber dans la délinquance », à être incarcéré...
Il est quelque chose comme 14h30 entre la France et le Cameroun, nous sommes à quelques 8000 m d'altitude, nous survolons Tamanrasset et cela doit faire plus de 3 heures que nous avons décollés de Roissy Charles De Gaules, de mon cher pays qu'est la France...
Je m'apprête à vivre une formidable aventure que j'aimerais vous faire partager. Je viens, ce matin d'entamer un voyage qui sera peut être l'une si ce n'est la grande aventure de ma vie. Je pars deux ans découvrir l'interculturel, découvrir le Cameroun et surtout, m'investir dans un projet qui a pour but d'aider des sortants de prisons camerounais dans leur réinsertion sociale et professionnelle. Quel courage ! Me diriez-vous... Je ne sais pas, à l'heure où j'écris ces quelques lignes, si ce n'est de l'innocence ou de l'inconscience qui m'a poussé à partir comme cela. Toujours est-il que beaucoup m'ont dit qu'ils ne pourraient pas se déraciner comme je vais le faire. Pendant ces quelques heures qui me séparent de ma « nouvelle vie », je me suis demandé d'où était parti ce projet, pourquoi avoir une telle envie de se couper durant un temps des gens que l'on aime et du pays où je suis né, ai grandi, ai construit, où je me suis épanoui et où je m'épanouis encore...
Peut être est ce parce que j'ai toujours voulu vivre une telle expérience. Plusieurs souvenirs me remontent en mémoire. Tout d'abord j'ai beaucoup de souvenirs d'avec mes parents qui m'ont permis de les accompagner dans leurs voyages dès tout petit. Nous avons pu ainsi, pendant leurs vacances et les miennes voyager et découvrir un peu « le monde ». Certes, ces expériences n'ont pas grand-chose à voir avec ce que je m'apprête à vivre. Nous partions généralement un mois où nous voyagions dans un pays bien particulier et faisions de l'itinérant. Ici, aujourd'hui il s'agit pour moi de construire quelque chose au Cameroun et surtout m'intégrer dans un pays, une région, une ville, un quartier...et ce pendant deux ans. J'ai pu rencontrer également plein d'étudiants venus de tous les horizons du monde. En effet, cela fait plusieurs années que mes parents font partis de l'association « bienvenue à Caen ». Cette association est un intermédiaire entre des étudiants étrangers venus étudier en France (et plus particulièrement à Caen) et des familles caennaises. Cette expérience m'a aussi un peu permis de découvrir un peu des autres pays et de la jeunesse étrangère. Je pense seulement que mes parents m'ont permis d'être ouvert sur l'autre, curieux des autres cultures, de l'étranger dans tout les sens du terme. Ceci est une grande éducation.
Peut être que mon rêve de voyage est né lorsque j'étais encore sur les bans de l'école primaire où je regardais par delà la fenêtre en me disant qu'un jour je visiterai le monde. J'étais déjà sur et conscient qu'il y avait de grandes choses à vivre par delà la fenêtre de mon école et surtout par delà les frontières. Je ne rêvais pas d'être un explorateur comme Indiana Jones (ce film passe d'ailleurs pendant le vol, comme c'est intéressant...). Non moi ce que je voulais c'est rencontrer des gens, vivre avec eux pour comprendre leur mode de vie et comprendre ce qui fait leur Culture, leur façon de vivre, de penser et de se comporter... Ce qui fait leurs différences et aussi nos similitudes.
Peut être aussi que cette idée de voyage est arrivée à un moment de ma vie où il a été question pour moi de me poser les bonnes questions. Que voulais-je faire de ma vie, comment et pour quoi ???... J'ai eu cette chance de pouvoir très vite trouver les réponses que beaucoup cherchent (ou pas) toute leur vie. J'étais « empêtré » dans une voie professionnelle qui ne me correspondait pas. J'ai eu aussi cette chance d'avoir à mes cotés des parents qui ont eu la possibilité de pouvoir m'aider à poursuivre les objectifs que je m'étais fixé au cours de cette période critique. Je voulais travailler en faveur des personnes les plus démunis de notre société et aussi avec les autres qui sont aussi en dehors de notre pays, du fait de l'ouverture sur l'interculturel que je vous ai compté tout à l'heure...
