bonne lecture!!

vendredi 5 septembre 2008

Il est quelque chose comme 14h30 entre la France et le Cameroun, nous sommes à quelques 8000 m d'altitude, nous survolons Tamanrasset et cela doit faire plus de 3 heures que nous avons décollés de Roissy Charles De Gaules, de mon cher pays qu'est la France...
Je m'apprête à vivre une formidable aventure que j'aimerais vous faire partager. Je viens, ce matin d'entamer un voyage qui sera peut être l'une si ce n'est la grande aventure de ma vie. Je pars deux ans découvrir l'interculturel, découvrir le Cameroun et surtout, m'investir dans un projet qui a pour but d'aider des sortants de prisons camerounais dans leur réinsertion sociale et professionnelle. Quel courage ! Me diriez-vous... Je ne sais pas, à l'heure où j'écris ces quelques lignes, si ce n'est de l'innocence ou de l'inconscience qui m'a poussé à partir comme cela. Toujours est-il que beaucoup m'ont dit qu'ils ne pourraient pas se déraciner comme je vais le faire. Pendant ces quelques heures qui me séparent de ma « nouvelle vie », je me suis demandé d'où était parti ce projet, pourquoi avoir une telle envie de se couper durant un temps des gens que l'on aime et du pays où je suis né, ai grandi, ai construit, où je me suis épanoui et où je m'épanouis encore...
Peut être est ce parce que j'ai toujours voulu vivre une telle expérience. Plusieurs souvenirs me remontent en mémoire. Tout d'abord j'ai beaucoup de souvenirs d'avec mes parents qui m'ont permis de les accompagner dans leurs voyages dès tout petit. Nous avons pu ainsi, pendant leurs vacances et les miennes voyager et découvrir un peu « le monde ». Certes, ces expériences n'ont pas grand-chose à voir avec ce que je m'apprête à vivre. Nous partions généralement un mois où nous voyagions dans un pays bien particulier et faisions de l'itinérant. Ici, aujourd'hui il s'agit pour moi de construire quelque chose au Cameroun et surtout m'intégrer dans un pays, une région, une ville, un quartier...et ce pendant deux ans. J'ai pu rencontrer également plein d'étudiants venus de tous les horizons du monde. En effet, cela fait plusieurs années que mes parents font partis de l'association « bienvenue à Caen ». Cette association est un intermédiaire entre des étudiants étrangers venus étudier en France (et plus particulièrement à Caen) et des familles caennaises. Cette expérience m'a aussi un peu permis de découvrir un peu des autres pays et de la jeunesse étrangère. Je pense seulement que mes parents m'ont permis d'être ouvert sur l'autre, curieux des autres cultures, de l'étranger dans tout les sens du terme. Ceci est une grande éducation.
Peut être que mon rêve de voyage est né lorsque j'étais encore sur les bans de l'école primaire où je regardais par delà la fenêtre en me disant qu'un jour je visiterai le monde. J'étais déjà sur et conscient qu'il y avait de grandes choses à vivre par delà la fenêtre de mon école et surtout par delà les frontières. Je ne rêvais pas d'être un explorateur comme Indiana Jones (ce film passe d'ailleurs pendant le vol, comme c'est intéressant...). Non moi ce que je voulais c'est rencontrer des gens, vivre avec eux pour comprendre leur mode de vie et comprendre ce qui fait leur Culture, leur façon de vivre, de penser et de se comporter... Ce qui fait leurs différences et aussi nos similitudes.
Peut être aussi que cette idée de voyage est arrivée à un moment de ma vie où il a été question pour moi de me poser les bonnes questions. Que voulais-je faire de ma vie, comment et pour quoi ???... J'ai eu cette chance de pouvoir très vite trouver les réponses que beaucoup cherchent (ou pas) toute leur vie. J'étais « empêtré » dans une voie professionnelle qui ne me correspondait pas. J'ai eu aussi cette chance d'avoir à mes cotés des parents qui ont eu la possibilité de pouvoir m'aider à poursuivre les objectifs que je m'étais fixé au cours de cette période critique. Je voulais travailler en faveur des personnes les plus démunis de notre société et aussi avec les autres qui sont aussi en dehors de notre pays, du fait de l'ouverture sur l'interculturel que je vous ai compté tout à l'heure...
Je pensais et je pense toujours que j'ai, que nous avons tous, à apporter une pierre à la lutte contre la pauvreté et les injustices de ce monde. Je suis malgré tout réaliste et ne veut pas être et ne me pense pas du tout comme « un super héro ». Je pense vouloir apporter ma contribution à un monde plus juste, qu'il ne l'est pas vraiment aujourd'hui, c'est le moins que l'on puisse dire. Beaucoup d'entre vous me dirais qu'il est incapable de cela mais je ne demande pas à tous de faire ce que je fais mais seulement d'avoir une conscience citoyenne, une conscience critique envers ce que la société veut nous faire croire, veut nous faire ingurgiter. C'est en additionnant les actes citoyens qu'on arrivera à construire « un monde humain ».
Bref, je pars aujourd'hui pour ce qui sera une courte période de mon existence mais qui, je pense me marquera très profondément toute ma vie. J'y vais pour découvrir une autre culture, d'autres façons de vivre, de pensée, de se comporter. J'y vais pour m'intégrer à une vie, à un environnement dans lequel je n'ai pas encore évolué et auquel je ne connais rien ou si peu... Je ne serais jamais que l'étranger chez eux ou « le blanc », « le français » mais je veux construire quelque chose de solide là bas et surtout avec les gens que je vais rencontrer. Cette expérience je le fais pour découvrir l'autre mais je sais aussi que je vais me découvrir et avoir une prise de recul par rapport à ma propre culture, mon propre pays, ma propre identité... Il ne faut pas croire malgré tout que l'on peut partir comme cela sans sacrifices. Je pense pour moi aujourd'hui que c'est un sacrifice ne serait ce qu'au niveau des proches. Nous serons séparés les uns des autres pendant deux ans. Combien d'anniversaires, de noëls ou encore mariages, décès se passeront sans que je sois là. Le voyage est un enrichissement personnel mais nécessite également des sacrifices. Je sais ce que je quitte mais ne sais pas ce que je vais trouver dans mon voyage. Mon défi est de me faire accepter avec toutes mes différences et aussi tous mes préjugés de petits blanc dont j'espère très vite me séparer...







Ca y est, je rêvais du Cameroun, me demandais comment ça allait être, comment seront les gens, et bien j'y suis ! L'arrivée au Cameroun a été assez sportive, l'avion avait déjà 2 heures de retard « à cause » d'un camerounais qui devait se faire expulser. Celui-ci ne voulait pas embarquer dans l'avion. Il a commencé à crier tout ce qu'il pouvait et voyant qu'il ne se calmait pas, le capitaine de l'avion a décidé de faire demi-tour sur le tarmac. Après 6 heures 30 de voyages, j'atterris à Douala. L'arrivée dans l'aéroport a été très sportive aussi. La première chose qui m'a frappé c'est d'abord la chaleur très lourde de Douala. Cela vous prend directement, au sortir de l'avion. Le passage de la douane s'est très vite passé. En allant vers l'aérogare, il y avait déjà quelques personnes qui voulaient déjà s'occuper de mes bagages à main contre quelques menus monnaies. Le problème a été ensuite de récupérer mes sacs de voyage. J'ai très vite senti « la promiscuité africaine ». En effet, tout l'avion se serrait autour du tourniquet. Le problème était que l'aérogare était très petit et nous étions beaucoup de voyageurs. Chacun se serrait l'un contre l'autre pour être sur de pouvoir récupérer ses effets. Les bagages sortaient un à un et il m'a fallu attendre encore deux heures pou voir enfin poindre « le nez de mes bagages ». Beaucoup de gens commençaient à s'énerver les uns contre les autres, fatigués d'attendre et surtout, je pense, fatigués du voyage. J'étais un peu angoissés car je savais que l'on m'attendait mais ne savais pas qui et surtout s'ils avaient eu le courage de m'attendre. Je me voyais mal me débrouiller seul avec tout mon « barda », trouver la route d'Edéa ou d'un hôtel quelconque pour pouvoir dormir cette nuit, surtout que je n'avais aucun francs CFA avec moi...
Heureusement, un chauffeur sympathique m'attendait avec une grosse pancarte avec mon nom dessus. Le pauvre attendait depuis plusieurs heures sous la chaleur et la moiteur des centaines de personnes qui attendaient après mon avion. Inutile de vous dire que dès que j'ai franchi l'aéroport, j'ai été « harcelé » par les quelques jeunes qui proposent leurs services pour porter les bagages ou encore trouver un taxi contre un peu d'argent. Un d'eux m'a d'ailleurs suivi jusqu'au parking disant que je pouvais lui faire confiance, qu'il appartenait au « service de sécurité »... Lorsque je lui ai dit que je connaissais la combine et que j'étais assez costaud pour me débrouiller seul, celui ci s'en est allé très en colère me signalant que je méritais « des claques » et que mon père ne m'en avait pas assez donné étant jeune... J'avais déjà vécu ce genre de situation à Dakar. Bien sur, il ne faut jamais accepter leur aide au risque de ne plus revoir ses bagages...

Après une heure pour sortir du parking de l'aéroport, nous sommes enfin sur la route d'Edéa, ma destination finale. Douala est bel et bien une ville africaine. La circulation est démoniaque, avec des bus, des camions, des voitures, des piétons et surtout énormément de motos qui doublent à droite, à gauche, au milieu de la route... La route, c'est l'une des principales du Cameroun car elle joint Douala (capitale économique) à Yaoundé (capitale administrative). Même s'il est tard, beaucoup de monde est dans la rue autour de bars, de commerces. Ces quelques kilomètres pour sortir de la ville me fait encore pensé à Dakar. Il y a la même effervescence, les mêmes petites échoppes sauf qu'à Dakar il n'y a pas beaucoup de bars, la population étant musulmane. Ca y est, je suis bel et bien en Afrique. Nous quittons la grande ville et sommes bientôt dans la campagne. Elle est très verte ce qui est une bonne surprise. Même si j'avais vu quelques photos, je ne me rendais pas compte de la richesse de la nature. Il y a pas mal de petits villages ou hameaux autour de la route. Les gens sont dehors, en famille, même s'il est pratiquement 22 heures et qu'il fait nuit depuis longtemps.
Nous arrivons donc à l'hôtel. En effet, je devais être hébergé dans le foyer pour les sortants de prison mais les travaux ne sont pas encore finis. En conséquence, je suis hébergé dans l'hôtel d'un français (M. Cartier) qui vit depuis plus de 20 ans ici. Il est très investi dans le projet que nous avons en commun. Je reviendrai sur lui plus tard. Le chauffeur, (son chauffeur) me laisse en m'emmenant à la réception. Le réceptionniste me donne les clés de ma chambre et me dit d'aller au restaurant en me signifiant de me faire passer pour l'invité de M. Cartier. Je mange ce soir là pour la première fois du zébu. Cela a vraiment le même gout que le b½uf. Les employés de l'hôtel sont vraiment aux petits soins avec moi, ici, il me suffit de dire que je suis l'invité de M. Cartier, c'est un véritable laissé passer pour tout les services possibles et imaginables. La chambre est une chambre de « luxe ». Il y a la climatisation, un frigo, la télé, des toilettes et douches privées. Je me couche très vite, pressé de découvrir l'environnement qui sera le mien pendant deux ans.
Dimanche 7 septembre 2008

Il est 9h00, j'ai mal dormi car j'ai horreur de la climatisation, j'ai eu froid et je n'ai pas su la régler... Je me lève et ouvre les volets. Surprise ! L'hôtel est tout devant le fleuve Sanaga, fleuve qui traverse Edéa. Le point de vue est magnifique et je découvre ce que j'avais entrevu hier pendant la nuit. La nature est vraiment luxuriante, partout où il n'y a pas de construction, on se croirait vraiment dans « la jungle ». Là, pas de doute je suis bien arrivé. A 10h on vient frapper à ma porte. J'ouvre, une employée me dit que la s½ur avec qui je vais travailler est en train de m'attendre au restaurant. Je découvre une vieille petite femme assise en train de déguster tranquillement son petit déjeuner. Elle m'accueille avec un sourire magnifique et me demande si j'ai fait un bon voyage. Elle parait visiblement très contente de me voir. Nous ne savons pas vraiment quoi dire même si nous commençons à nous présenter doucement.
La s½ur me dit qu'elle a vécu près de 34 ans en France, un peu partout et aussi à Paris dans différentes communautés. Ce jour, il y a plein de monde au restaurant. Nous sommes régulièrement interrompus de notre conversation car la s½ur connait presque tout les gens qui déjeunent ce matin. Beaucoup de camerounais sont habillés avec des costumes de cadres, peu sont en boubous (habit traditionnel). La s½ur me présente aux différents maires d'Edéa (ils sont au nombre de 5), qui ont une réunion ensemble ce matin. Plusieurs sont de sa famille. Elle me présente ensuite des cadres de l'UCAM, l'usine d'aluminium d'Edéa qui a elle seule est le poumon économique de la ville. Elle me présente aussi des cadres de l'administration comme par exemple l'ancien préfet d'Edéa. Même si l'hôtel est magnifique, je me rends compte que c'est vraiment les élites qui le fréquentent. La s½ur m'annonce que je resterai quelques temps ici car le centre ne peut pas encore m'accueillir étant donné que les travaux ne sont pas encore terminés. Je suis un peu déçu mais me dis que ce sera une bonne transition entre la vie française et la vie camerounaise. Les différentes relations de la s½ur pourront aussi nous être très utiles dans le lancement de notre centre. Le fait d'avoir des liens avec les élites politiques, administratives et économiques nous permettra surement d'avoir des fonds ou encore de nous permettre d'accélérer certaines de nos démarches administratives.
Nous partons de l'hôtel et nous dirigeons vers le centre. La s½ur est venue avec un chauffeur car elle est maintenant trop âgée pour conduire. Je découvre un peu les rues d'Edéa. La ville où j'évoluerai pendant deux ans. Edéa est, comme on me l'avait dit, un carrefour entre Yaoundé et Douala et Kribi. Cette dernière est une ville touristique où se retrouve beaucoup d'européens. De ce fait il y a plein de bus et de camions qui passent par Edéa pour aller à Douala, Yaoundé et Kribi. Sur la route, il y a des quantités de motos. En effet, les gens se déplacent la plupart du temps par ce moyen de locomotion. Les plus « fortunés » ont leur propre moto et les autres utilisent « des motos taxis ». Beaucoup de monde travaillent comme cela. Il y a les chanceux qui ont leurs propres véhicule et les autres qui travaillent pour le compte du propriétaire du véhicule. Un serveur de l'hôtel me disait que ce n'est pas un bon plan d'être propriétaire car les employés profitent souvent en trouvant une excuse pour ne pas venir au travail (maladie, moto en panne...) mais travaillent en fait pour leur propre compte...

Nous arrivons enfin au centre. L'endroit où je devrais vivre pendant deux ans. Il est composé d'une petite maison pour la s½ur et d'un grand bâtiment où il y aura les activités, le logement des jeunes et aussi des éducateurs. Le centre est vraiment beau par rapport aux bâtiments que j'ai pu voir pour l'instant. C'est la grande classe camerounaise! Nous visitons le centre, comme la s½ur me l'avait dit, il reste encore plein de travail à faire pour ouvrir et surtout pour que je m'installe. Nous visitons les lieux. Dans le grand bâtiment il y a quatre grandes salles qui serviront de salles de classes et des ateliers de formations. Nous entrons aussi dans une grande pièce qui sera consacré au réfectoire. Là dedans, je découvre des sortes de lits superposés. Les jeunes dormiront en haut. L'étage du bas sera consacré au bureau où ils pourront travailler et aussi une armoire pour mettre leurs effets personnels. Pour l'instant, les menuisiers ont fait seulement 5 lits. Nous allons ensuite dans les appartements des éducateurs. Il y a deux chambres d'une dizaine de mètres carrés et aussi une pièce à vivre. Nous pourrons ainsi avoir un lieu à nous où nous pourrons nous isoler. Nous prévoyons d'accueillir 15 jeunes hommes à l'ouverture du centre et à terme 50 jeunes dont 25 filles. Pour ce faire, il existe deux sanitaires, un des deux seulement fonctionne, car il y a eu vol. Ils ont pris une toilette ainsi que les robinets et aussi certains des tuyaux! Les voleurs ont du certainement passer par le toit ou alors ils avaient une complicité au niveau des gardiens!...
Nous évaluons les travaux qu'il reste à faire pour que je puisse m'installer. Il faut donc changer les sanitaires, et aussi mettre des faux plafonds, au moins, pour l'instant, dans les appartements des éducateurs. Je remarque aussi qu'il y a plein de taches blanches sur le sol et ce dans l'ensemble des pièces. En effet, les ouvriers qui ont fait les peintures n'ont pas protégés le sol... Il faut également mettre des moustiquaires dans les chambres où les éducateurs et les jeunes dormiront.
Je rencontre également le gardien de journée. Celui-ci s'appelle Loïc. Il sera l'un des jeunes que l'on recevra dans le centre. Il travaille comme cela depuis plus d'un mois et a suivi les travaux depuis quelques mois. Il met « la main à la pate » pour effectuer les travaux qu'il reste à faire. C'est avec lui que je vais travailler pendant les quelques mois qu'il reste pour faire les travaux.
Loïc est à Edéa depuis 5 ans. Il a quitté son village natal pour venir vivre avec son oncle à Edéa. Il a du quitter sa famille suite à la mort de son frère. Sa mère a chassé son père du domicile conjugal car elle l'accusait d'avoir fait de la sorcellerie pour tuer son fils. Son père expulsé de la maison, sa mère ne pouvait prendre en charge Loïc par manque de moyens. Celui-ci a donc décidé de partir pour trouver du travail ici et ainsi faire vivre sa famille au village. Depuis qu'il est arrivé, il a fait beaucoup de petits boulots mais n'a jamais réussi à les maintenir. Il a ainsi travaillé dans une menuiserie et aussi dans un atelier de réparation de ventilateur et frigidaire. Ensuite, il a trouvé ce travail à Béthanie. Son oncle l'a beaucoup aidé dans un premier temps mais les relations entre Loïc et la femme de son oncle se sont dégradés. Celle-ci a accusé Loïc de ne pas participer à la vie de la maison alors qu'il touche un salaire pour son travail à la fondation Béthanie. Son oncle, partagé entre son neveu et sa femme a décidé de chasser le garçon du foyer familial. Lorsque je suis arrivé, cela faisait plus d'un an que Loïc dormait au centre ou chez un ami à lui. Personne n'était au courant de sa situation personnel, même la s½ur. Il ne pouvait rester dans cette situation car il n'y avait rien dans le centre pour l'accueillir. Nous sommes donc allés ensemble parlé avec son oncle pour résoudre ce problème, mais nous verrons cela plus tard.