Je pensais et je pense toujours que j'ai, que nous avons tous, à apporter une pierre à la lutte contre la pauvreté et les injustices de ce monde. Je suis malgré tout réaliste et ne veut pas être et ne me pense pas du tout comme « un super héro ». Je pense vouloir apporter ma contribution à un monde plus juste, qu'il ne l'est pas vraiment aujourd'hui, c'est le moins que l'on puisse dire. Beaucoup d'entre vous me dirais qu'il est incapable de cela mais je ne demande pas à tous de faire ce que je fais mais seulement d'avoir une conscience citoyenne, une conscience critique envers ce que la société veut nous faire croire, veut nous faire ingurgiter. C'est en additionnant les actes citoyens qu'on arrivera à construire « un monde humain ».
Bref, je pars aujourd'hui pour ce qui sera une courte période de mon existence mais qui, je pense me marquera très profondément toute ma vie. J'y vais pour découvrir une autre culture, d'autres façons de vivre, de pensée, de se comporter. J'y vais pour m'intégrer à une vie, à un environnement dans lequel je n'ai pas encore évolué et auquel je ne connais rien ou si peu... Je ne serais jamais que l'étranger chez eux ou « le blanc », « le français » mais je veux construire quelque chose de solide là bas et surtout avec les gens que je vais rencontrer. Cette expérience je le fais pour découvrir l'autre mais je sais aussi que je vais me découvrir et avoir une prise de recul par rapport à ma propre culture, mon propre pays, ma propre identité... Il ne faut pas croire malgré tout que l'on peut partir comme cela sans sacrifices. Je pense pour moi aujourd'hui que c'est un sacrifice ne serait ce qu'au niveau des proches. Nous serons séparés les uns des autres pendant deux ans. Combien d'anniversaires, de noëls ou encore mariages, décès se passeront sans que je sois là. Le voyage est un enrichissement personnel mais nécessite également des sacrifices. Je sais ce que je quitte mais ne sais pas ce que je vais trouver dans mon voyage. Mon défi est de me faire accepter avec toutes mes différences et aussi tous mes préjugés de petits blanc dont j'espère très vite me séparer...
Ca y est, je rêvais du Cameroun, me demandais comment ça allait être, comment seront les gens, et bien j'y suis ! L'arrivée au Cameroun a été assez sportive, l'avion avait déjà 2 heures de retard « à cause » d'un camerounais qui devait se faire expulser. Celui-ci ne voulait pas embarquer dans l'avion. Il a commencé à crier tout ce qu'il pouvait et voyant qu'il ne se calmait pas, le capitaine de l'avion a décidé de faire demi-tour sur le tarmac. Après 6 heures 30 de voyages, j'atterris à Douala. L'arrivée dans l'aéroport a été très sportive aussi. La première chose qui m'a frappé c'est d'abord la chaleur très lourde de Douala. Cela vous prend directement, au sortir de l'avion. Le passage de la douane s'est très vite passé. En allant vers l'aérogare, il y avait déjà quelques personnes qui voulaient déjà s'occuper de mes bagages à main contre quelques menus monnaies. Le problème a été ensuite de récupérer mes sacs de voyage. J'ai très vite senti « la promiscuité africaine ». En effet, tout l'avion se serrait autour du tourniquet. Le problème était que l'aérogare était très petit et nous étions beaucoup de voyageurs. Chacun se serrait l'un contre l'autre pour être sur de pouvoir récupérer ses effets. Les bagages sortaient un à un et il m'a fallu attendre encore deux heures pou voir enfin poindre « le nez de mes bagages ». Beaucoup de gens commençaient à s'énerver les uns contre les autres, fatigués d'attendre et surtout, je pense, fatigués du voyage. J'étais un peu angoissés car je savais que l'on m'attendait mais ne savais pas qui et surtout s'ils avaient eu le courage de m'attendre. Je me voyais mal me débrouiller seul avec tout mon « barda », trouver la route d'Edéa ou d'un hôtel quelconque pour pouvoir dormir cette nuit, surtout que je n'avais aucun francs CFA avec moi...