Lundi 22 septembre 2008 :

Et oui mon cher journal de bord, je t'ai lâché quelques temps mais j'ai eu beaucoup de travail depuis que je t'ai quitté lâchement, je l'avoue... Il s'en est passé des choses depuis le dimanche de mon arrivée.
Je prends connaissance tout d'abord tranquillement avec mon environnement. J'observe beaucoup et essai de voir ce que je vais pouvoir faire de notre projet de la fondation Béthanie. Depuis que je suis arrivé, j'ai beaucoup travaillé et notamment dans le centre. Les travaux avancent peu à peu. Avec Loïc nous avons réussi à nettoyer les taches sur le sol dans les chambres des éducateurs et aussi dans la pièce où les jeunes vont dormir. Je pense que je ne devrais pas trop tarder de m'installer dans le centre. Cela me permettra de surveiller les travaux et aussi aider les ouvriers. Les camerounais bossent bien mais il faut souvent être derrière pour qu'ils travaillent effectivement. L'autonomie dans le travail au Cameroun, ce n'est pas vraiment cela...
Cela fait seulement deux semaines que je suis ici mais je me demande vraiment à quoi ressemblera le foyer d'ici deux ans. La s½ur est très volontaire dans son projet mais je la trouve un peu « en dehors de la réalité ». Elle prévoit d'accueillir des jeunes (ou moins jeunes) sortants de prison qui n'ont pas eu la chance ou les moyens de suivre une formation professionnelle et scolaire qui leur permettent de s'intégrer à la société camerounaise. Le problème c'est qu'elle prévoit aussi d'accueillir des jeunes dont les parents ou la famille sont trop pauvres pour payer des études ou une formation professionnelle pour avoir un métier digne de ce nom. Nous sommes déjà rentrés en conflit car, pour moi, avant de s'engager dans une quelconque « sélection » des jeunes, il faut bien déterminer la caractéristique de la population que nous allons accueillir afin de répondre le plus efficacement possible à leurs problématiques. Nous ne pouvons, comme dirait l'autre, « accueillir toute la misère du monde ». Pour elle, la population est bien déterminée, ce sont les jeunes qui n'ont pas eu la chance d'avoir les moyens de suivre une scolarité normale... Le fait qu'elle soit religieuse, est un « sacerdoce ». Elle a reçu ce projet comme étant une mission confié par Dieu. C'est vrai que cette donnée lui a permis de construire ce projet et surtout de mobiliser beaucoup de gens et de fonds pour la bonne mise en ½uvre de celui ci. Seulement, son bon fond naturel lui fait accepter à peu près tout les jeunes qui vont la voir, ce dans et aussi et surtout en dehors de la prison. Or notre population cible, qui est à privilégier, sont bel et bien les sortants de prison... La s½ur s'engage souvent sans forcément savoir si on pourra effectivement accompagner le jeune. Le malheur est que cela peut entrainer de faux espoir chez les jeunes et aussi chez leur famille. Ainsi, j'ai reçu beaucoup de jeunes et leurs familles qui avaient espoir dans l'association, ceux-ci avaient été orientés par la s½ur. Je suis un peu l'oiseau de « mauvaise augure » car plusieurs fois il a fallu que je leur dise que ce n'était pas possible de les recevoir.
Lorsque le jeune entrera dans la fondation Béthanie, il sera question pour nous de leur donner une éducation scolaire et une formation professionnelle qui puisse leur donner les moyens de s'intégrer dans la vie professionnelle camerounaise. Ceci est une grande idée mais nous devons pour cela essayer de trouver des idées pour les former. La s½ur n'a malheureusement aucune idée pour ce qu'il s'agit des moyens d'atteindre ces objectifs. Nous pouvons en effet leur apporter une éducation de base et créer des ateliers de formation. Seulement, les quelques jeunes que j'ai pu voir jusqu'à maintenant avaient tous des projets de formation différents. Je pense en effet que nous pouvons créer des ateliers de formation qui auront pour but de développer l'appétence des jeunes pour le travail. Cela nous permettra de les remettre dans une activité de travail. Ils pourront ainsi se construire les outils pour pouvoir s'intégrer à la rigueur du travail, comme se lever tôt le matin, avoir du c½ur à l'ouvrage et voir quels peuvent être les bénéfices que l'ont peut retirer du travail... Ensuite, il sera question pour nous de trouver des écoles de formation ou encore des entreprises qui les accueilleront en apprentissage... Ces idées que j'ai actuellement je ne sais si nous pourrons effectivement les mettre en place. J'espère surtout que la s½ur sera effectivement d'accord avec ces projets, ce qui n'est pas du tout gagné d'avance car je sens qu'elle veut coute que coute que les jeunes soient formés au sein de la structure. Or je ne suis pas capable de former un électricien ou bien encore un menuisier, un boulanger... Nous en avons déjà parlé brièvement et elle m'a dit qu'elle pensait engager des techniciens qui viendraient former les jeunes au sein du centre. Je lui ai alors demandé comment nous allions financer ces salaires... Elle m'a répondu en s'énervant : « Et comment on te paie toi ? »... Je pense que la s½ur compte beaucoup sur « la manne française ».

En effet, la fondation Béthanie est pour l'instant entièrement financée par « l'association Béthanie » une association qui a été crée par des connaissances de la s½ur qui recherche des fonds pour le transférer à la fondation au Cameroun. Pour l'instant, l'association a entièrement financé les travaux du centre. Cette association a de l'argent mais je pense qu'il faut aussi chercher des fonds locaux pour la fondation Béthanie. Il faut, pour que la fondation soit fiable et puisse durer dans le temps, trouver des sources de financements locales et chercher à s'autofinancer. Nous avons par exemple un hectare de terrain, nous pouvons essayer de produire des fruits et autres légumes pour pouvoir rendre le centre autonome, au moins pour ce qu'il s'agit de la nourriture. Nous pouvons aussi trouver des sources de financement en développant des ateliers de formation. Aujourd'hui, nous sommes totalement dépendants de l'association française qui peut aussi se retirer du projet du jour au lendemain. Là est un grand débat.
J'ai rencontré une femme médecin, docteur Chareau, « docteur Martine » comme dirait la s½ur. Elle est le médecin chef du dispensaire financé par ALUCAM, l'usine d'aluminium qui fait vivre tout la ville d'Edéa. Les employés de cette usine sont totalement pris en charge médicalement par ce dispensaire. Ce médecin prend aussi en charge bénévolement les prisonniers de la prison d'Edéa qui sont atteint par le VIH. Grace à elle, j'ai pu participer à un colloque sur le sida et la tuberculose dans les prisons. J'ai ainsi pu me faire des contacts au sein des prisons de plusieurs villes : Edéa bien sur mais aussi Douala, Yaoundé ou encore Ngo Samba. Les participants à ce séminaire étaient les régisseurs (directeurs des prisons), et aussi les personnels de santé. Ce colloque a été une magnifique occasion pour moi de me rendre compte des difficultés sanitaires dans les prisons. J'ai pu aussi rencontrer les personnels pénitenciers d'Edéa concernés par le VIH sida, ce qui est une très bonne d'entrée dans la prison. Le régisseur était très heureux de me voir et m'a invité à visiter la prison.

Invité par le régisseur pendant le colloque sur le VIH sida, je suis donc allé à la prison, très bien accueilli par le régisseur qui m'a expliqué brièvement son historique. La prison d'Edéa a été construite en 1932. Aucun travaux n'ont été effectué depuis. La prison est donc dans un état d'hygiène et d'insalubrité avancée. A l'origine, c'était une annexe de la prison de Douala qui accueillait les expatriés et aussi les mineurs. Elle a accueillie très vite les prisonniers de droits commun de la région d'Edéa. Le régisseur m'a aussi parlé des problèmes qu'il rencontre au niveau de la santé des prisonniers. Il ne dispose que de 150 000 francs CFA par an du gouvernement (cela équivaut à peu près à 170 euros) !!! Il n'y a qu'une infirmière pour 258 détenus qui travaille avec les moyens du bord. Les prisonniers vont souvent la voir même s'ils n'ont pas de problème de santé car elle seule essai de se rendre disponible pour chacun. Pour ceux qui sont effectivement malade, c'est problématique. Les détenus d'Edéa sont pris en charge au niveau du VIH Sida et aussi de la tuberculose. Ces soins sont financés par l'association GTZ, c'est une association de coopération allemande. C'est elle d'ailleurs qui est à l'initiative du colloque dont je vous ai parlé. Le régisseur me dit que les problèmes de santé sont un véritable souci pour lui car les associations ou ONG ne prend en charge que les soins de maladie graves comme celle du VIH Sida ou de la tuberculose mais n'investissent pas dans les maladies dites plus « bénignes ». Il a, par exemple, beaucoup de détenus qui souffrent de paludisme et qui ne peuvent être soignés alors que la maladie pourrait être facilement endiguée avec les moyens adéquats... Nous avons également parlé du suivi des détenus au cours de leur détention. Normalement, le poste d'un animateur socio culturel est prévu dans la prison. Le régisseur m'a dit qu'il ne pouvait mettre quelqu'un à ce poste du fait qu'il n'ait déjà pas assez de personnel pour assurer la sécurité des prisonniers. Il a préféré embaucher quelqu'un pour renforcer l'équipe chargée de la sécurité. De ce fait, les prisonniers d'Edéa n'ont aucune préparation à la sortie et se trouvent souvent démunis à leur sortie. La plupart se retrouvent dans les mêmes problèmes qu'ils avaient avant de rentrer en prison. Ils ne trouvent pas de travail, sont rejetés par leur famille... En conséquence, ils n'ont d'autres choix de retourner dans la délinquance pour pouvoir se nourrir. Certains reviennent donc en prison quelques semaines après l'avoir quitté...
Le régisseur me laisse et je visite donc la prison avec un surveillant. Je rentre par une petite porte où il y a un petit sas grillagé. Certains prisonniers attendent je ne sais quoi derrière le sas. Je découvre la prison. Celle-ci est composée d'une grande cour de 300 mètres carrée. Elle fourmille de « vie », c'est le lieu où les détenus passent la plupart de leur temps. Ils font tous les actes de la vie quotidienne. Je vois certains faire leur lessive, d'autres à manger, d'autres encore jouent aux cartes... Je vois aussi qu'il y a des petits étales de denrées alimentaires. Je demande au gardien ce que c'est, il me répond que certains détenus ont la chance d'avoir de la famille qui leur amène des vivres qu'ils vendent ensuite aux autres prisonniers. Je visite aussi la cellule des mineurs. Celle-ci fait à peu près 9 mètres carré. Ils sont au nombre de 12 à se partager ce lieu. La grande promiscuité fait donc partie de la vie quotidienne de toute la prison. Je vais voir ensuite l'infirmerie où je retrouve l'infirmière que j'ai rencontrée pendant le colloque. Elle m'accueille avec un large sourire. Elle est assise à son bureau et reçoit un prisonnier qui a l'air bien faible. Plusieurs prisonniers sont ici ce qui me fait penser que la confidentialité des malades n'est pas effective dans cette prison. C'est d'ailleurs ce que m'avait dit docteur Martine. Elle ne peut recevoir un malade seul car son bureau fait aussi office de salle d'attente. L'infirmière me dit qu'elle a déjà parlé à quelques détenus de notre projet de réinsertion des sortants de prison. Elle en a parlé aux « pairs éducateurs ». Il y a un pair éducateur par cellule. Ce sont des prisonniers que le personnel pénitencier identifie comme étant responsable, en quelque sorte « les sages » de la prison. Ils ont un peu la responsabilité de la bonne tenue des cellules, sont médiateurs lors des tensions entre résidents de la cellule... Ils peuvent aussi donner certains conseils aux autres et ont accès parfois à des informations qu'ils doivent ensuite relayer à leurs camarades de cellules. Ils ont eu par exemple une formation l'année dernière sur le Sida. Ils ont ainsi pu faire de la prévention dans leurs cellules ou aussi inciter des prisonniers à se faire dépister. Je reprends ma visite et remarque qu'il n'y a aucune séparation entre les prisonniers. Tous sont regroupés dans la même cour. Il y a les mineurs, les vieux prisonniers, les malades, les petites et longues peines, les hommes et les femmes... En interrogeant le régisseur sur cet état de fait, celui-ci me dit que tous les prisonniers sont mélangés car il n'a pas les moyens de les séparer. Ceci a de nombreux effets pervers. Tout d'abord le fait de mélanger les petites et les longues peines est dangereux car ceux qui sont là pour peu de temps peuvent prendre exemple et contacts sur les prisonniers « professionnels » de la délinquance. Sortis de prisons, démunis et sans aucune ressource pour subvenir à leurs besoins, les petits délinquants sont tentés de reproduire ce qu'ils ont vécu et appris au cours de leur emprisonnement. Le deuxième souci est sanitaire car de nombreux détenus sont malades et peuvent contaminer les autres prisonniers.
Comme vous l'avez vu, cette visite a été forte en « émotions » et en enseignements. J'ai pu aussi prendre contacts avec les autorités et les personnels pénitentiaires. J'ai été très bien accueilli et je vais pouvoir travailler directement dans la prison. En effet, nous comptons travailler en amont de la sortie de prison. Je passerai donc régulièrement dans la prison pour préparer la sortie des personnes que nous allons accueillir. Je vais pouvoir construire un véritable projet de sortie avec le prisonnier. Nous connaitrons ainsi les jeunes accueillis chez nous et ainsi voir ce que nous pourrons faire pour les accueillir et aussi réfléchir aux moyens de répondre à leurs problématiques. Nous comptons également mettre en place des « enquêtes sociales ». Il s'agira d'étudier le contexte environnemental du prisonnier. Nous pourrons, par ce biais, intégrer la famille à la prise en charge des personnes pris en charge dans notre centre. En effet, au Cameroun, la famille est très importante. Nous pourrons renouer les liens peut être « distendus » entre les prisonniers et leurs familles. Nous aurons également l'occasion aussi de connaitre les causes qui ont amenés le jeune de « tomber dans la délinquance », à être incarcéré...


# Posté le jeudi 02 octobre 2008 07:07

Mes aventures! épisode 2:




Mardi 07 octobre 2008 :

Cela fait un mois et deux jours que je suis au Cameroun et il est temps pour moi de faire un petit bilan de ce que j'ai pu voir et observé, de ce que j'ai pu vivre.

Je pense tout d'abord que je suis en train de vivre une expérience unique (pour moi) et qui sera, à n'en point douter très enrichissante. Je mesure toutes les difficultés (surtout au niveau professionnel) auxquels je vais avoir à faire face et il faudra que je sois « malin » pour pouvoir les surmonter. Je sais aussi que ce sont elles qui vont me rendre cette expérience enrichissante.