Heureusement, un chauffeur sympathique m'attendait avec une grosse pancarte avec mon nom dessus. Le pauvre attendait depuis plusieurs heures sous la chaleur et la moiteur des centaines de personnes qui attendaient après mon avion. Inutile de vous dire que dès que j'ai franchi l'aéroport, j'ai été « harcelé » par les quelques jeunes qui proposent leurs services pour porter les bagages ou encore trouver un taxi contre un peu d'argent. Un d'eux m'a d'ailleurs suivi jusqu'au parking disant que je pouvais lui faire confiance, qu'il appartenait au « service de sécurité »... Lorsque je lui ai dit que je connaissais la combine et que j'étais assez costaud pour me débrouiller seul, celui ci s'en est allé très en colère me signalant que je méritais « des claques » et que mon père ne m'en avait pas assez donné étant jeune... J'avais déjà vécu ce genre de situation à Dakar. Bien sur, il ne faut jamais accepter leur aide au risque de ne plus revoir ses bagages...
Après une heure pour sortir du parking de l'aéroport, nous sommes enfin sur la route d'Edéa, ma destination finale. Douala est bel et bien une ville africaine. La circulation est démoniaque, avec des bus, des camions, des voitures, des piétons et surtout énormément de motos qui doublent à droite, à gauche, au milieu de la route... La route, c'est l'une des principales du Cameroun car elle joint Douala (capitale économique) à Yaoundé (capitale administrative). Même s'il est tard, beaucoup de monde est dans la rue autour de bars, de commerces. Ces quelques kilomètres pour sortir de la ville me fait encore pensé à Dakar. Il y a la même effervescence, les mêmes petites échoppes sauf qu'à Dakar il n'y a pas beaucoup de bars, la population étant musulmane. Ca y est, je suis bel et bien en Afrique. Nous quittons la grande ville et sommes bientôt dans la campagne. Elle est très verte ce qui est une bonne surprise. Même si j'avais vu quelques photos, je ne me rendais pas compte de la richesse de la nature. Il y a pas mal de petits villages ou hameaux autour de la route. Les gens sont dehors, en famille, même s'il est pratiquement 22 heures et qu'il fait nuit depuis longtemps.
Nous arrivons donc à l'hôtel. En effet, je devais être hébergé dans le foyer pour les sortants de prison mais les travaux ne sont pas encore finis. En conséquence, je suis hébergé dans l'hôtel d'un français (M. Cartier) qui vit depuis plus de 20 ans ici. Il est très investi dans le projet que nous avons en commun. Je reviendrai sur lui plus tard. Le chauffeur, (son chauffeur) me laisse en m'emmenant à la réception. Le réceptionniste me donne les clés de ma chambre et me dit d'aller au restaurant en me signifiant de me faire passer pour l'invité de M. Cartier. Je mange ce soir là pour la première fois du zébu. Cela a vraiment le même gout que le b½uf. Les employés de l'hôtel sont vraiment aux petits soins avec moi, ici, il me suffit de dire que je suis l'invité de M. Cartier, c'est un véritable laissé passer pour tout les services possibles et imaginables. La chambre est une chambre de « luxe ». Il y a la climatisation, un frigo, la télé, des toilettes et douches privées. Je me couche très vite, pressé de découvrir l'environnement qui sera le mien pendant deux ans.
Dimanche 7 septembre 2008
Il est 9h00, j'ai mal dormi car j'ai horreur de la climatisation, j'ai eu froid et je n'ai pas su la régler... Je me lève et ouvre les volets. Surprise ! L'hôtel est tout devant le fleuve Sanaga, fleuve qui traverse Edéa. Le point de vue est magnifique et je découvre ce que j'avais entrevu hier pendant la nuit. La nature est vraiment luxuriante, partout où il n'y a pas de construction, on se croirait vraiment dans « la jungle ». Là, pas de doute je suis bien arrivé. A 10h on vient frapper à ma porte. J'ouvre, une employée me dit que la s½ur avec qui je vais travailler est en train de m'attendre au restaurant. Je découvre une vieille petite femme assise en train de déguster tranquillement son petit déjeuner. Elle m'accueille avec un sourire magnifique et me demande si j'ai fait un bon voyage. Elle parait visiblement très contente de me voir. Nous ne savons pas vraiment quoi dire même si nous commençons à nous présenter doucement.