Au niveau de la fondation Béthanie, je me rends compte des difficultés qui s'offrent à moi mais il va falloir les surmonter !... Je pense ainsi que ce n'est et ce ne sera pas facile de travailler avec la s½ur. C'est vrai, c'est elle qui a mis toute son énergie dans le projet de la fondation. C'est grâce à elle que la fondation a vu le jour et que le centre a pu se construire. Comme je l'ai dit auparavant, elle dit bien que c'est la mission que lui a confié « le seigneur ». Cette mission lui confère une grande responsabilité. Seulement, elle le dit elle-même, elle a toujours été une s½ur « contemplative » c'est-à-dire qu'elle a voué la plupart de sa vie à Dieu, à la prière. Cela ne fait que depuis quelques années qu'elle s'est concentrée à devenir une s½ur « active » et qu'elle est entrée dans la prison pour soigner les prisonniers. Ainsi, elle a vu l'inexistence d'une quelconque préparation à la sortie de cette institution et que beaucoup de prisonniers se retrouvaient en prison seulement quelques semaines après en être sortis. C'est cette expérience qui lui a donné l'idée de construire le projet de la fondation Béthanie. Chaque s½ur, curé, prêtre ou autres sont rattachés à un diocèse. La s½ur a donc demandé à son évêque de pouvoir s'occuper de ce projet. L'évêque a accepté qu'elle se consacre uniquement à ce projet, il lui a fait confiance et elle ne veut surtout pas le décevoir. Ainsi, si le projet se concrétise ce sera grâce à elle mais aussi grâce au diocèse d'Edéa. Sa place au sein de ce diocèse s'en trouvera dès lors renforcée.
C'est certain qu'elle a mis énormément d'énergie pour en arriver là car elle a du prendre « son bâton de pèlerin » et être une force persuasion pour encourager les gens à s'investir avec elle et pour lever les fonds utiles pour l'ouverture du centre. Le projet de la fondation est vraiment pertinent parce qu'il est le seul au Cameroun à vouloir s'occuper de la réinsertion des prisonniers. Il lui confère de grandes responsabilités mais lui permet aussi de devenir une sommité dans la région d'Edéa. Grace à son projet, elle peut être en lien avec l'élite de la région comme les autorités publiques par exemple. Elle parle souvent de ses relations avec tel ou tel ministre, tel ou tel évêque, tel ou tel préfet... Elle a aussi des idées bien précises sur ce que sera le centre. C'est sur qu'elle y a fortement réfléchi, même rêvé ! Je suis arrivé comme étant son subordonné, comme une aide pour l'aider à mener à bien ses projets. Le fait que je veuille avoir un dialogue franc avec elle, « sans concession » est pour elle une violence. Je mets en mots ce dont elle a peur et est angoissée à l'idée d'ouvrir le centre car elle se rend compte des responsabilités qui lui incombera lorsque le centre accueillera les jeunes. Jusqu'à maintenant, personne n'était là pour mettre en lumière ses contradictions et lui permettre de se poser des questions auxquelles elle n'avait pas pensé auparavant. C'est elle seule qui portait le projet et qui était la « tête pensante » de la fondation Béthanie. Ainsi, je n'ai pas le droit d'être en désaccord avec elle, d'être dans un esprit de contradictions. Il faut que je fasse ma place et qu'elle comprenne que je ne suis pas là pour la contredire mais pour que notre projet commun puisse être une vraie aide pour les personnes que nous allons accueillir dans le centre. Il faut que le centre soit viable, que l'on reconnaisse son utilité et qu'il dure dans le temps... Mon objectif est bien de mettre en place un projet qui puisse vivre par lui-même et qu'il atteigne les objectifs de réinsertion des prisonniers qui ont été élaboré à sa naissance...


La s½ur, comme nous avons vu n'a pas d'expérience dans le secteur social à part sa brève expérience de soignante dans la prison. Elle n'avait pas conscience jusqu'à maintenant des efforts à fournir et aussi de la façon de travailler avec les personnes que nous allons accueillir. En étant source de questionnements et en lui montrant ses contradictions, j'ai surement fait émerger en elle le doute et a compris qu'elle ne pourrait peut être pas atteindre ses objectifs, qu'elle ne pourrait peut être pas mettre en place les « grandes idées » dont elle rêvait... Bref, pour l'instant, alors même que nous devrions déjà accueillir des gens dans notre centre, nous ne sommes pas d'accord sur les conditions d'admission des personnes accueillies et même pas d'accord sur les modalités de prise en charge des jeunes dans le centre. A son idée, elle aimerait accueillir des sortants de prison mais aussi des jeunes démunis. Or il faut bien définir notre « population cible ». Le deuxième point de désaccord réside dans le fait qu'elle veuille que les jeunes suivent une formation professionnelle au sein du centre. Malheureusement, je ne me sens pas capable de former un menuisier, un électricien ou je ne sais quoi d'autre encore... Pour moi, la richesse du centre réside dans la remise des jeunes dans le travail, en développant des activités simples qui soient sources d'autofinancement comme par exemple l'agriculture ou encore des travaux artisanaux... Le centre serait, pour moi, un endroit transitoire où les jeunes pourront avoir accès à une instruction de base, à un réapprentissage du travail et une construction de projet de vie, de projet professionnel. Charge à nous après de trouver un lieu de formation ou d'apprentissage qui soit rompu à l'exercice et qui forme effectivement le jeune à un métier... La s½ur ne l'entend pas de cette oreille et souhaite vraiment que le jeune fasse son apprentissage ou une formation au sein de notre structure. Nous avons rencontré il y a peu un fonctionnaire délégué au ministère de l'emploi et de la formation professionnelle pour la région d'Edéa qui nous demandait quels diplômes seraient décernés à la fondation. S'en est suivi une longue discussion où la s½ur et lui se sont disputés car le fonctionnaire lui disaient que les jeunes devaient passer un diplôme homologué par le ministère de l'emploi et de la formation professionnelle si elle voulait que ces diplômes aient une quelconque valeur. La s½ur s'est énervée car elle veut que les jeunes passent un diplôme interne à la fondation et que cela ne veut pas dire que l'on ne peut pas réussir sans passer par une formation classique... Elle ne voulait pas comprendre que les employeurs connaissent la valeur d'un diplôme d'Etat et ne peut pas employer le salarié sous n'importe quelles conditions... J'ai rencontré ensuite un formateur qui forme ses élèves au travail de l'hostellerie et la restauration au sein même de l'hôtel où je suis logé pour l'instant. Celui-ci m'a dit qu'ils avaient eu le même type de questionnements lors de l'ouverture de son école. L'hôtel fait son recrutement au sein de cette formation mais il n'y a pas assez de places pour tout le monde et ils ont été obligés dès lors de suivre les programmes édictés par le ministère pour donner la chance aux autres de pouvoir trouver un emploi au sein du secteur...
Comme vous l'avez vu, je vais avoir des difficultés à mettre en place le projet mais aussi et surtout à travailler avec la s½ur !...



Jeudi 09 Octobre :

Bref, assez parlé de boulot !... Je trouve que je vous ai beaucoup parlé de ce que je fais au niveau du travail. En effet, comme vous l'avez vu, je travaille beaucoup car il faut tout mettre en place et je n'ai pas beaucoup de temps pour moi, même si j'essai de me préserver des temps de détente. Je travaille 6 jours par semaine. Ici, nous ne sommes pas aux 35 heures ! Je ne compte pas mes heures...
Depuis que je suis arrivé, je suis hébergé dans l'hôtel grand luxe d'Edéa dont je vous ai déjà parlé. Je suis pressé de quitter ce lieu même si je suis bien ici, il n'y a pas à dire, on s'occupe bien de moi mais je ne vis pas encore à la « camerounaise ». En effet, l'hôtel répond parfaitement aux « normes occidentales », que ce soit au niveau de l'hygiène, de la cuisine, ou encore des services proposés. Il y a des courts de tennis, une piscine, il propose également des massages ou encore des séances d'acuponcture... Le restaurant comme l'hôtel est fréquenté par les occidentaux et aussi l'élite camerounaise. Celle-ci est à l'image de l'occident. Je vois bien que beaucoup de camerounais les fréquentant connaissent bien la France et la plupart ont fait leur études dans notre pays. Ils ont souvent des grosses voitures « tout terrain ». D'ailleurs la majorité des routes, à part pour les grands axes, sont vraiment dégradés. Ainsi, j'ai rigolé avec un ami qui chambrait justement les élites politiques de son pays en disant qu'ils n'avaient pas besoin de s'occuper des routes, « qu'ils s'en foutaient » car tous ont des Gros 4-4 qui peuvent passer partout !


Au niveau des français, ou des européens que j'ai rencontré, ce sont vraiment « les rois du pétrole » ici. Ce sont eux qui ont la main sur la plupart des entreprises et qui les dirigent. Ils ont souvent les grosses et les plus belles maisons... Ceci fosse beaucoup les relations entre camerounais et occidentaux. Les locaux respectent énormément les européens (même trop à mon gout) et essaient souvent d'avoir des relations intéressées avec eux : pour leur argent ou alors pour montrer qu'ils sont bien « placés » dans la hiérarchie sociale camerounaise. Du fait de cette vision camerounaise de l'occidental, il est très difficile d'avoir des relations gratuites et sincères. Je me bats souvent pour éviter d'avoir des relations d'argent avec eux et aussi faire tomber les préjugés et à priori que les camerounais ont envers nous ou en tout cas avec moi... Cet état de fait vient de plusieurs causes qui fait que les camerounais ont souvent un complexe d'infériorité à notre égard.
La première est le fait que nous avons été, comme dans beaucoup pays d'Afrique les colonisateurs. Même si cela fait longtemps que le Cameroun est indépendant, il y a toujours, je pense cette infériorité enracinée dans l'inconscient collectif. La colonisation est bel et bien finie mais elle a été remplacée par « le néo-colonialisme ». Comme je l'ai dit plus haut, les occidentaux sont toujours dans les postes les mieux placés et nous profitons toujours des richesses de la terre africaine à notre propre profit. Par exemple, l'usine d'ALUCAM à Edéa est administrée par les Canadiens qui exportent la plupart de la production chez eux et exportent aussi les profits dans leur pays. Certes, l'usine profitent à la ville, emploie des camerounais, est moteur de richesse mais pourquoi celle-ci ne serait t'elle pas gérée par les camerounais eux même ?...

Il y a aussi le rôle des médias. Ceux-ci véhiculent l'idée de la richesse au sein de l'occident avec la transmission des films, mais aussi des clips musicaux ou encore des transmissions d'évènements sportifs, notamment footballistique. Pour le football, les camerounais connaissent bien souvent mieux que nous les équipes que nous supportons. En effet, tout les weekends, des matchs des championnats français, anglais, espagnol ou encore italiens sont diffusés sur les chaines nationales camerounaises. Le rôle des médias est très importants car il véhicule « l'american way of life » ou « l'european way of life ». Lorsque la personne n'a pas vraiment les moyens de subvenir à ces besoins, il rêve souvent de partir vivre et travailler en occident. Il veut profiter des richesses qu'il voit dans le petit écran. Le rêve de beaucoup de camerounais est souvent de partir s'installer en Europe.

Ce rêve de richesse est également véhiculé par la diaspora camerounaise. Beaucoup d'immigrés vivant en France envoient de l'argent dans leur pays et leur famille, ce qui est une part importante de l'économie camerounaise, comme dans bien des pays africains d'ailleurs. Lorsque les émigrants arrivent au Cameroun, ils sont attendus comme des « messies » ou encore comme le « père Noel »car ils viennent souvent avec pleins de cadeaux, surtout des appareils HIFI et aussi du textile. Ainsi, je l'ai vu dans l'aéroport, les émigrés sont surchargés lorsqu'ils débarquent dans leur pays. Les locaux attendent souvent la « manne » des émigrés. En effet, et cela je l'ai vu en France notamment en travaillant dans un CHRS (Centre d'Hébergement et de Réinsertion sociale), même si le migrant est loin de son pays, de ses proches, il fait toujours parti de sa famille. Pour cela, il doit contribuer aux dépenses des siens. Ses proches se sont souvent lourdement endettés pour que l'un des siens puisse partir en Europe. Ainsi, un billet d'avion pour Paris est au minimum l'équivalent de 5 mois d'un salaire moyen camerounais (à peu près de 100 euros par mois). Le malheur est que les camerounais ne se rendent pas compte de la difficulté des siens pour s'intégrer dans la vie européenne. Pour eux, la vie en Occident est très difficile. Ils occupent souvent des emplois que personne ne veut. Ils doivent travailler dur pour gagner à peine de quoi vivre. Lorsqu'ils réussissent enfin à avoir un peu d'argent, ils doivent l'envoyer au pays. Le problème est que la faible somme d'argent qu'ils réussissent à envoyer à leurs proches est une fortune ici. Par exemple, j'ai eu le plaisir de voir un camerounais avec qui j'ai travaillé dans le foyer pour les personnes en rupture d'hébergement. J'ai pu visiter quelques uns de ses amis et de sa famille. Cela faisait 4 ans qu'il était parti du Cameroun et ses proches avaient vraiment plaisir proches de le voir. J'ai bien vu dans leurs yeux combien ils l'admiraient. Lui m'a confié que tout le monde lui demandaient de l'argent pour soigner les soins d'un tel ou encore les études d'un autre ou que sais je encore... Mon ami étaient un peu exaspéré de toutes ces demandes car les gens ne se rendaient pas compte de la difficulté qu'il a à « bien vivre » en France. C'est vrai, partir est toujours un sacrifice pour eux car ils laissent toute la vie, toutes les relations qu'ils ont crée dans leur vie. Arrivé en France ou en Occident ils se rendent bien compte que ce n'est pas le paradis et qu'il faut se faire violence pour s'intégrer. Ils doivent se refaire des relations sociales. Cela est difficile car nous ne sommes pas aussi accueillants qu'il n'y parait... Les immigrés ont souvent des relations avec leurs compatriotes. Il est bien difficile pour eux de se faire des amis français.



Mercredi 15 Octobre

Les camerounaises sont vraiment belles mais très dangereuses. Comme pour tout, j'observe énormément et pour l'instant j'ai vraiment bien sympathisé avec une des serveuses du restaurant : Blanche. Elle est jeune et très sympathique. Je la vois tout les jours et quand je mange, elle essai toujours de venir me voir quand son travail le lui permet. Nous échangeons beaucoup tout les deux et elle m'a vraiment bien accueillie lorsque je suis arrivé. Je fais vraiment attention avec elle car j'ai senti qu'elle ne semblait pas vouloir avoir des relations gratuites, d'amitié, tout du moins au début. J'ai très vite vu cela et sans le lui dire, me suis un peu distancé d'elle car je sentais qu'elle ne voulait pas qu'avoir de pures relations amicales avec moi... Petit à petit, elle a vu cela et s'est elle-même distancé de moi. Toujours est-il que je pense que nous nous plaisons bien. Nous avons des relations purement amicales, je pense qu'elle a compris quel type de relation je cherchais instaurer avec elle. Sinon, au restaurant je remarque que beaucoup d'expatriés occidentaux sont avec des très belles femmes. Je me moque souvent d'eux avec la s½ur ou des amis en leur demandant pourquoi des jeunes et si jolies femmes sortent avec des vieux si laids ! La s½ur me répond qu'ils ont l'argent et elles la beauté... Nous en parlons beaucoup de cela avec le docteur Martine. Elle pense que c'est un contrat moral passé entre les deux. En effet, il y a beaucoup d'expatriés qui n'ont pas vraiment de succès amoureux dans leur pays. Ici, ils sont très prisés et il est facile de « séduire » les jeunes filles qui, comme je l'ai dit en haut, pensent que les occidentaux ont beaucoup d'argent. Ainsi, il est facile de voir les motivations des jeunes filles qui séduisent nos compatriotes (rappelons ici qu'au Cameroun, que le terme de « motivation » a un aspect financier).
L'ami dont je vous ai parlé m'avait invité à son mariage. Malheureusement, la mariée a annulé le mariage à un peu plus d'un mois avant la date ! Mon ami m'a dit que c'était à cause de sa belle famille. J'ai donc vu, au travers de cet exemple combien la famille avait son mot à dire dans l'union maritale. Mon ami était un peu triste mais il s'est très vite remis et a trouvé une nouvelle copine. Nous sommes donc allés ensemble à l'anniversaire de sa nouvelle copine. Il y avait un DJ et aussi un commentateur qui organisait le repas et interviewer certain. Quelques uns venaient de France et d'Europe. Ces invités étaient en quelque sorte des « invités d'honneur ». Nous voyons bien ici combien c'est une fierté pour les camerounais d'avoir des proches vivant en Occident. La fête était vraiment bien et nous avons dansé toute la nuit. Sa copine avait invité tous ses amis ainsi que sa famille. Après le repas, c'est elle, avec mon ami, qui a ouvert le bal. Ils ont appelé pour les accompagner. Comme de par hasard, j'ai été appelé et il a fallu que je danse un slow avec la petite s½ur de la copine de mon ami. Pour eux, un couple était né... C'est vrai qu'elle a beaucoup de charme et nous nous sommes bien « amusés » ensemble. Au petit matin, pour les invités c'est comme si on était mariés... Je me suis rendus compte que je me suis fait piégé car toute la famille avait un drôle de sourire aux lèvres quand le soleil s'est levé... Après la soirée, je suis reparti directement à Edéa en disant au revoir gentiment à ma « dulcinée ». Je n'ai plus eu de nouvelles d'elle pendant au moins deux semaines. Elle m'envoie un texto sur mon portable en me disant qu'elle voulait que je la rappelle. Je la rappelle donc et elle me reproche de ne pas l'avoir appelé. Je lui dis que je n'avais pas son numéro. Elle me rétorque que maintenant je l'ai puisque qu'elle m'a rappelé... Pour être aimable nous échangeons des banalités et j'écourte très vite la conversation. Peut être deux jours après, elle me réveille à 5 heures du matin : « -Salut c'est moi, je voulais te réveiller pour savoir si t'avais bien dormi... » Je lui réponds assez sèchement : « - Tu m'as réveillé et j'aimerais me rendormir, au revoir !... » Depuis ce jour, je reçois quotidiennement un texto me disant qu'il faut que je rappelle son numéro. Bien sur, je ne la rappelle pas mais je compte partir sur Douala cette semaine pour faire mon visa et je vais donc tirer cette histoire au clair. Je pense que, comme beaucoup de camerounaise, elle a cru que notre histoire était faite et que « j'étais à sa merci ». Seulement, comme je vous l'ai dit, je n'aime pas ce type de relation et sens que si je ne mets pas les choses au clair, à plat, la situation va vite s'envenimer... Avec les femmes ici j'ai l'impression que l'on peut très vite être pris au piège et rentrer dans un sicle infernal dans lequel on ne peut se dépêtrer ! Elles sont très malignes et savent manipuler les hommes, surtout les Occidentaux. Je pense qu'il faut savoir mettre très vite la limite pour ne pas se faire « abuser ». Les rapports hommes-femmes ne sont pas les mêmes que chez nous. Il faut faire très attention de ne pas se faire manipuler et savoir prendre son temps dans les relations amoureuses, d'autant plus ici !