La s½ur me dit qu'elle a vécu près de 34 ans en France, un peu partout et aussi à Paris dans différentes communautés. Ce jour, il y a plein de monde au restaurant. Nous sommes régulièrement interrompus de notre conversation car la s½ur connait presque tout les gens qui déjeunent ce matin. Beaucoup de camerounais sont habillés avec des costumes de cadres, peu sont en boubous (habit traditionnel). La s½ur me présente aux différents maires d'Edéa (ils sont au nombre de 5), qui ont une réunion ensemble ce matin. Plusieurs sont de sa famille. Elle me présente ensuite des cadres de l'UCAM, l'usine d'aluminium d'Edéa qui a elle seule est le poumon économique de la ville. Elle me présente aussi des cadres de l'administration comme par exemple l'ancien préfet d'Edéa. Même si l'hôtel est magnifique, je me rends compte que c'est vraiment les élites qui le fréquentent. La s½ur m'annonce que je resterai quelques temps ici car le centre ne peut pas encore m'accueillir étant donné que les travaux ne sont pas encore terminés. Je suis un peu déçu mais me dis que ce sera une bonne transition entre la vie française et la vie camerounaise. Les différentes relations de la s½ur pourront aussi nous être très utiles dans le lancement de notre centre. Le fait d'avoir des liens avec les élites politiques, administratives et économiques nous permettra surement d'avoir des fonds ou encore de nous permettre d'accélérer certaines de nos démarches administratives.
Nous partons de l'hôtel et nous dirigeons vers le centre. La s½ur est venue avec un chauffeur car elle est maintenant trop âgée pour conduire. Je découvre un peu les rues d'Edéa. La ville où j'évoluerai pendant deux ans. Edéa est, comme on me l'avait dit, un carrefour entre Yaoundé et Douala et Kribi. Cette dernière est une ville touristique où se retrouve beaucoup d'européens. De ce fait il y a plein de bus et de camions qui passent par Edéa pour aller à Douala, Yaoundé et Kribi. Sur la route, il y a des quantités de motos. En effet, les gens se déplacent la plupart du temps par ce moyen de locomotion. Les plus « fortunés » ont leur propre moto et les autres utilisent « des motos taxis ». Beaucoup de monde travaillent comme cela. Il y a les chanceux qui ont leurs propres véhicule et les autres qui travaillent pour le compte du propriétaire du véhicule. Un serveur de l'hôtel me disait que ce n'est pas un bon plan d'être propriétaire car les employés profitent souvent en trouvant une excuse pour ne pas venir au travail (maladie, moto en panne...) mais travaillent en fait pour leur propre compte...
Nous arrivons enfin au centre. L'endroit où je devrais vivre pendant deux ans. Il est composé d'une petite maison pour la s½ur et d'un grand bâtiment où il y aura les activités, le logement des jeunes et aussi des éducateurs. Le centre est vraiment beau par rapport aux bâtiments que j'ai pu voir pour l'instant. C'est la grande classe camerounaise! Nous visitons le centre, comme la s½ur me l'avait dit, il reste encore plein de travail à faire pour ouvrir et surtout pour que je m'installe. Nous visitons les lieux. Dans le grand bâtiment il y a quatre grandes salles qui serviront de salles de classes et des ateliers de formations. Nous entrons aussi dans une grande pièce qui sera consacré au réfectoire. Là dedans, je découvre des sortes de lits superposés. Les jeunes dormiront en haut. L'étage du bas sera consacré au bureau où ils pourront travailler et aussi une armoire pour mettre leurs effets personnels. Pour l'instant, les menuisiers ont fait seulement 5 lits. Nous allons ensuite dans les appartements des éducateurs. Il y a deux chambres d'une dizaine de mètres carrés et aussi une pièce à vivre. Nous pourrons ainsi avoir un lieu à nous où nous pourrons nous isoler. Nous prévoyons d'accueillir 15 jeunes hommes à l'ouverture du centre et à terme 50 jeunes dont 25 filles. Pour ce faire, il existe deux sanitaires, un des deux seulement fonctionne, car il y a eu vol. Ils ont pris une toilette ainsi que les robinets et aussi certains des tuyaux! Les voleurs ont du certainement passer par le toit ou alors ils avaient une complicité au niveau des gardiens!...