Mardi 21 Octobre :

J'ai rencontré également un musicien qui vient jouer du piano tout les soirs au restaurant. C'est vraiment l'un des seuls, avec blanche, qui m'a bien accueilli. J'ai envoyé ma candidature à la DCC, l'organisme intermédiaire avec qui je suis parti, j'ai aussi contacté la SCD, une ONG presqu'identique à la DCC. Je me souviens qu'à la formation proposée par la SCD, j'avais émis le souhait de pouvoir rencontrer quelqu'un avec qui je puisse échanger sans restriction, avec qui je puisse échanger sur tout ce que j'observe, tout ce qui me plait ou ce qui me gêne. Avec lui je peux le faire sans prendre le risque que ce soit répété ou encore déformé. Il connait beaucoup les français et les volontaires dans son ensemble. Nombres d'entre eux sont devenus amis avec lui. Sa s½ur habite dans la région lyonnaise et il a déjà fait plusieurs séjours en France. Il s'est comment se comporter avec les français et est conscient des travers de ses compatriotes. Il sait combien les camerounais en veulent à l'argent des français et sait aussi que nos compatriotes recherchent, comme je l'ai dit avant des relations sincères et gratuites. Nous parlons aussi régulièrement des relations hommes-femmes qui sont différents ici et dans notre pays. Il me fait découvrir un peu de la culture de son pays et nous prévoyons de faire quelques petites balades ensemble. En effet, pour l'instant, je ne me suis pas encore beaucoup promené car je travaille beaucoup. Il m'a aussi invité chez lui pour manger ce qui me fait du bien car me change un peu de l'hôtel...


Dimanche 26 Octobre :

Depuis que je vous ai parlé du travail, il s'est passé encore beaucoup de choses. J'ai remarqué, en fréquentant la prison que beaucoup de jeunes prisonniers étaient incarcérés et attendaient souvent leur procès pendant plusieurs mois voire plusieurs années. En effet, on m'avait dit qu'il y avait beaucoup de corruption au Cameroun et la justice n'est pas un secteur épargné. Ainsi, lorsqu'un prisonnier est incarcéré, il ne sait jamais quand surviendra son procès. Sa famille doit payer les magistrats pour qu'il soit jugé. En général, les prisonniers n'ont pas assez d'argent pour payer. Ils sont donc emprisonnés souvent un an voire deux avant le jugement et doivent ensuite effectuer leur peine. Ils sont donc à la prison pendant plusieurs années même s'ils ont commis des petits délits. J'ai rencontré un jeune qui est resté pendant cinq ans en prison alors qu'il avait simplement volé une chaine Hifi, un lecteur de CD ! Le problème, comme je l'ai déjà dit, c'est que le jeune, qui rentre pour la première fois dans la prison, rencontre des hommes ou des femmes qui ont un lourd passé délictuel. Ils se font des connaissances peu recommandables et apprennent souvent comment s'en sortir en faisant des délits plus ou moins graves. Ceci est un vrai cercle vicieux car la prison ne fait rien quant à leur réinsertion sociale et professionnelle, les prisonniers sont entièrement oisifs pendant leur détention. En plus, ils perdent souvent le lien avec leur famille qui les abandonne à leur sort. Dés½uvré, sans la moindre chance de se réinsérer professionnellement, abandonné par leur famille, ils n'ont pas la possibilité de s'en sortir. Ils n'ont alors comme solution que de suivre les enseignements délictuels appris par leurs pairs en prison.
J'ai pensé que nous pourrions accueillir ces jeunes pour les réinsérer dans la société le temps d'attendre leur procès. Ils seront ainsi protégés des effets néfastes de la prison et des mauvaises influences. Le juge pourra aussi se rendre compte si le jeune a fait effectivement des efforts pour se sortir de ce cercle vicieux. Malgré tout, nous ne pouvons pas nous substituer à la justice et le jeune doit passer en procès et suivre la procédure judiciaire lambda d'un prévenu camerounais. En effet, je pense que la justice doit aussi un coté éducatif. J'ai profité d'une journée où la s½ur ne travaillait pas pour aller voir le procureur de la république. Celui-ci m'a très bien reçu et s'est montré très intéressé par notre projet et ma proposition. Nous sommes ensuite allés le visiter avec la s½ur. Malgré le bon accueil qu'il m'a fait à notre première entrevue le procureur s'est montré paranoïaque face à moi. Je me tenais face à lui les mains dans les poches. Il m'a d'abord dit d'enlever mes mains de mes poches. Il m'a ordonné ensuite de m'assoir, puis de décroiser mes jambes... Il m'a dicté ces ordres d'une drôle de manière qui m'a fait penser qu'il avait peur de moi ! J'ai été très surpris voire désarçonné par son comportement surtout qu'il m'avait reçu avec un large sourire la première fois en me faisant un accueil amical... Il faut croire que ce matin là il n'était pas tout à fait dans son assiette. Ce sentiment a été confirmé par la s½ur qui m'a mis en garde car ici le procureur est un peu comme le Shérif au temps des westerns. Rien que parce que ma tête ne lui plait pas et qu'il se sent menacé, il peut facilement me mettre sous écrous, rien parce que j'ai mis mes mains dans mes poches... Il n'y a pas à dire, les hommes de lois ont vraiment le pouvoir ici. Nous n'avons pas pu malheureusement le revoir car ce Monsieur est en vacance jusqu'au 20 novembre. Nous sommes donc allés voir la juge d'instruction qui incarcère les prisonniers et aussi le substitut du procureur qui nous ont toutes les deux très bien accueilli. Elles ont été très enthousiastes par notre idée et voudraient également travailler avec nous. Nous avons passé un long moment dans leurs bureaux car la s½ur a expliqué en large et en travers comment l'idée avait émergée dans sa tête et comment elle avait réussi à ce faire pour construire son projet. En effet, comme je l'avais déjà remarqué, la s½ur aime bien se faire « mousser ». Elle adore ce type d'entretien avec des gens qui ont du pouvoir et qui l'écoute « religieusement ». Elle aime se sentir d'importance et aussi fréquenter les élites de la nation camerounaise... Cela m'a fait sourire car elle s'embourbait un peu dans ses explications avec la substitut du procureur si bien qu'au bout d'un peu plus d'une heure de quasi monologue la substitut lui a demandé ce qu'elle pouvait bien faire pour nous ! Là encore la s½ur n'a pas répondu exactement à la question et j'ai du l'aider en clarifiant son discours et aussi en expliquant comment on pouvait travailler ensemble, et ce en 5 minutes !...


Mardi 28 Octobre :

Cela fait presque deux mois que je travaille avec la s½ur et je me demande déjà comment je vais faire pour tenir pendant les deux ans. Rien que le fait de la voir parfois m'insupporte. Je ne sais pas ce qu'elle attend de moi et me sens un peu comme son « larbin » ou plutôt comme son chauffeur. En effet, depuis que je suis ici je dois aller la chercher tout les matins chez elle et la ramener tout les midis chez elle. Elle me dit il faut qu'on aille là ou bien ici, donc je l'accompagne. Telle est la situation mais je pense que cela va bientôt changé car je compte déménager éminemment. Une fois que je serais à la fondation il ne sera pas question pour moi de venir la chercher car cela fait un peu loin. En tout les cas, je prendrai ce prétexte pour ne plus faire « taxi » ce qui m'enlèvera un gros poids dans la journée. Elle est aussi très maline car elle profite du fait que je sois à l'hôtel pour venir manger quasiment tout les jours au restaurant. En effet, n'étant pas encore à la fondation, le patron de l'hôtel m'héberge et me nourri gratis. Elle profite d'être avec moi pratiquement tout les jours pour m'accompagner dans mon repas. Au début de mon séjour, il me semblait que ces rapports avec le patron de l'hôtel étaient très amicaux. J'ai très vite vu que cela le dessaperai de la voir tout les jours surtout que c'est lui qui paye ! Autrefois (il y a de cela à peine un mois et demi), nous avions le privilège de manger à sa table mais maintenant il préfère s'enfuir dès qu'il lui a dit quelques mots par pure politesse et je le comprends fort bien. J'en ai aussi un peu marre de passer 2 heures voire 2 heures et demie attablé. Moi, je n'ai besoin qu'une demie heure tout au plus pour faire mon repas (je ne prends souvent que la plat de résistance), si bien que je la regarde manger pendant qu'elle prend tout son temps, bouchées par bouchées, plats par plats... J'ai essayait de lui faire comprendre en emmenant un livre un jour mais que nenni, pas de réaction... Aujourd'hui, j'étais content car je croyais l'avoir évité prétextant que je devais faire une visite à la prison (ce qui est vrai rassurez vous), j'ai pris tout mon temps et suis arrivé au restaurant très tard. Etant seule je me suis dit qu'elle n'allait pas manger et que de toute façon je l'éviterai étant donné l'heure. Je rentre dans le restaurant, je me avance et devinez qui je vois attablée tout sourire... La s½ur me disant que je vais pouvoir la raccompagner. En la voyant j'ai failli faire demi tour mais bon je n'ai pas osé tout de même il faut bien rester poli.


Comme vous le voyez j'ai vraiment du mal avec la s½ur et je sens que cela devient personnel. Ceci est un danger et il me faut prendre de la distance avec ces sentiments. Mais ce n'est pas facile. Le risque est que nous rompions les liens. Cela serait un malheur car nous avons (elle et moi) une grande responsabilité vis-à-vis des prisonniers que nous allons prendre en charge. Dans mon métier, il est très important qu'il y ait un minimum de cohérence dans l'équipe ce qui n'est pas le cas actuellement. Mon métier ne peut se concevoir individuellement. En effet, c'est l'ensemble du groupe de « professionnels » (je mets des guillemets dans le contexte que je décris ici) qui détermine une bonne prise en charge des personnes avec lesquels nous travaillons même si les personnes en elle-même en sont les premières responsables de leur réussite. Les nombreuses confrontations que j'ai décrites avant nous handicapent pour faire du bon travail. Aujourd'hui, je me pose la question de savoir ce que pense la s½ur de l'utilité de ma présence à ses cotés. J'ai besoin qu'elle me reconnaisse à ma juste valeur et qu'elle ait une petite reconnaissance de ce que je fais. En effet, elle m'a déjà dit plusieurs fois qu'elle n'avait pas donné son accord pour que je vienne, tout du moins aussi rapidement. En arrivant au Cameroun, elle m'a dit qu'elle n'avait été informée de mon arrivée qu'un mois avant que je débarque sur le sol camerounais. Or, j'ai su après par une source sure qu'elle et le financeur français en avaient parlé au moins 5 mois avant ! Bref, quand elle me dit que je veux prendre le pouvoir à Béthanie, je lui rétorque que je ne suis là que pour deux ans et que j'espère et ferai tout pour que la fondation survive à mon départ. Elle me répond que de toutes les façons il y a bien des camerounais qui pourront me remplacer et peuvent même faire mon travail dès aujourd'hui...


Quand je réfléchi à ma présence ici, je pense notamment aux financeurs français qui m'ont envoyé ici. Ils ont insisté pour que je puisse venir. Nous nous sommes rencontré en tout et pour tout deux fois en France. Le courant est tout de suite passé entre nous. Nous nous sommes rencontrés sur de nombreux points et sommes sur la même ligne de pensée. J'ai remarqué qu'ils mettaient beaucoup d'espoirs en moi. Lorsque je suis parti la dernière fois que l'on s'est vu chez eux, ils m'ont fait comprendre que j'avais la responsabilité de la bonne mise en place de la prise en charge de la fondation Béthanie. Quand j'y réfléchi aujourd'hui et que je vois comment la s½ur travaille je comprends que je suis arrivé comme étant un prolongement de ce qu'ils veulent faire dans la fondation. Je m'explique : je suis un peu le médiateur entre eux et ce qui se passe ici. Je leur envoie régulièrement des nouvelles sur l'avancement des travaux et du projet. Avant, ils n'avaient que des bribes d'informations au téléphone par la s½ur et encore il est difficile de communiquer avec elle par ce moyen de communication. Ils avaient aussi quelques mails du patron de l'hôtel qui les informaient avec parcimonie de l'évolution du projet. En m'envoyant, ils étaient surs d'avoir plus de visibilité et peuvent aussi me donner des directives à suivre... Il est difficile de suivre la mise en route d'un tel projet ici lorsque l'on est si loin du pays et de la réalité camerounaises. Peut être que la s½ur a vu cela et je suis un peu comme « le canard boiteux » qui l'empêche de faire ce qu'elle veut, d'être le seul maitre à bord... Est-ce pour cela qu'elle m'en veuille ? En tout cas je pense que c'en est une part non négligeable de la mauvaise volonté qu'elle a à m'écouter. Ma position n'est pas du tout évidente à tenir car il faut ménager l'un et l'autre !

Si vous avez lu tout de ce que j'ai écrit et ce que je pense à l'heure actuelle, vous devez penser que tout est noir pour moi au chaud soleil du Cameroun. Pourtant il n'en est rien et personnellement, j'essai de positiver tout de même, j'ai bon espoir que tout cela va changer. Il faut que cela change car je me demande comment je vais tenir pendant les deux ans. Mes motifs de satisfactions et ma source d'énergie sont personnels. En effet, malgré que la s½ur ne m'ait pas vraiment bien introduit dans l'environnement social et pénitentiaire d'Edéa, j'ai réussi à m'intégrer en utilisant mes propres ressources. Le fait d'avoir rencontré « Docteur Martine » et d'avoir participer au colloque sur le Sida m'a permis de rentrer dans la prison par « la grande porte ». J'ai pu prendre contact avec des intervenants des prisons, j'ai rencontré le régisseur de la prison d'Edéa. Ces contacts me sont très précieux et seront encore très important pour moi tout le long de mon séjour ici. Grace à ma participation au colloque il a été facile de rentrer dans la prison d'Edéa et d'avoir le champ entièrement libre par rapport à tous les intervenants de la prison. Ainsi je peux travailler comme je le veux là bas. J'ai aussi recontacté une assistante sociale qui travaille dans la prison de New Bell à Douala pour l'association GTZ. Elle fait de la prévention pour le VIH SIDA. Je l'ai rencontré la semaine dernière à Douala pour lui expliquer en détails ce que nous prévoyons de faire dans la fondation Béthanie. Elle travaille en collaboration étroite avec le service social de la prison et pourra être une bonne intermédiaire pour m'introduire auprès d'eux. Nous pourrons dès lors travailler en étroite collaboration avec le service social. « Docteur Marine » veut aussi que je participe à une semaine où elle prévoit de passer dans les écoles et collège de la ville et des alentours d'Edéa pour faire de la prévention sur le Sida et le VIH. Là encore, je pourrai prendre contact avec les directeurs et responsables d'établissement pour que nous travaillions en collaboration. Nous pourrons alors orienter les jeunes à telle ou telle formations. Nous avons aussi assisté la semaine dernière à une messe de rentrée d'un collège qui est tout à fait voisin de notre fondation. Pendant que la s½ur était occupé à discuter avec je ne sais quel haute personnalité invité ce jour là, j'en ai profité pour me présenter au directeur de l'établissement, malgré qu'il soit un peu débordé par ce qu'il devait faire. Nous avons eu un dialogue très courtois et il m'a invité à le rencontrer pour que nous travaillions ensemble. Comme vous le voyez, pour moi ce n'est pas les projets qui manquent. Le souci c'est que j'essai de le faire sans la s½ur car cela risque de condamner les efforts que j'ai fait au préalable... Je compte beaucoup sur mes propres ressources et capacités pour mettre en place quelque chose de viable et intéressant dans l'optique de réinsérer de manière efficace et positive les anciens détenus dont nous aurons la charge. En effet, je pense souvent à eux et me dit que je suis essentiellement pour eux. Moi je ne suis là que temporairement mais eux auront à porter la croix de la prison toute leur vie. Nous travaillons avec des personnes humaines et c'est de leur vie qu'il s'agit. Nous avons en cela une grande responsabilité qui surpasse grandement les défauts de la s½ur, son honneur, sa fierté et le jour du jugement dernier. De tout ce que je vous ai compté, il faut que je m'en arrange et que je me concentre que sur « ma vraie mission » conséquente de ma fonction et de mon métier d'éducateur spécialisé...


La suite au prochain épisode...
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# Posté le mercredi 29 octobre 2008 11:21

Aventure aventure épisode 3


vendredi 7 novembre 2008 :

Et oui cela fait exactement deux mois et deux jours que je suis sur le sol camerounais. Comme dirait « Tony du Soudan » je ne saurais pas dire si le temps passe vite ou lentement. En tout cas j'ai bien conscience que je ne suis qu'au début de mon voyage et qu'il me reste encore énormément de choses à faire et à découvrir. Le temps n'est pas le même ici qu'en Europe. En effet, les journées peuvent passer très vite comme être très longue car ici nous les français nous sommes pour les camerounais comme des formule 1, nous sommes toujours « speed » et voulons toujours être occupés. Ceux qui me connaissent bien me diraient que j'ai un tempérament qui va bien avec le pays mais certaines fois pourtant je l'avoue je fais preuve d'impatience. En effet, j'ai remarqué que chez nous l'inactivité était socialement mal perçue. Ici c'est vrai que ce n'est pas la même chose et il faut être souvent patient pour obtenir quelque chose. Le travail n'est pas perçu comme chez nous. Un exemple : cela fait plus d'un mois que nous avons un menuisier qui vient travailler à la fondation. Depuis ce temps il n'a fait que deux pièces alors que chez nous pour un homme seul cela aurait pris une semaine ! C'est vrai que lui est particulièrement paresseux. Il prétexte souvent une crise de palu ou encore un deuil dans sa famille pour ne pas venir au travail... Nous français sommes des fois un trop speed comme ils disent mais je pense que je compare ici deux extrêmes...

Quand je mesure ce que j'ai fait pour l'instant, je suis quand même content de moi malgré tout les griefs que j'ai pu décrire avant. Je vais de plus en plus souvent à la prison où j'y ai pris mes petites habitudes. Je suis maintenant bien identifié du personnel pénitentiaire dans son ensemble et je travaille la plupart du temps avec les jeunes que nous prévoyons d'accueillir dans une pièce à l'abri des yeux ou des oreilles indiscrètes. J'ai pris le parti de ne pas travailler à l'intérieur même de la prison, dans la grande cour ou encore dans les cellules des prisonniers. Ainsi, je reste dans le hall de la prison où se font les visites et où se trouvent les surveillants dans la majeure partie du temps. Ce choix je l'ai fait tout au début car en restant à l'extérieur de leur univers, je signifie bien à tout ceux que je reçois, que je suis quelqu'un d'extérieur à la prison. Vous me direz que je suis moins à même de me représenter quelles sont les conditions de vie dans cette institution. C'est bien vrai mais en écoutant avec attention les témoignages des prisonniers que je reçois, je peux me faire une idée de la vie à la prison d'Edéa.

Le principal maux de la prison au Cameroun est d'abord l'oisiveté. De nombreux détenus m'ont dit qu'ils s'ennuyaient éperdument à la prison car ils n'ont rien à faire de la journée, de la nuit, à part jouer aux petits chevaux, et encore il n'en existe que deux jeux dans cette institution pénitentiaire pour quelques 300 prisonniers. Le fait que les prisonniers n'ont rien à faire crée de l'ennui et de l'animosité. On peut comprendre aisément que passer deux ou trois ans comme cela sans rien faire peut être facteur de violence.
L'autre facteur aggravant c'est que l'Etat n'a rien prévu pour les prisonniers lorsqu'ils sortent de la prison. Au-delà de la sortie de prison, j'ai pu m'apercevoir qu'il n'y avait pas de service social à l'intérieur de cette institution. Nous voyons bien là que la prison n'a qu'un rôle de répression et aussi de sécurité pour la société. Le prisonnier est puni pour ce qu'il a fait (ou ce qu'il n'a pas fait) sans avoir de perspectives sur ce qu'il va faire après sa détention. En France me direz vous c'est le même cas. Seulement en France il y a quand même des travailleurs sociaux qui travaillent dans les prisons. Le régisseur ainsi que le personnel pénitencier m'a aussi proposé, ou tout du moins fortement suggéré, de venir faire des entretiens socio éducatif au sein même de la prison. Cela aurait pu être une bonne idée mais j'ai refusé catégoriquement car je ne veux pas me substituer à l'Etat. Celui-ci ne respecte pas son devoir de réinsertion envers les prisonniers. Ici, en tout cas à Edéa, l'aspect réinsertion est nul. Comme je l'ai dit auparavant, les détenus se retrouvent souvent sans aucune perspective d'avenir au sortir de la prison. Ils sont souvent sans formation et même s'ils avaient un métier avant leur incarcération, ils sont soumis aux préjugés de la société dans son ensemble, qui plus est au niveau des employeurs. Si bien qu'ils ont les plus grandes difficultés du monde de trouver un emploi. Leur famille, une fois qu'ils sont entrés en prison les laissent bien souvent seul face à leur destin car ils ont souvent perdu l'énergie de se battre, d'autant plus que le fils ou la fille incarcéré est une vraie honte pour la famille...

En plus de tout cela, les détenus ressortent de la prison souvent changés psychologiquement. Comme le dit Michel Foucault dans « Surveiller et Punir » : la prison est en soit une violence pour l'être humain car il s'en prend à sa liberté. L'Etat emprisonne l'esprit des condamnés, prive les individus de leur liberté pour essayer de faire changer l'esprit. Foucault décrit dans ce livre comment la punition sociétale du délinquant est passée du châtiment corporel à l'entrave de liberté. Ainsi, on ne touche plus au corps de l'individu mais on cherche à faire changer psychiquement le prisonnier en le privant de sa liberté de se mouvoir, d'organiser sa vie comme bon lui semble... Même si ce livre a été écrit dans les années 70, il reste toujours bel et bien d'actualité dans les sociétés occidentales. Ici, nous ne sommes pas en Europe ni aux Amériques. La torture existe pour punir les prisonniers des méfaits qu'ils auraient faits à l'intérieur de la prison.

C'est ainsi qu'un matin j'ai eu le droit d'assister à une scène qui m'a fait froid dans le dos. J'allais, comme d'habitude voir les quelques prisonniers que j'avais à voir lorsque je fus surpris de voir un prisonnier la cheville attachée au plafond du hall avec les mains sur le sol. Manifestement cela faisait peu de temps qu'il était comme cela. Surpris, je me suis retourné vers les gardiens pour leur demander la cause de cette punition. Un des gardiens m'a dit que « Monsieur » a volé de la nourriture à un de ses petits camarades. Lorsque j'ai posé cette question, le gardien s'est retourné vers le malfaiteur en lui disant que ce n'était pas bien de voler comme cela et les autres gardiens de reprendre qu'il le méritait bien et que d'être attaché comme cela face à un « blanc » devait lui faire vraiment la honte ! Ne voulant pas donner plus d'importance à cette scène, surtout au niveau des gardiens, j'ai commencé à faire ce pour quoi j'étais venu ce matin là. Je commence donc mon entretien avec le prisonnier que j'étais venu voir et nous sommes soudain interrompus par les pleurs et les cris du malheureux qui souffrait le martyr. Nous sommes allés voir si tout allait « bien ». Nous avons trouvé les 4 ou 5 gardiens présents ce jour là autour de lui en train de le sermonner lui disant que c'était bien fait pour lui et que c'est ce qui arrivait aux sales voleurs qui enlevaient le pain de la bouche de ses camarades. Le supplicié jurait à corps et à cris qu'il ne recommencera plus et qu'il sera sage... A peu près deux minutes plus tard, lorsque j'ai fini mon entretien, il y avait deux jeunes hommes qui lui donnait à boire en le tenant sur leurs épaules (je ne sais pas si c'étaient des prisonniers ou des personnes extérieur à la prison). Juste après, le jeune homme a été libéré de la chaine qui le tenait ainsi prisonnier. Bien sur, cette punition a eu des séquelles car il réussissait à peine à marcher. Sa cheville était toute engourdie et on voyait bien que la chaine était rentrée dans la chair de son pied... Je ne pensais pas que je pouvais voir ce genre de scène un jour. Pourtant ceci est monnaie courante au sein des institutions pénitentiaires du Cameroun.

En effet, j'ai rencontré la déléguée chargée de l'emploi et de la formation professionnelle pour le gouvernement camerounais. Durant ses études, elle a fait tout un mémoire sur les droits des prisonniers au Cameroun. Dans celui-ci, elle faisait l'inventaire des droits élémentaires des détenus. Après cette énumération, elle est allée travailler pendant plusieurs jours dans une prison pour vérifier si les droits énumérés étaient bien respectés. Dans ce qu'elle a repéré, il y avait en autres : le droit à la vie, le droit à la mise en place d'un projet de réinsertion et le droit à une intimité. Comme de bien entendu, aucun de ses droits élémentaires ne sont respectés. Le droit à la vie, à la santé est le premier d'entre eux. Le prisonnier doit avoir accès à des conditions de vie qui puissent leur permettre de pouvoir « vivre » ou plutôt survivre à la prison. Comme vous l'avez vu en haut, l'infirmière n'a que 125 000 Francs CFA (soit à peu 175 euros) par an pour acheter des médicaments. Imaginez les soins qu'elle peut apporter lorsque la population est de 300 prisonniers minimum les bonnes années alors qu'elle ne peut en accueillir seulement 160. Du fait de cette surpopulation et du manque d'hygiène, les germes et autres microbes peuvent alors se développer très rapidement. Il est donc facile pour un détenu d'attraper une quelconque maladie. L'infirmière fait ce qu'elle peut mais elle n'a souvent pas les moyens de soigner véritablement ses malades. Il faut aussi penser à la nourriture. Beaucoup n'ont pas une ration suffisante pour se nourrir dans une journée. Cela entraine également une faiblesse corporelle qui rend les prisonniers plus vulnérable à la maladie. Ainsi, le poste de cuisinier est un poste stratégique au sein de la prison. J'ai rencontré d'ailleurs un prisonnier qui sort d'ici peu et que l'on devrait accueillir. Celui-ci travaille sur ce poste. Il m'a dit que son rôle était énormément convoité par les autres prisonniers et certains d'ailleurs essaient de trouver ses faveurs pour être certains de manger à leur faim dans la journée... Comme je l'ai dit auparavant, l'oisiveté est un fléau dans le milieu carcéral et être à la cuisine, même si c'est un travail dur, est un privilège car il permet de s'occuper « chaque jour que Dieu fait ». L'intégrité physique est aussi un droit fondamental dans la prison. Les violences sont pourtant ici monnaie courante. Comme nous l'avons vu, de la part des gardiens mais aussi de la part des prisonniers entre eux. En allant à la prison plusieurs fois par semaine, j'ai pu remarquer que les gardiens n'interviennent que rarement au sein même de la prison. Même s'ils sont plusieurs, ils restent dans le hall et il faut qu'il y ait vraiment violence avérée pour qu'ils bougent le petit doigt. Pour intervenir Ils ont le bâton ou même un fusil en cas de besoin.

Face à tous ces constats, le projet de la fondation Béthanie est dès lors très bien perçu, que ce soit au niveau de l'administration (administrative, pénitentiaire et judiciaire) et c'est une véritable chance pour les jeunes qui sortent de la prison. Chaque visite que je fais aux familles est aussi très bien perçue et je suis à chaque fois très bien accueilli. Les familles vivent souvent dans des conditions misérables et ont des conditions de vie qui ne seraient pas tolérables en France. Cet état de fait conditionne souvent les jeunes à commettre des méfaits et des délits. C'est ce pourquoi ils se retrouvent en prison. Nous voyons ainsi très souvent des enfants quitter l'école très jeunes du fait du manque de moyens de leurs parents. Le défaut d'éducation est, dans la plupart des cas un facteur aggravant. D'autant plus que les parents délaissent leurs enfants. Beaucoup aussi renoncent à payer l'école au moindre échec scolaire de leur progéniture. Il faut savoir que l'école n'est pas obligatoire et que les écoles publiques sont en nombre insuffisant. Les classes sont alors surchargées et pour avoir une éducation digne de ce nom il leur faut payer des écoles privées (ayant souvent une dimension religieuse). Le prix fluctue en fonction de l'établissement. Nous avons par exemple un collège qui se trouve juste à coté de la fondation. Il est de confession catholique et les élèves doivent payer entre 20 000 et 50 000 Francs CFA en fonction de la classe de l'enfant (ce qui fait entre 300 et 750 euros). Ceci représente une sacrée somme pour la plupart des ménages, surtout lorsqu'il y a un certains nombre d'enfants à scolarisés dans la famille (je rappelle qu'un salaire moyen est de 60 000 Francs CFA soit 100 euros). Vous comprendrez bien sur que les familles qui ont à peine de quoi pour manger font l'impasse sur l'école. Sans éducation, sans formation, livrés à eux même, les jeunes essaient de s'occuper et se retrouvent à trainer dans des bandes plus ou moins fréquentables...

C'est ainsi que je suis allé visiter un soir une famille. Le jeune qui veut rentrer dans la fondation a fait un an de prison car il s'est battu, lors d'une de ses sorties nocturnes, avec un de ses amis. Cela faisait plusieurs mois qu'il était sorti de prison. La s½ur l'avait soigné dans la prison quand elle y allait régulièrement avant de se mettre sur le projet de la fondation Béthanie. Ce jeune habitait Edéa depuis plus de deux ans avant qu'il soit incarcéré. Il a été élevé dans un village situé à une cinquantaine de kilomètres de la ville par sa mère qui vit toujours là bas. Son père est mort peu après la naissance du garçon. Sa mère a eu ensuite deux enfants de deux hommes différents qui sont partis sans les reconnaitre... Elle s'est retrouvée seule et s'est débrouillée pour élever ses enfants aidée par sa famille et ses voisins (ici se débrouiller est une expression courante : quand je demande à quelqu'un ce qu'il fait dans la vie il me répond souvent « Je me débrouille »). Les jeunes hommes, quand ils ont eu un certains âge en ont eu marre de la vie au village et ont décidé de rejoindre leur tante à Edéa. Celle-ci est jeune car elle a 23 ans. Elle travaille dans un bar dans le centre ville. Le problème c'est qu'elle est payée une misère (50 000 Francs CFA par mois). Avec son salaire elle ne peut payer le loyer d'une maison ou d'un grand appartement. Ils vivent ainsi à quatre dans un 10 mètres carré ! Elle est la seule qui travaille et les garçons n'ont aucunes occupations de la journée à part se « débrouiller » et trainer dans le rue avec leurs amis. Cette situation n'est pas unique à cette famille car beaucoup de jeunes comme cela sont dés½uvrés et trainent leurs basques à longueur de journée. A qui la faute me diriez-vous ? C'est souvent la faute à « pas de chance » ou à la société. Mais je pense que c'est aussi de leur propre faute. L'exemple de cette famille est caractéristique du fléau d'oisiveté qui frappe certains jeunes. En effet, ces jeunes auraient pu très bien travailler dans les plantations dans les villages. Un ami me disait l'autre jour que quelqu'un qui meurt de faim au Cameroun c'est de sa faute car la nature est tellement luxuriante ici qu'en cultivant un petit lopin de terre, on arrive bon an mal an à bien vivre de sa petite culture. Seulement, comme dirait l'autre « c'est dur la culture ! ». Les jeunes ne sont pas attirés vers les travaux des champs et beaucoup rêvent de quitter la campagne pour aller « s'épanouir » dans les villes.