Nous évaluons les travaux qu'il reste à faire pour que je puisse m'installer. Il faut donc changer les sanitaires, et aussi mettre des faux plafonds, au moins, pour l'instant, dans les appartements des éducateurs. Je remarque aussi qu'il y a plein de taches blanches sur le sol et ce dans l'ensemble des pièces. En effet, les ouvriers qui ont fait les peintures n'ont pas protégés le sol... Il faut également mettre des moustiquaires dans les chambres où les éducateurs et les jeunes dormiront.
Je rencontre également le gardien de journée. Celui-ci s'appelle Loïc. Il sera l'un des jeunes que l'on recevra dans le centre. Il travaille comme cela depuis plus d'un mois et a suivi les travaux depuis quelques mois. Il met « la main à la pate » pour effectuer les travaux qu'il reste à faire. C'est avec lui que je vais travailler pendant les quelques mois qu'il reste pour faire les travaux.
Loïc est à Edéa depuis 5 ans. Il a quitté son village natal pour venir vivre avec son oncle à Edéa. Il a du quitter sa famille suite à la mort de son frère. Sa mère a chassé son père du domicile conjugal car elle l'accusait d'avoir fait de la sorcellerie pour tuer son fils. Son père expulsé de la maison, sa mère ne pouvait prendre en charge Loïc par manque de moyens. Celui-ci a donc décidé de partir pour trouver du travail ici et ainsi faire vivre sa famille au village. Depuis qu'il est arrivé, il a fait beaucoup de petits boulots mais n'a jamais réussi à les maintenir. Il a ainsi travaillé dans une menuiserie et aussi dans un atelier de réparation de ventilateur et frigidaire. Ensuite, il a trouvé ce travail à Béthanie. Son oncle l'a beaucoup aidé dans un premier temps mais les relations entre Loïc et la femme de son oncle se sont dégradés. Celle-ci a accusé Loïc de ne pas participer à la vie de la maison alors qu'il touche un salaire pour son travail à la fondation Béthanie. Son oncle, partagé entre son neveu et sa femme a décidé de chasser le garçon du foyer familial. Lorsque je suis arrivé, cela faisait plus d'un an que Loïc dormait au centre ou chez un ami à lui. Personne n'était au courant de sa situation personnel, même la s½ur. Il ne pouvait rester dans cette situation car il n'y avait rien dans le centre pour l'accueillir. Nous sommes donc allés ensemble parlé avec son oncle pour résoudre ce problème, mais nous verrons cela plus tard.
Lundi 22 septembre 2008 :
Et oui mon cher journal de bord, je t'ai lâché quelques temps mais j'ai eu beaucoup de travail depuis que je t'ai quitté lâchement, je l'avoue... Il s'en est passé des choses depuis le dimanche de mon arrivée.
Je prends connaissance tout d'abord tranquillement avec mon environnement. J'observe beaucoup et essai de voir ce que je vais pouvoir faire de notre projet de la fondation Béthanie. Depuis que je suis arrivé, j'ai beaucoup travaillé et notamment dans le centre. Les travaux avancent peu à peu. Avec Loïc nous avons réussi à nettoyer les taches sur le sol dans les chambres des éducateurs et aussi dans la pièce où les jeunes vont dormir. Je pense que je ne devrais pas trop tarder de m'installer dans le centre. Cela me permettra de surveiller les travaux et aussi aider les ouvriers. Les camerounais bossent bien mais il faut souvent être derrière pour qu'ils travaillent effectivement. L'autonomie dans le travail au Cameroun, ce n'est pas vraiment cela...
Cela fait seulement deux semaines que je suis ici mais je me demande vraiment à quoi ressemblera le foyer d'ici deux ans. La s½ur est très volontaire dans son projet mais je la trouve un peu « en dehors de la réalité ». Elle prévoit d'accueillir des jeunes (ou moins jeunes) sortants de prison qui n'ont pas eu la chance ou les moyens de suivre une formation professionnelle et scolaire qui leur permettent de s'intégrer à la société camerounaise. Le problème c'est qu'elle prévoit aussi d'accueillir des jeunes dont les parents ou la famille sont trop pauvres pour payer des études ou une formation professionnelle pour avoir un métier digne de ce nom. Nous sommes déjà rentrés en conflit car, pour moi, avant de s'engager dans une quelconque « sélection » des jeunes, il faut bien déterminer la caractéristique de la population que nous allons accueillir afin de répondre le plus efficacement possible à leurs problématiques. Nous ne pouvons, comme dirait l'autre, « accueillir toute la misère du monde ». Pour elle, la population est bien déterminée, ce sont les jeunes qui n'ont pas eu la chance d'avoir les moyens de suivre une scolarité normale... Le fait qu'elle soit religieuse, est un « sacerdoce ». Elle a reçu ce projet comme étant une mission confié par Dieu. C'est vrai que cette donnée lui a permis de construire ce projet et surtout de mobiliser beaucoup de gens et de fonds pour la bonne mise en ½uvre de celui ci. Seulement, son bon fond naturel lui fait accepter à peu près tout les jeunes qui vont la voir, ce dans et aussi et surtout en dehors de la prison. Or notre population cible, qui est à privilégier, sont bel et bien les sortants de prison... La s½ur s'engage souvent sans forcément savoir si on pourra effectivement accompagner le jeune. Le malheur est que cela peut entrainer de faux espoir chez les jeunes et aussi chez leur famille. Ainsi, j'ai reçu beaucoup de jeunes et leurs familles qui avaient espoir dans l'association, ceux-ci avaient été orientés par la s½ur. Je suis un peu l'oiseau de « mauvaise augure » car plusieurs fois il a fallu que je leur dise que ce n'était pas possible de les recevoir.
Lorsque le jeune entrera dans la fondation Béthanie, il sera question pour nous de leur donner une éducation scolaire et une formation professionnelle qui puisse leur donner les moyens de s'intégrer dans la vie professionnelle camerounaise. Ceci est une grande idée mais nous devons pour cela essayer de trouver des idées pour les former. La s½ur n'a malheureusement aucune idée pour ce qu'il s'agit des moyens d'atteindre ces objectifs. Nous pouvons en effet leur apporter une éducation de base et créer des ateliers de formation. Seulement, les quelques jeunes que j'ai pu voir jusqu'à maintenant avaient tous des projets de formation différents. Je pense en effet que nous pouvons créer des ateliers de formation qui auront pour but de développer l'appétence des jeunes pour le travail. Cela nous permettra de les remettre dans une activité de travail. Ils pourront ainsi se construire les outils pour pouvoir s'intégrer à la rigueur du travail, comme se lever tôt le matin, avoir du c½ur à l'ouvrage et voir quels peuvent être les bénéfices que l'ont peut retirer du travail... Ensuite, il sera question pour nous de trouver des écoles de formation ou encore des entreprises qui les accueilleront en apprentissage... Ces idées que j'ai actuellement je ne sais si nous pourrons effectivement les mettre en place. J'espère surtout que la s½ur sera effectivement d'accord avec ces projets, ce qui n'est pas du tout gagné d'avance car je sens qu'elle veut coute que coute que les jeunes soient formés au sein de la structure. Or je ne suis pas capable de former un électricien ou bien encore un menuisier, un boulanger... Nous en avons déjà parlé brièvement et elle m'a dit qu'elle pensait engager des techniciens qui viendraient former les jeunes au sein du centre. Je lui ai alors demandé comment nous allions financer ces salaires... Elle m'a répondu en s'énervant : « Et comment on te paie toi ? »... Je pense que la s½ur compte beaucoup sur « la manne française ».
En effet, la fondation Béthanie est pour l'instant entièrement financée par « l'association Béthanie » une association qui a été crée par des connaissances de la s½ur qui recherche des fonds pour le transférer à la fondation au Cameroun. Pour l'instant, l'association a entièrement financé les travaux du centre. Cette association a de l'argent mais je pense qu'il faut aussi chercher des fonds locaux pour la fondation Béthanie. Il faut, pour que la fondation soit fiable et puisse durer dans le temps, trouver des sources de financements locales et chercher à s'autofinancer. Nous avons par exemple un hectare de terrain, nous pouvons essayer de produire des fruits et autres légumes pour pouvoir rendre le centre autonome, au moins pour ce qu'il s'agit de la nourriture. Nous pouvons aussi trouver des sources de financement en développant des ateliers de formation. Aujourd'hui, nous sommes totalement dépendants de l'association française qui peut aussi se retirer du projet du jour au lendemain. Là est un grand débat.