Jeudi 27 Novembre 2008 :

Ce jeune, en l'occurrence, nous venons cette semaine de le visiter. Nous avions rendez vous avec lui (l'éducateur camerounais et moi) au travail de sa tante. A l'heure du rendez vous, il n'était pas là. Nous nous sommes donc permis de rechercher sa chambre pour voir s'il y était. Là, nous l'avons trouvé de tout son long à dormir comme un bébé. Il était 4 heures de la journée ! Nous l'avons donc réveillé et il était très surpris de nous voir... Nous lui avons demandé pourquoi il dormait à cette heure de la journée, lui nous a répondu qu'il était fatigué... Nous avons donc fait l'entretien en essayant de creuser par rapport à son projet. Il nous a répondu qu'il voulait être commerçant. En lui disant que nous nous inquiétons de son avenir car nous voyions bien qu'il ne faisait rien de sa journée, et qu'il n'en sortirait jamais en dormant à 4 heures de l'après midi, il nous a dit qu'il cherchait des idées pour s'en sortir. Ici, au Cameroun, beaucoup de monde travaille en faisant du petit commerce itinérant. Notre fils (comme ils disent au Cameroun) avait l'air hébété par notre cours de morale. En effet, nous lui avons quelque peu bousculé, lui ne pouvait rien dire... La seule chose était « je veux faire du commerce » et alors lui répondis-je « ça fait depuis avril que tu es sorti de prison et tu n'a rie fait depuis ce jour pour t'en sortir... Il faut se bouger pour arriver à quelque chose... ». Bref, nous sommes ressortis de la maison quelque peu désarçonnés par la nonchalance et le mutisme du garçon.

Dimanche 30 novembre :

Nous voici un nouveau mois qui s'est passé, ce mois a été fort en émotion et nous avons vraiment bien avancé au niveau du projet de la fondation. En effet, je suis maintenant installé dans la fondation, cela fait déjà quatre jours que je me suis installé. Nous avons eu la visite du financeur français pendant une semaine, et quelle semaine cela a été ! Grace à lui, beaucoup de choses ont bougé et nous avons vraiment bien avancé.
Tout d'abord, il a fait office de médiateur entre la s½ur et moi. En sa présence, on a pu vraiment se parler de tout ce qui n'allait pas dans notre relation. La s½ur a cherché à m'accuser d'irrespect et de fermeture. En effet, nos sources de confrontation étaient vraiment un frein au projet. Le financeur a été toujours de mon coté et me fait à 100 pour 100 confiance. Il a dit à la s½ur qu'elle devait me laisser travailler car je n'étais certes jamais venu au Cameroun mais que j'avais une certaine expérience de terrain, que j'étais professionnel. Nos points de désaccord sur la population visée étaient du au fait que je ne voyais pas l'intérêt d'accueillir plusieurs populations au sein de notre centre. Le nombre de places étant limitées, il fallait bien se limiter à une population bien déterminée. Je pense que la s½ur a eu une impression de violence quand je suis arrivé car si je suis ici, c'est beaucoup grâce au financeur qui a fait les démarches et qui m'a « embauché ». Le fait qu'elle a était seule à travailler sur ce projet a fait qu'elle se sentait seule maitre à bord. Lorsque je suis arrivé, elle a du composer avec moi qui cherchais à vraiment viabiliser le projet. De ce fait, il y avait des choses que je ne pouvais pas accepter et ce pour le bon avancement du projet. Elle n'avait pas l'habitude de se confronter comme cela et ceci a été d'une grande violence pour elle d'autant plus que nous avons 50 années de différence. Ici, le respect des doyens est vraiment important et ils ne peuvent accepter les contradictions d'un petit jeune comme moi... Le fait qu'elle se défende de manière violente était l'illustration de ce que je pouvais lui transmettre comme sentiment. Le problème c'est qu'elle se défendait mal car elle attaquait ma personne plutôt que le professionnel. En Afrique, il y a souvent voire toujours confusion entre le coté professionnel et personnel d'un individu. Ce sentiment on se l'est expliqué et je pense qu'elle a compris que je n'étais pas là pour construire mon propre projet mais bel et bien pour apporter mon expérience et ma vision du projet. Le financeur a été ferme par rapport à notre collaboration. Il a menacé la s½ur de se retirer si elle ne me laissé pas travailler.

La s½ur a reproché au financeur qu'elle pensait qu'on la mette « hors du jeu », celui-ci a répliqué que cela faisait maintenant deux ans qu'elle est seule sur ce projet et qu'elle ne semblait pas vouloir que le projet avance et comme dirait mon ancienne patronne, qui m'a beaucoup appris, « la nature a horreur du vide ». Il fallait bien que le projet avance et il a donc pris des initiatives notamment en m'envoyant travaillé au sein de la fondation. Finalement, même si la s½ur s'est défendue comme elle a pu, nous avons pu lui faire prendre conscience de ses contradictions et avancer beaucoup. Je pense que c'était important qu'une personne extérieure vienne à ce moment de la mise en place du projet. En effet, lorsque l'on est comme cela, « les mains dans le cambouis », « le nez dans le guidon », nous n'avons peut être pas assez de recul pour se faire objectif et instaurer de la sérénité dans les relations quotidiennes.. Depuis que le financeur est parti, la s½ur s'est un peu désinvesti du projet et nous l'avons vu que très rarement. Je pense qu'elle nous fait (l'éducateur camerounais et moi) confiance. Il faut dire aussi qu'elle est en deuil en ce moment car elle a perdu une s½ur (une « vraie ») qui lui était très proche.

Comme vous avez pu le devinez en me lisant, nous avons également embauché un éducateur camerounais qui travaillera avec moi de concert dans la mise en place du projet. Il a déjà une grande expérience du terrain puisque il a déjà travaillé pendant une dizaine d'années avec des enfants des rues sur Douala. Lui aussi a exercé son métier dans une structure qui est aussi dirigée par une religieuse. Ce qui est le cas de beaucoup d'institutions dans ce pays. Enormément d'école ou d'½uvres sociales sont à vocation chrétienne. Il a vu les travers que peut amener ce type de prise en charge de « charité chrétienne ». En effet, même si nous pouvons beaucoup dire de notre s½ur, celle qui l'a dirigé pendant dix ans est pire qu'elle, nous pouvons le dire... Tout d'abord, elle dirige sa grande institution d'une main de fer. Lorsqu'elle prend une décision, tout le monde doit être au diapason ce qui n'est quand même pas le cas de la s½ur qui nous intéresse, elle est quand même plus ouverte à la discussion. Comme elle, la s½ur de Douala ne peut refuser son aide à un déshérité sous prétexte que sa structure fait ½uvre sociale. Ceci entraine une saturation de son association si bien que les enfants sont les uns sur les autres... Il y a aussi le fait qu'elle ne donne jamais tort aux enfants ce qui met les éducateurs dans une situation pas possible, surtout qu'elle s'en prend à eux devant les enfants ! Les membres de l'équipe éducative ont alors un mal fou à faire légitimer leur place au sein de leurs hébergés... Tout ce que nous a dit l'éducateur qui travaille avec moi est assez encourageant car la s½ur n'est quand même pas comme cela, enfin je l'espère... Lui en tout cas connait ces travers et pourra être un bon médiateur entre la s½ur et moi. Il ne veut pas que ces dérives arrivent chez nous et sera là pour être vigilant à ce que cela n'arrive pas ici.

Cela fait maintenant plus de deux semaines que je travaille avec lui et je vois combien il peut apporter à la structure. Nous travaillons vraiment main dans la main et nous formons une équipe vraiment complémentaire, une équipe « vanille chocolat » comme dirait le financeur. Nous faisons les entretiens tout les deux ensemble et sommes sur la même longueur d'onde, si bien que lorsque l'un oublie quelque chose l'autre va réagir aussitôt et ainsi de suite... Il m'apporte également énormément sur la compréhension du contexte environnemental, culturel, religieux et ethnique de chaque situation. Je comprends également beaucoup plus facilement les enjeux et les obstacles auxquelles nous devrons faire face aussi au niveau politique et dans la vision des prisonniers à l'extérieur. Sa connaissance de la population des enfants des rues lui permet d'avoir un certain recul par rapport à chaque situation des jeunes que nous rencontrons dans et hors de la prison. En effet, même si ce n'est pas exactement les mêmes personnages auxquels nous avons à faire face, les enfants des rues trainent souvent derrière eux un long passé de débrouille qui a pour conséquence de se retrouver dans l'illégalité des actes délictuels. Cette expérience m'est d'un grand secours car je n'avais pas vraiment de recul et d'appui pour être une bonne analyse dans la compréhension de chaque situation. Pour ma part j'apporte ce que je suis tout d'abord avec ma culture, ma façon de fonctionner qui est différente de la sienne 'd'autant plus qu'il n'a jamais voyagé en Europe). J'apporte aussi ce que j'ai pu apprendre pendant ma formation car il n'existe pas de formation d'éducateur spécialisé au Cameroun. J'avais des petits doutes au départ sur ses motivations à venir travailler avec nous car je me demandais pourquoi il voulait quitter une institution dans lequel il était si bien ancré. Pourquoi venir sur Edéa alors que sa femme et ses 4 enfants sont sur Douala et qu'il doit les quitter toute la semaine ? Pourquoi gagner moins (10 000 Francs CFA) ? Lui m'a dit qu'il en avait marre de travailler pour la structure il travaillait depuis 10 ans. Il avait envie de changer d'air et se féliciter de travailler pour un si beau projet, surtout à son commencent. Il voulait aussi créer avec moi ses propres outils de travail. Concernant sa rémunération j'ai été très ferme avec lui en disant que ce n'était pas négociable mais qu'il serait par contre nourri logé. Ce qu'il perd en salaire, il le regagne en nourriture et en logement... Bref nous formons une « paire éducateurs » vraiment très intéressante. Nous travaillons vraiment dans une complémentarité saine et sereine.

Avec le financeur nous avons aussi fait tout les achats pour que l'on puisse s'installer (l'éducateur et moi). C'est ainsi que nous sommes allés faire les derniers achats importants à Douala. Nous avons passé la journée à courir partout. Nous avons été bien aidés par l'éducateur et aussi un chauffeur que le financeur avait engagé pour la journée. Avant de partir, nous avons été conseillés par un ami camerounais du financeur. Celui-ci a bien réussi professionnellement et a longtemps vécu en France. Les magasins où il nous a conseillé d'aller étaient vraiment trop chers pour nos pauvres moyens. Nous avons donc choisi de privilégier le plan B, c'est-à-dire de suivre les deux camerounais qui étaient avec nous et qui n'ont pas les moyens de l'ami du financeur. C'est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans le quartier Congo, un quartier de commerce qui vend beaucoup de mobiliers. Nous devions acheter 2 bureaux ainsi que 3 armoires. Dès que nous sommes arrivés, une nuée de vendeurs sont arrivés, nous nous sommes très vite retrouvés dans une petite boutique de mobilier à l'écart de l'allée centrale où nous sommes arrivés. Malgré tout, tout les vendeurs nous avait suivis et épiaient nos moindres faits et gestes. Nous avons ardemment négocié avec le marchand de meubles et nous sommes vite tombés d'accord sur un prix raisonnable en utilisant tout les arguments de négociation que l'on pouvait utiliser. Nous lui avons ensuite demandé de nous présenter 3 armoires, ce qu'il s'empressa de faire. Malgré notre premier achat, le vendeur nous a proposé un prix exorbitant 250 000 Francs CFA, toujours surveillés par la horde de vendeurs. Nous avons essayé de négocier un prix raisonnable mais le vendeur ne baissait pas assez vite ses prix. J'ai très vite coupés la conservation comprenant qu'il n'était pas prêt à collaborer avec nous. Nous l'avons donc quitté en lui disant qu'on irait prendre les deux bureaux pendant l'après midi. Nous avons continué notre recherche, suivis toujours par une dizaine de vendeurs. Un de ceci était de la boutique que nous avions quittée précédemment. Il continuait d'argumenter sur les prix que nous avait proposés le premier vendeur. Nous lui avons signifié assez fermement qu'on leur avait donné leur chance et qu'il fallait aussi donner la chance à ses concurrents. C'est ainsi que nous sommes entrés dans une deuxième boutique, attirés par un des vendeurs qui nous suivait. Celui-ci, a recommencé a pratiquer des prix astronomiques que nous n'avions pas moyens de payer. Le deuxième vendeur de la première boutique nous avait encore suivis avec quelques uns de ses collègues... C'est alors que l'éducateur camerounais s'est énervé après tout le petit groupe en disant qu'il comprenait leur petit manège et que ça ne marcherait pas avec nous car il connaissait ce genre de procédé... Je n'ai pas compris tout de suite pourquoi il s'énervait de cette manière car il avait l'air très en colère voire menaçant avec eux. Il m'a expliqué bien après que certains blancs s'étaient retrouvés kidnappés dans ce quartier par une vingtaine de vendeurs comme cela. Les européens avaient dus alors donnés tout leur argent pour sortir du quartier indemne et bien sur sans ce qu'ils étaient venus acheter... En en parlant après avec le financeur, celui-ci m'a dit que cela se voyait bien que l'éducateur avait l'habitude des affaires de la rue puisque c'était son lieu de travail depuis maintenant une décennie. Bref, épuisés par tant de négociations, nous sommes retournés à la première boutique pour retirer les deux bureaux. Lorsque ceux-ci étaient dans le camion et que nous étions prêts à partir, abandonnant l'idée d'acheter les armoires, le premier vendeur est venu nous dire qu'en fait il acceptait de nous vendre les 3 armoires à 125 000 Francs CFA ! Ce prix est quand même la moitié de celui qu'il nous avait demandé à la première négociation et qu'il refusait de baisser... La négociation est ici un sport où il faut être d'autant plus endurent lorsque l'on est blanc. Beaucoup de vendeurs reprochaient aux camerounais qui étaient avec nous de ne pas vouloir faire travailler leur frères. Le fait d'être européens nous handicapait car les vendeurs pensaient que nous avions beaucoup d'argent et qu'ils pouvaient en profiter. De notre coté, il fallait que le prix soit correct et surtout au prix du pays. Pour en arriver là, il nous a fallu prendre 3 fois plus de temps qu'un camerounais. Ce n'était pas évident mais nous y sommes arrivés au final.

Le dernier jour du financeur au Cameroun fut couronné par un conseil d'administration « extraordinaire ». Malgré l'ancienneté de l'association camerounaise (4 ans), c'était la première fois qu'un conseil d'administration se réunissait. La s½ur était très contente car elle n'avait jamais participé à ce genre de réunion. Le conseil est composé de 6 personnes à savoir deux amis de Joseph qui étaient autrefois investi dans le projet et qui se sont peu à peu écarté du projet, le docteur chez qui j'ai passé trois semaines avant d'emménager dans la fondation, la s½ur et le financeur ainsi que le régisseur de la prison d'Edéa. Toutes ces personnes mise à part la s½ur, le financeur ainsi que le régisseur qui est arrivé que très nouvellement dans l'association, nous les avons « récupéré » avec le financeur car, malgré leur investissement du départ, avaient fui l'association. Ils voulaient partir pour plusieurs raisons. Tout d'abord, il n'y a jamais eu de réels dialogues entre chaque protagoniste lors de la construction du centre. Le « responsable des travaux » était le patron de l'hôtel qui m'a si gentiment hébergé et nourri pendant mes 2 premiers mois au Cameroun. C'est vrai qu'il fallait quelqu'un de sa personnalité pour que le chantier avance, malgré qu'il ne puisse pas laisser la place à d'autres car il a l'habitude de mener à la baguette tout son petit monde. Comme patron d'un hôtel et d'un restaurant comme il l'est, c'est très important d'avoir sa personnalité seulement dans une association, il faut ménager chacun pour avoir une cohérence entre ses membres. Lui voulait être chef de tout ce petit monde ce qui a démotivé le peu de personnes motivés pour s'investir dans le projet. Il faut dire aussi que le caractère de la s½ur n'a pas arrangé les choses puisqu'elle était toujours exigeante avec tout le monde sans toutefois montrer de bienveillance dans ce qu'ils faisaient effectivement. Le fait que le chef de l'hostellerie veuille se retirer du projet a permis, avec notre insistance, à certain de se réinvestir dans le projet.