J'ai rencontré une femme médecin, docteur Chareau, « docteur Martine » comme dirait la s½ur. Elle est le médecin chef du dispensaire financé par ALUCAM, l'usine d'aluminium qui fait vivre tout la ville d'Edéa. Les employés de cette usine sont totalement pris en charge médicalement par ce dispensaire. Ce médecin prend aussi en charge bénévolement les prisonniers de la prison d'Edéa qui sont atteint par le VIH. Grace à elle, j'ai pu participer à un colloque sur le sida et la tuberculose dans les prisons. J'ai ainsi pu me faire des contacts au sein des prisons de plusieurs villes : Edéa bien sur mais aussi Douala, Yaoundé ou encore Ngo Samba. Les participants à ce séminaire étaient les régisseurs (directeurs des prisons), et aussi les personnels de santé. Ce colloque a été une magnifique occasion pour moi de me rendre compte des difficultés sanitaires dans les prisons. J'ai pu aussi rencontrer les personnels pénitenciers d'Edéa concernés par le VIH sida, ce qui est une très bonne d'entrée dans la prison. Le régisseur était très heureux de me voir et m'a invité à visiter la prison.
Invité par le régisseur pendant le colloque sur le VIH sida, je suis donc allé à la prison, très bien accueilli par le régisseur qui m'a expliqué brièvement son historique. La prison d'Edéa a été construite en 1932. Aucun travaux n'ont été effectué depuis. La prison est donc dans un état d'hygiène et d'insalubrité avancée. A l'origine, c'était une annexe de la prison de Douala qui accueillait les expatriés et aussi les mineurs. Elle a accueillie très vite les prisonniers de droits commun de la région d'Edéa. Le régisseur m'a aussi parlé des problèmes qu'il rencontre au niveau de la santé des prisonniers. Il ne dispose que de 150 000 francs CFA par an du gouvernement (cela équivaut à peu près à 170 euros) !!! Il n'y a qu'une infirmière pour 258 détenus qui travaille avec les moyens du bord. Les prisonniers vont souvent la voir même s'ils n'ont pas de problème de santé car elle seule essai de se rendre disponible pour chacun. Pour ceux qui sont effectivement malade, c'est problématique. Les détenus d'Edéa sont pris en charge au niveau du VIH Sida et aussi de la tuberculose. Ces soins sont financés par l'association GTZ, c'est une association de coopération allemande. C'est elle d'ailleurs qui est à l'initiative du colloque dont je vous ai parlé. Le régisseur me dit que les problèmes de santé sont un véritable souci pour lui car les associations ou ONG ne prend en charge que les soins de maladie graves comme celle du VIH Sida ou de la tuberculose mais n'investissent pas dans les maladies dites plus « bénignes ». Il a, par exemple, beaucoup de détenus qui souffrent de paludisme et qui ne peuvent être soignés alors que la maladie pourrait être facilement endiguée avec les moyens adéquats... Nous avons également parlé du suivi des détenus au cours de leur détention. Normalement, le poste d'un animateur socio culturel est prévu dans la prison. Le régisseur m'a dit qu'il ne pouvait mettre quelqu'un à ce poste du fait qu'il n'ait déjà pas assez de personnel pour assurer la sécurité des prisonniers. Il a préféré embaucher quelqu'un pour renforcer l'équipe chargée de la sécurité. De ce fait, les prisonniers d'Edéa n'ont aucune préparation à la sortie et se trouvent souvent démunis à leur sortie. La plupart se retrouvent dans les mêmes problèmes qu'ils avaient avant de rentrer en prison. Ils ne trouvent pas de travail, sont rejetés par leur famille... En conséquence, ils n'ont d'autres choix de retourner dans la délinquance pour pouvoir se nourrir. Certains reviennent donc en prison quelques semaines après l'avoir quitté...