Bref, le conseil d'administration a été un moment important car il a marqué le réel lancement du projet. Ils ont adopté les statuts modifiés de l'association ainsi que le règlement intérieur. Nous avions travaillé sur les 2 documents tout le long de la semaine passée avec le financeur. Les membres du conseil ont été également élus. Ensuite, nous sommes passés à la nomination du directeur qui n'est autre que... Ma personne !!!! En effet, nous avons longuement discuté avec le financeur pour savoir comment je pouvais avoir les mains libres pour travailler sans trop de soucis avec la s½ur. Après milles réflexions, j'ai accepté le poste de directeur du fait que je sois le seul qui puisse prendre ces responsabilités. Mes fonctions de direction ont été bien définies, j'ai des responsabilités qui portent sur tout ce qui est organisation et gestion de l'établissement : c'est-à-dire sur la gestion du budget, du personnel et aussi une fonction de décision au niveau des jeunes, dans leurs admissions et leurs sanctions. Je suis amené également à avoir affaire à tous les partenaires de l'extérieur. J'aurais bien sur à rendre des comptes au conseil d'administration qui fixe les principales orientations et prévoit aussi le budget alloué pour toute les périodes entre les conseils. Je suis donc le « seul maitre » à bord pendant cette période. Ceci est une grande responsabilité et j'ai et aurais beaucoup de travail concernant ce poste en cumulant en plus les temps passés comme éducateur. Car je suis avant tout ici en tant qu'éducateur et pour réinsérer les jeunes. Le poste de directeur me donne malgré tout assez de pouvoir pour travailler à mes souhaits et ne pas être handicapé par les relations avec la s½ur, même si elle reste présidente fondatrice de la fondation. Ces fonctions me permets d'être libre dans mon travail et c'est un grand soulagement car cela évitera les difficultés que vous connaissez auxquels j'ai du faire face lorsque je suis arrivé. Personnellement, en y réfléchissant, je pense que ce sera une grande expérience et que si je réussi à rendre viable ce projet, je gagnerai des années d'expérience au niveau de mon expérience professionnelle... Je pense que ce n'est pas rien de partir deux ans de son pays pour monter un projet comme celui-ci, surtout au Cameroun, surtout avec la population qui nous intéresse. Aujourd'hui, j'ai toutes les cartes en main pour que ça marche mais c'est un vrai grand défi qui me reste à accomplir et je mesure encore l'ampleur de la tache... J'y mettrai toute mon énergie en n'oubliant pas bien sur qu'il faut aussi se ménager et prendre aussi du temps pour soi et bien sur pour écrire à mes chers lecteurs qui a n'en pas douté reste fidèle et me visite régulièrement.

Gros bisous à tout le monde et je pense bien à tous même si comme vous le voyez ici ça ne chôme pas !

La prochaine fois je vous décrirai mes débuts en tant que directeur (ça fait un peu pompeux mais c'est le mot du poste que j'occupe)...

# Posté le mardi 09 décembre 2008 10:04

emeric au cameroun episode 4


Lundi 15 Décembre 2008 :

Voila maintenant un peu plus d'un mois que j'ai pris mes nouvelles fonctions en tant que directeur et je m'adapte petit à petit à ce nouveau statut. J'ai vraiment pris les commandes de la fondation et je fais toutes les taches vouées au bon fonctionnement de la structure. J'ai ainsi de multiples fonction comme par exemple faire la compatibilité, la gestion du personnel, créer des partenariats avec des écoles de formation, des entreprises... Je me rends compte de la difficulté de cette fonction mais j'apprends aussi vite que je peux le faire. Beaucoup souriront en lisant cette phrase mais pour l'instant, ma principale difficulté est la comptabilité. Au niveau de la gestion du personnel, j'arrive à m'en sortir plutôt bien et les salariés qui travaillaient avant ma nomination ont vite pris le pli. Certains m'appellent « monsieur le directeur » mais le plus souvent c'est « Monsieur Emeric ». J'ai eu plusieurs problèmes à régler depuis le mois passé.

Le plus spectaculaire : comme je vous l'ai dit auparavant, nous avons embauché un menuisier pour monter les lits des jeunes. Tout ceux-ci sont des lits vraiment luxueux sur deux étages, avec le lit en haut, une petite armoire et aussi un bureau pour que les jeunes aient la possibilité de travailler. Un lit, rien qu'en bois nous a couté quelques 100 000 Francs CFA soit 150 euros, vous vous dites que ce n'est pas trop cher mais pour le pays cela représente une énorme somme d'argent ! Nous en avons acheté 15 ce qui est une fortune pour le Cameroun et surtout pour le menuisier à qui on a passé commande... Ces lits n'étaient pas montés par le menuisier qui les a ramenés en pièces détachées. Nous avons donc du embauché un autre menuisier qui a également mis en place les faux plafonds. Le problème c'est qu'en trois mois je ne voyais pas les choses avancer ou si peu, question montage de lits et aussi pose des faux plafonds... Lorsque j'ai été nommé directeur, le menuisier en question avait encore besoin de monter quelques planches pour finir l'installation des lits. Il lui manquait seulement 6 ou 7 lits pour faire des traverses et ainsi protéger la structure des lits... Il a mis au moins deux semaines pour faire ces 6 planches alors qu'un ouvrier normal aurait mis moins de deux jours !... Et pour tous les autres travaux qu'il a du faire, cela a été la même chose ! Un beau jour je suis arrivé à son atelier pour récupérer ces fameuses planches, il devait recommencer le travail à 14h30 après sa pause déjeuner et je l'ai attendu pendant près d'une heure ! Là, j'ai commencé à m'énerver en disant à son collègue qui était là qu'il ne serait pas payé pour la journée car je n'avais aucuns moyens de vérifier s'il avait effectivement travaillé ce jour. Je suis revenu à la fondation pour travailler avec l'éducateur lorsque l'on a été interrompu par le menuisier qui venait se plaindre que ce n'était pas normal qu'il ne soit pas payé car il avait travaillé comme d'habitude... Je lui ai répliqué que c'était bien cela le problème, il avait travaillé comme d'habitude et que d'habitude le travail n'en finissait pas. J'ai profité de ce moment pour lui dire ses 4 vérités et que je n'acceptais plus que le travail traine autant. Pour moi c'était vraiment innanmicible d'avoir mis autant de temps à faire ce qu'il avait fait en 3 mois alors qu'il aurait pu terminé le travail pour lequel on le payait en 3 fois moins de temps. J'ai vu que son sang n'a fait qu'un tour et que je l'avais fortement blessé dans son orgueil, sa fierté. Il a rétorqué qu'il se sentait blessé car il avait investi beaucoup de son énergie à la fondation. Il pensait faire du travail de qualité, ce que je ne lui reproché pas mais je lui répétais que c'était le temps pour le faire qui était beaucoup trop long ! J'ai vite abrégé la conversation en lui disant que nous avions encore beaucoup de travail à faire et que nous n'avions pas l'après midi à passer sur « son cas »... Nous nous sommes quittés fâchés en se disant que nous allions régler ce problème plus tard. Lui était très énervé et n'avait pas arrêté de rouspéter lorsqu'il a pris la moto pour s'en aller. Nous nous sommes revus le lendemain matin. Dans la conversation de la veille, je lui avais dit que je ne voulais plus le payer à la journée mais à la tache effectuée. Comme l'expression dit, la nuit porte conseil et il a accepté de bonne grâce le marché que je lui proposais. Nous nous sommes donc mis d'accord sur le travail qu'il restait à faire et sur la somme que je lui verserai quand le travail sera fini. Comme de par hasard, c e travail a été fini en deux temps trois mouvements et à peine une semaine après, le travail été fait. Nous nous sommes quittés en bon terme en se disant que si on avait besoin de lui je le rappellerai. Il est même revenu quelques jours plus tard pour fêter son départ en nous offrant une petite bière. Je pense que j'ai bien agi et le fait de le secouer lui a permis de se remettre en cause. Le fait de le payer à la journée n'était pas une bonne solution car plus le temps passait et plus il gagnait de l'argent sur notre dos. Les camerounais sont des très grands travailleurs lorsque l'on est ferme avec eux mais la moindre faille chez l'employeur est aussitôt exploitée par eux. Il nous faut donc rester ferme mais juste lorsque l'on veut qu'un travail soit fait.

Samedi 27 décembre

Il est temps maintenant de vous conter des problèmes qui nous soudainement apparus au cours de notre travail. Nous devions accueillir nos premiers jeunes il y a quelques semaines. Nous suivions les deux concernés depuis plusieurs mois et nous avions programmés leurs sorties de prison ces jours ci. Le seul problème qui nous restait à régler était par rapport aux amendes qui leur restaient à payer. En effet, lorsqu'un détenu est incarcéré, il doit s'acquitter d'une amende à sa sortie qui comprend sa prise en charge au sein de la prison. Ainsi, tous les prisonniers doivent payer 360 Frans CFA par jour qui comprend leur « hébergement » et aussi ses frais de « nourriture » ! La somme à payer est donc proportionnelle à leur durée de séjour au sein des quatre murs de la prison. Les deux prisonniers en question étaient restés en prison depuis deux ans (croyait-on). Ils avaient donc une somme de quelques 50 000 Francs CFA (soit 70 euros) à payer. Lorsque qu'un détenu ne peut s'amender, et que sa famille ne peut pas l'aider, ils doivent faire une peine supplémentaire en prison (à l'appréciation du juge). Pour l'un des deux, sa famille voulait bien lui payer l'amende mais pas directement à sa sortie. Ce prisonnier nous a donc demandé de voir le régisseur pour lui demander s'il pouvait sortir quand sa famille allait venir payer cette amende. Je m'exécute et vais voir le régisseur pour négocier avec lui. Je lui expose la situation du jeune homme en lui disant qu'il devait sortir le lendemain. Le régisseur prend alors le dossier du prisonnier et là... Surprise ! Le régisseur, avec un petit sourire aux lèvres me dit : « Mais Emeric, ce jeune, il ne sort qu'en 2010 !... » Là je suis effondré et lui dit que c'était bien marqué sur ses registres et que je n'ai aucun moyen de vérifier quand sort un détenu et quel âge il a... Le régisseur me dit qu'il faut travailler en étroite collaboration avec le greffe qui est au fait de toutes ses informations. Il appelle ce dernier et lui demande de lui sortir un document trimestriel qui recense les peines de tous les condamnés de la prison. Je regarde, j'étudie ce document avec toute mon attention et je vois en effet que les deux prisonnier qui devait sortir cette semaine ne sort qu'en 2010. J'ai donc pris tout mon temps et j'ai noté tous les détenus qui devaient sortir durant les prochains moments. N'avons aucune connaissance de ce document auparavant... C'est alors que je me rends compte qu'un certains nombre de détenus sont déjà sortis depuis plusieurs semaines. Là, je suis encore plus en rogne après tout le personnel pénitencier qui ne m'a, qui ne nous a pas informés des sortants de prison. Je sors de la prison un peu découragé et aussi énervé de m'avoir fait ainsi manipulé par tout ce petit monde.

Je reviens à la fondation Béthanie et raconte tout cela à mon collègue qui tombe comme moi des nues. Celui-ci après un petit moment relativise et me dit que ça ne l'étonne guère. En effet, il a remarqué comme moi que le personnel pénitencier se foutait pas mal de la situation de leurs détenus. Certains d'eux me disait même que la prison d'Edéa étant une assez petite prison, elle faisait partie des meilleures... Nous avons remarqué que beaucoup d'entre eux se font payer les services qui sont normalement gratuits. Ainsi, les familles sont obligées de payer pour rendre visite à leurs proches et doivent payer encore lorsqu'ils leur apportent de la nourriture. En en parlant autour de moi, une amie travaillant au sein d'un cabinet d'avocat m'a demandé si j'étais allé seul dans le bureau du régisseur. Lui répondant par l'affirmative, elle me répond que les gardiens ont vu cela et ont cru que je payais au régisseur notre présence au sein de la prison. Eux ne voyaient pas la couleur de cet argent... C'est peut être pour cela qu'ils nous ont mis autant de « bâtons dans les roues ».

La semaine suivante nous sommes allés voir les deux détenus « qui nous avaient ainsi manipulés ». Nous leur expliquons la situation et ceux-ci tombent des nues comme nous lorsqu'on a entendu la nouvelle. En parlent avec eux, nous nous rendons compte qu'en fait ils n'ont aucune conscience de comment marche le système judiciaire et pénitentiaire dans lequel ils sont embarqué... Nous trouvons cela bizarre et insistons pour savoir réellement quand ils croient sortir. Eux nous disent que c'est le greffe qui leur a dit qu'ils sortaient très prochainement. Ils font aussi la confusion entre le temps passé dans la prison et la durée de la peine. En effet, au Cameroun, le temps où un prisonnier entre en prison et son jugement n'est pas compté dans la peine. C'est-à-dire que la peine commence lorsque le jugement est rendu. Le temps passé auparavant en prison est compté comme nulle ! Lorsque la peine est enfin effectuée, il leur reste ensuite l'amende à payer, comme je vous l'ai expliqué. Nous expliquons tout cela aux jeunes mais eux sont persuadés qu'ils sortent d'ici peu car c'est le greffe qui leur a dit... Nous nous rendons compte qu'ils pensent que le personnel de la prison ont le pouvoir de les libérer quand bon leur semble... Nous leur expliquons que les gardiens, le greffe et le régisseur n'ont aucune influence sur la peine d'un détenu et qu'ils exécutent seulement les décisions du juge. Dans toute cette histoire il faut qu'ils écoutent la sentence du juge et qu'ils soient sourds à ce que peuvent dire le personnel pénitencier. Avec cette histoire, nous savons maintenant que les détenus, qui sont les premiers concernés, ne comprennent rien aux systèmes judiciaire et pénitentiaire. En parlant de ces problèmes à la s½ur, elle nous dit qu'en effet, elle avait remarqué cela et avait posé la question à l'ancien procureur. Celui-ci avait répondu qu'ils préféraient bien souvent ne pas informer les prisonniers ou encore les embrouiller pour éviter les mutineries ou les évasions ! Cet état de fait est horrible pour les détenus qui, en plus de supporter leur vie en prison, ne savent pas exactement quand ils sortiront de cet enfer. Si bien qu'un prisonnier peut apprendre la veille qu'il sort le lendemain. Là, il n'y a pas de préparation à la sortie et pour les détenus qui n'ont pas de famille qui sont derrière eux, il est très difficile de s'en sortir du fait qu'ils n'aient pas prévu la date de leur sortie et aussi de solution d'hébergement. Cette question de la date de sortie est importante car j'imagine que lorsque l'on est en prison la première chose que l'on veut savoir c'est quand on sort. Les prisonniers se font alors plein d'idée, plein d'illusions sur leur date de sortie et aucun acteur du système carcéral n'est là pour éclaircir leur questionnement... Ceci a un aspect psychologique néfaste.

Samedi 16 janvier 2009 :

Et nous voilà dans l'année 2009 ! J'espère, pour vous qui me lisez avec fidélité que ce sera une formidable année pour vous et que tout vos souhaits se réaliseront. Pour ma part, je sais que ce ne sera pas une année facile, une année au Cameroun où il va falloir se confronter à de multiples défis, surmonter de multiples obstacles. Je pense malgré tout que cette année marquera la réalisation du projet qui est le mien et auquel beaucoup de personnes ont travaillé d'arrache pied. J'espère pour eux que nous pourrons tous ensemble nous satisfaire du travail que nous allons accomplir en cette année 2009. Ce ne sera pas facile mais avec l'énergie qui nous caractérise, je suis sur que cette année sera couronnée de succès, comme pour vous, et ça je vous le souhaite sincèrement.

Comme vous avez pu le lire plus en haut l'année 2008 a été dur à finir, surtout ce qu'il s'agit du suivi des prisonniers. Sinon pour moi les fêtes se sont bien passés même si c'est à ce moment là que le chez moi m'a manqué et surtout de ne pouvoir fêter la fin de l'année sans ma famille et mes proches, sans vous tous. Cela a été un Noel et nouvel an très spéciaux. Tout d'abord, je n'avais pas l'impression d'être à Noel ou au 31 décembre, habitué que je suis depuis toujours à la rigueur du décembre français. C'était donc des fêtes ensoleillées, très ensoleillées, en tee shirt et en sandale. Vous allez rigoler mais le froid m'a un peu manqué car comme vous le comprendrez je n'ai pas l'habitude de ce chaud de fin d'année ! Quand je pense à vous qui êtes transis de froid avec vos grosses doudounes, ça me fait rigoler mais ça me manque aussi un peu.
J'ai passé le noël dans la famille d'une amie camerounaise qui m'a invité chez elle. C'était une fête très simple, sans artifices et sans l'orgie consommatrice que nous avons l'habitude d'avoir en France en de pareilles occasions. C'est vrai que nous avons bien mangé tout de même mais la nourriture n'a pas changé de ce qu'on mange habituellement, ou si peu. La famille avait quand même tué un poulet pour l'occasion. Et oui, cette année j'ai fait l'impasse sur le Champagne, les petits fours, le foie gras, le saumon et la buche, pas non plus aucune trace de chocolat... Au Cameroun, en tout cas ici, les gens se réunissent et chacun amènent sa petite contribution à la fête. C'est une soirée et une journée conviviale où tout le monde se retrouve pour manger en famille comme cela se passe généralement en France. Noel c'est aussi et surtout une fête religieuse où tout le monde assiste à la messe de minuit. Malheureusement, nous avons fait l'impasse croyant que la messe était à minuit comme son nom l'indique, mais à Edéa ils ont fait la messe à 22 heures, c'est à n'y rien comprendre ! En tout cas, juste après minuit, comme partout dans le monde, le papa noël est passé. Mais le père Noel camerounais est beaucoup plus chiche que celui qui passe en France. Je n'ai pas vu cette avalanche de cadeaux dont j'ai l'habitude. Là papa noël n'a ramené que des bonbons et des biscuits. Malgré tout, les enfants avaient les mêmes étincelles dans les yeux que les petits français à la découverte de ce que leur avait apporté qui on sait...