Le régisseur me laisse et je visite donc la prison avec un surveillant. Je rentre par une petite porte où il y a un petit sas grillagé. Certains prisonniers attendent je ne sais quoi derrière le sas. Je découvre la prison. Celle-ci est composée d'une grande cour de 300 mètres carrée. Elle fourmille de « vie », c'est le lieu où les détenus passent la plupart de leur temps. Ils font tous les actes de la vie quotidienne. Je vois certains faire leur lessive, d'autres à manger, d'autres encore jouent aux cartes... Je vois aussi qu'il y a des petits étales de denrées alimentaires. Je demande au gardien ce que c'est, il me répond que certains détenus ont la chance d'avoir de la famille qui leur amène des vivres qu'ils vendent ensuite aux autres prisonniers. Je visite aussi la cellule des mineurs. Celle-ci fait à peu près 9 mètres carré. Ils sont au nombre de 12 à se partager ce lieu. La grande promiscuité fait donc partie de la vie quotidienne de toute la prison. Je vais voir ensuite l'infirmerie où je retrouve l'infirmière que j'ai rencontrée pendant le colloque. Elle m'accueille avec un large sourire. Elle est assise à son bureau et reçoit un prisonnier qui a l'air bien faible. Plusieurs prisonniers sont ici ce qui me fait penser que la confidentialité des malades n'est pas effective dans cette prison. C'est d'ailleurs ce que m'avait dit docteur Martine. Elle ne peut recevoir un malade seul car son bureau fait aussi office de salle d'attente. L'infirmière me dit qu'elle a déjà parlé à quelques détenus de notre projet de réinsertion des sortants de prison. Elle en a parlé aux « pairs éducateurs ». Il y a un pair éducateur par cellule. Ce sont des prisonniers que le personnel pénitencier identifie comme étant responsable, en quelque sorte « les sages » de la prison. Ils ont un peu la responsabilité de la bonne tenue des cellules, sont médiateurs lors des tensions entre résidents de la cellule... Ils peuvent aussi donner certains conseils aux autres et ont accès parfois à des informations qu'ils doivent ensuite relayer à leurs camarades de cellules. Ils ont eu par exemple une formation l'année dernière sur le Sida. Ils ont ainsi pu faire de la prévention dans leurs cellules ou aussi inciter des prisonniers à se faire dépister. Je reprends ma visite et remarque qu'il n'y a aucune séparation entre les prisonniers. Tous sont regroupés dans la même cour. Il y a les mineurs, les vieux prisonniers, les malades, les petites et longues peines, les hommes et les femmes... En interrogeant le régisseur sur cet état de fait, celui-ci me dit que tous les prisonniers sont mélangés car il n'a pas les moyens de les séparer. Ceci a de nombreux effets pervers. Tout d'abord le fait de mélanger les petites et les longues peines est dangereux car ceux qui sont là pour peu de temps peuvent prendre exemple et contacts sur les prisonniers « professionnels » de la délinquance. Sortis de prisons, démunis et sans aucune ressource pour subvenir à leurs besoins, les petits délinquants sont tentés de reproduire ce qu'ils ont vécu et appris au cours de leur emprisonnement. Le deuxième souci est sanitaire car de nombreux détenus sont malades et peuvent contaminer les autres prisonniers.
Comme vous l'avez vu, cette visite a été forte en « émotions » et en enseignements. J'ai pu aussi prendre contacts avec les autorités et les personnels pénitentiaires. J'ai été très bien accueilli et je vais pouvoir travailler directement dans la prison. En effet, nous comptons travailler en amont de la sortie de prison. Je passerai donc régulièrement dans la prison pour préparer la sortie des personnes que nous allons accueillir. Je vais pouvoir construire un véritable projet de sortie avec le prisonnier. Nous connaitrons ainsi les jeunes accueillis chez nous et ainsi voir ce que nous pourrons faire pour les accueillir et aussi réfléchir aux moyens de répondre à leurs problématiques. Nous comptons également mettre en place des « enquêtes sociales ». Il s'agira d'étudier le contexte environnemental du prisonnier. Nous pourrons, par ce biais, intégrer la famille à la prise en charge des personnes pris en charge dans notre centre. En effet, au Cameroun, la famille est très importante. Nous pourrons renouer les liens peut être « distendus » entre les prisonniers et leurs familles. Nous aurons également l'occasion aussi de connaitre les causes qui ont amenés le jeune de « tomber dans la délinquance », à être incarcéré...