Le 31 décembre a été aussi sympathique. Nous sommes sortis en ville avec des amis. Ici, beaucoup de gens se retrouvent dehors le soir du 31 accompagnés de leurs proches. Cette fête est aussi très conviviale même si l'alcool coule à flot et qu'il arrive qu'il y ait quelques débordements dus à ces excès. L'attente du nouvel an était joyeuse, tout le monde attendait les 12 coups de minuit, plus on se rapprochait du moment fatidique et plus l'effervescence montait, jusqu'à l'explosion de joie, et quelle explosion ! Tout le monde embrassait ses voisins avec toute la ferveur due à ce moment si particulier de l'année. Moi j'étais un peu hébété de voir autant de joie et de cris autour de moi alors que je recevais avec plaisir les embrassades de mes amis et de mes voisins de boisson que je ne connaissais pas d'ailleurs. C'est vrai que cela rompait avec la joie toute contenue dont j'ai l'habitude en France. Lorsque j'ai demandé à un amis le pourquoi d'autant de joie, celui-ci m'a répondu qu'en fait les gens étaient vraiment contents d'avoir pu traverser cette année 2008 sans réel problème, qu'il fallait comprendre que de passer une nouvelle année, voulait dire que l'on était bien vivant que l'on avait survécu à cette année passée. La nouvelle année qui s'annonçait voulait dire aussi plein d'espoir et de promesse pour le futur... Nous avons fini la soirée assez tard, attablés à la même table de toute la soirée. Malgré qu'il soit tard lorsque nous sommes rentrés, il y avait encore plein de monde encore dehors. Beaucoup attendaient de voir le soleil de 2009 se levait pour aller se coucher... Le 1er janvier a été pour moi très tranquille, je me suis reposé et me suis remis de toutes ces émotions.

Mercredi 21 janvier 2009 :

Voici une nouvelle année qui vient de commencer. Il est temps ici de faire un bref état des lieux de ce que je peux ressentir en ce moment et de tirer un petit bilan de ces presque 5 mois passés ici.

Pour moi, le temps commence à se faire long. Le projet de Béthanie a du mal à se mettre en place même si nous essayons de faire tout notre possible chaque jour avec l'éducateur qui m'accompagne dans ce projet. Cela fait maintenant 5 mois que je suis ici et il n'y a toujours pas de jeunes accueillis au sein de la fondation. Le travail pour lequel je suis venu ici n'a toujours pas commencé. Mon métier, c'est vraiment d'être avec les jeunes mais nous sommes encore seuls dans ce vaste foyer. Le fait de se battre tout les jours pour ce projet est quelques fois décourageant, surtout que l'on doit se battre contre un système systématique de corruption. Pour, l'instant, nous n'avons pas répondu à ses sirènes même si c'est tentant de temps en temps. Nous sommes malgré tout d'accord qu'il ne faut pas tomber dans ces travers. Nous travaillons pour l'avenir, pour le futur, sur du long terme et cette solution arrangerait les choses à court terme. En tombant dans ce système de corruption, cela nous faciliterait la tache surement pour recevoir nos premiers jeunes. Mais si nous commençons à rentrer dans ce système nous serons obligés de monnayer le moindre menu service et cela est hors de question ! Nous devons donc nous battre contre vents et marrées. Cela est épuisant et quelques fois décourageant. Nous essayons de trouver chaque jour des solutions pour que le projet avance. C'est vrai que nous sommes en plein dans une période qui n'est pas du tout évidente, la période d'ouverture d'une structure. Ce que nous faisons aujourd'hui est primordial et déterminera tout par la suite... C'est une période difficile mais en même temps très enrichissante. Je serai content lorsque la structure sera mise en place et que nous pourrons regarder derrière et pourrons évaluer le travail réalisé. J'ai bon espoir de voir un jour la fondation Béthanie vivre et avoir des résultats plus que satisfaisants. Qu'elle soit opérationnelle, et reconnu par l'ensemble des autorités. Seulement, il nous reste encore beaucoup de travail à faire mais nous sommes persévèrent, nous savons qu'un jour notre travail va payer.

Le fait de travailler dans la prison avec les prisonniers et dans leurs familles me permet quand même malgré tout d'avoir des motifs de satisfactions et de motivations. Nous savons que d'aller voir les prisonniers leur apportent énormément et que cela leur apporte un peu de lumière dans leur sombre prison et leur obscur avenir. En effet, tout n'est pas tout noir comme vous auriez pu le penser en lisant ces dernières lignes. Nous avons réussi à avoir notre première victoire, et quelle victoire ! Cela fait à peu près 3 mois que nous suivons un jeune (l'un des jeunes qui devait sortir en décembre et qui ne sors qu'en 2010). Il nous a fallu tout ce temps pour que le jeune arrive à nous faire enfin confiance, habitué qu'il était à mentir ou à faire des tracasseries aux adultes dont il ne faisait plus confiance. Bref, nous avions le plus grand mal à connaitre son histoire et a contacté sa famille. En effet, pour que l'on accepte un jeune dans notre centre, nous avons comme condition de nous entretenir avec la famille, ne serait-ce que par téléphone. La Fondation Béthanie n'est qu'une transition entre la prison et la vie future des jeunes que nous allons recevoir. Si bien que quand le jeune ne sera plus chez nous, il lui faudra trouver un foyer, lequel, en Afrique, se trouve en grande majorité au sein de la famille. Nous travaillons donc de concert, main dans la main avec les familles des détenus. Pour nous, c'est une donnée très importante car nous pensons que le jeune doit toujours être en lien avec sa famille même si nous le prenons totalement. La réussite du projet du jeune n'est pas de notre seul ressort mais de celui d'un ensemble d'acteur dont la famille fait partie. Ce jeune en l'occurrence nous orientait sur des fausses pistes, nous donner de faux numéros... Nous avons, il y a peu enfin réussi à obtenir de sa part une adresse viable. Sa grand-mère habitant sur Douala, l'éducateur camerounais est venue la visiter. Lorsqu'il est arrivé pour s'entretenir avec la famille de la situation du jeune, celle-ci a d'abord refusé de le voir. Elle n'avait plus nouvelles de leurs fils depuis plus d'un an. Tout le monde le pensait mort ou en aventure à l'étranger. Le jeune avait décidé de partir rencontrer sa famille paternelle qui se trouve dans les environs d'Edéa. Malheureusement, une fois arrivé dans notre ville, il est tombé dans de sales histoires qui l'ont ramené directement dans la prison. N'ayant pas pris son portable, il n'avait pas de moyens de joindre ses parents pour expliquer dans quelle situation il se trouvait. Sa famille n'ayant plus de nouvelles de lui avait baissé les bras à le rechercher et ne faisait plus d'espoirs de le revoir un jour. Lorsque l'éducateur est venu chez eux les trouver, ils ont eu les plus grandes difficultés à le croire car ils avaient le deuil de leur fils. Quand ils ont enfin compris que l'éducateur ne leur mentait pas, cela a été un grand soulagement pour eux.

La semaine suivante, nous avons accompagné la mère ainsi que la grand-mère du jeune le visiter. Nous avons eu de grandes difficultés avec le gardien de prison qui était en poste ce jour là. Il ne voulait pas nous laisser voir leur fils. Il ne comprenait pas pourquoi on venait comme ça avec la famille du prisonnier. Pour lui, nous sommes chargés de la réinsertion sociale et professionnelle et ramener la famille voir leur rejeton ne fait pas partie de notre travail. Nous avons quand même réussi à lui faire comprendre que pour réussir une bonne réinsertion, il nous fallait faire le lien entre les détenus et leurs familles. Avec le recul nous pensons que le gardien a mis tout ces freins pour avoir droit à une contribution financière de la part de la famille. Nous voyant avec elle et connaissant nos idées pour ce qu'il s'agit de ce système de corruption, il a compris qu'il n'aurait pas le moindre argent. Au bout d'une demi-heure d'une discussion animée, il nous a quand même laissé voir le jeune. Quand le jeune est sorti de l'enceinte de la prison pour se rendre dans l'espace des visites, ce fut une explosion de joie et de larmes de la part de la grand mère, de la mère et du jeune. Enfin ils avaient réussi à se retrouver et les deux femmes voyaient que leur fils était bel et bien vivant !!! Pour lui c'était un énorme soulagement car il nous avait avoué précédemment qu'il pensait constamment à sa famille et se demandait comment il allait revenir chez eux à sa sortie de la prison vu qu'elle n'avait plus de nouvelles de lui depuis tout ce temps. Nous les avons laissé prendre le temps de se retrouver. Nous sommes ensuite restés avec les deux femmes pour leur expliquer la réalité de la situation de leur fils. En effet, celui-ci devait rester en prison jusqu'en février 2010 si personne ne payait l'amende. Je vous ai déjà expliqué que lorsqu'un prisonnier sort de la prison, il doit payer son séjour dans cette même institution. Nous avons donc expliqué aux deux femmes combien il était important pour le jeune de payer son amende si elles voulaient qu'il reste le moins de temps possible au sein de la prison. Nous sommes donc allés ensemble parler au greffe de la prison pour expliquer la situation.
Nous sommes ensuite allés au parquet pour payer cette amende. Grace à la générosité des femmes, et aux bienfaits de notre action le jeune sortira à présent en aout 2009 au lieu de février 2010 ! Ce qui lui enlève 6 mois de peine. Cela n'est pas du tout négligeable lorsqu'on est resté pendant de long mois dans cet enfer carcéral. Nous avons réussi aussi comme cela à recréer les liens distendus entre un jeune que l'on suivait et sa famille. Après de multiples discussions, nous avons réussi à faire comprendre à celle-ci combien il était important de payer l'amende pour que leur fils fasse le moins de temps possible dans la prison. Même si de temps en temps nous sommes un peu découragés par le projet, nous pensons que notre travail est très important. Nous voyons au travers de ces deux situations que nous pouvons être une aide efficace dans des cas vraiment difficile. Ces deux situations nous ont vraiment donné du baume au c½ur et encouragé pour mettre autant d'énergie que nous apportons chaque jour à l'atteinte de nos objectifs et à la bonne réalisation du projet. Ces premières victoires sont très importantes pour la suite et nous permettent d'avoir foi en l'avenir. Nous savons que notre projet aboutira un jour même si nous sommes toujours obligés de dépasser des obstacles qui sont difficiles à dépasser. Persévérance, persévérance est mère de toutes les vertus, surtout ici au Cameroun.

# Posté le dimanche 25 janvier 2009 13:55

episode enfin arrivé!!!

Dimanche 1er Mars 2009 :

Et oui mon cher journal, je t'ai laissé un long moment mais c'est pour mieux te retrouver ! Nous nous sommes quittés depuis plus d'un mois et il s'en est passé des choses depuis « nos au revoir ».

Tout d'abord, je suis tombé malade durant un long moment. J'ai eu la maladie que l'on attrape très souvent ici et qui n'existe pas chez nous : le paludisme ! Cette maladie est violente et m'a laissé chaos pendant près d'un mois. Moi petit occidental n'avais jamais souffert d'une telle maladie qui tue chaque année un grand nombre de nos frères africains. Et oui, on peut mourir du palu. On l'attrape avec les piqures de moustiques et autant dire qu'ici elles sont quotidiennes, sauf s'ils ont se barricade derrière les moustiquaires toute la journée. Heureusement, aux premiers signes je me suis dépêché d'aller demander de l'aide et un diagnostic à un médecin. Vu la fièvre et l'état de fatigue dans lequel j'étais, ils m'ont directement hospitalisé. J'ai fait 5 jours d'hôpital, je ne me souviens pas n'avoir jamais autant passé de temps dans cette institution. Je n'étais pas dans un hôpital lambda du Cameroun puisque j'ai été pris en charge par mon amie le docteur Martine dans son centre de santé qui fait également office d'hôpital. Ce centre est entièrement financé par ALUCAM, l'usine d'aluminium d'Edéa. Il prend entièrement en charge les frais de santé du personnel de cette usine et aussi de quelques autres entreprises de la région. Il fait office de modèle au niveau de la santé au Cameroun. Je suis resté durant 5 jours dans ce lieu, perfusé 24 heures sur 24. J'avais une très grosse fièvre qui me faisait suer tout les pores de ma peau (qui est monté jusqu'à 41 degrés), un très gros mal de tête comme je n'en ai jamais eu, une très grosse fatigue (j'ai dormi 24 heures quand je suis arrivé là bas) et des courbatures un peu partout sur le corps. J'ai vraiment souffert dans cet hôpital mais mon état s'est petit à petit amélioré. Je suis sorti de cette galère tout en étant encore un peu faible et en ayant encore des forts maux de tête. Le médecin, à la sortie m'a donné quelques cachets en me disant que je devais les prendre pendant deux jours et surtout de me reposer. C'est ce que j'ai fait mais au bout de deux jours je n'avais plus de médicaments. Suivant les recommandations du médecin j'ai arrêté le traitement et me suis reposé. Au bout d'une petite semaine, je n'étais toujours pas sur pied et mon état empirait puisque j'avais toujours une terrible fièvre et surtout lorsque je me levais de ma prison de lit j'avais des vertiges. La terre tournait et je voyais ma chambre tournait autour de moi comme dans un manège. J'ai tenu deux jours comme cela et suis allé voir mon amie pour qu'elle me secoure. Malheureusement, lorsque je l'ai vu, elle n'était pas vraiment disponible et avais beaucoup de rendez vous dans la journée. Je lui ai expliqué de quoi je souffrais. Elle m'a dit que c'était normal après une crise de palu, que j'avais surement des pertes de sang, surement une baisse de tension fréquente dans ce genre de situation. Elle m'a dit qu'il fallait juste me reposer et que mon état allait vite se rétablir dans quelques jours. Elle m'a laissé partir comme cela sans me donner des remèdes comme ils disent ici. J'ai fait comme elle m'a dit mais je sentais que mon état empirait et j'ai passé une nuit horrible ensuite. Le lendemain, je me suis pris en main et me suis dit qu'il fallait faire quelque chose. Je suis donc allé chez le pharmacien du centre ville. Je lui ai expliqué mon état en citant les symptômes dont je souffrais. Celui-ci m'a donné une série de médicaments qui m'a couté bien cher d'ailleurs mais au bout de trois jours, en suivant scrupuleusement ses recommandations, j'étais debout. Le lendemain de ce réveil je recommençais à travailler. Même depuis que je me suis levé je suis un peu plus fatigué que d'habitude, mais je me sens de mieux en mieux chaque jour.

Malgré la souffrance physique, cette maladie a été une bonne expérience car elle m'a permis de me rendre compte ce que le palu occasionne comme souffrances. Cette maladie est vraiment un fléau pour l'Afrique et l'humanité dans son ensemble. D'après une amie, un être humain meurt du palu toutes les 3 minutes ! On pourrait endiguer cette maladie qui touche les pays dits « sous développés », mais les pays occidentaux ne daignent pas prendre le problème à bras le corps... Seules quelques ONG à droite à gauche ont pris conscience qu'il fallait se mobiliser. Seulement, malgré leurs bonnes volontés, elles manquent les moyens pour être un réel rempart face à ce problème. En effet, ils ne peuvent pas distribuer des moustiquaires imprégnées à la totalité de la population africaine. En plus, ici, les gens ne prennent pas conscience de la gravité du palu et qu'on peut en mourir. Elle est tellement courante et présente qu'une moindre grippe ou la plus petite maladie est souvent considérée comme étant du paludisme. Ne parlons pas de l'industrie pharmaceutique... Il pourrait être développé un vaccin contre le paludisme, mais sachant que les pays développés ne souffrent pas de cette maladie, qui pourrait payer pour endiguer ce fléau ? Par contre le SIDA est une maladie universelle qui touche l'humanité toute entière, qui touche tout les hommes sans discrimination de peau ou de « développement »...

Le fait de souffrir du palu et d'être immobilisé pendant un mois m'a aussi permis de prendre un peu distance par rapport à tout les événements qui se sont déroulés durant ces 6 mois passés ici. On dit que la maladie est physique mais elle est aussi psychosomatique. Je pense que lorsque je suis tombé malade, je n'étais pas au mieux de ma forme et de mon moral. J'étais un peu fatigué et je commençais surtout à être démobilisé par rapport à mon travail au sein de la fondation Béthanie. En effet, je suis venu ici pour un travail bien particulier, exercer mon métier avec des sortants prison et depuis que je suis arrivé, nous n'avons toujours pas réussi à accueillir un ex détenu. Malgré tout mes efforts, les obstacles qui se sont présentés sur mon chemin n'ont fait que reporter l'accueil de notre premier jeune. L'attente était longue et difficile pour moi car je ne voyais pas le « bout du tunnel ». Il était difficile de me motiver tout les jours, de se battre quotidiennement sans aboutir au résultat tant espérer. Je savais lorsque je suis arrivé que ça serait dur mais je ne me rendais pas compte des difficultés que j'allais trouver sur le terrain... La maladie a été un symptôme de l'épuisement psychologique qui me faisait perdre l'énergie que j'ai du mobiliser pour avancer et mettre en place tout ce que j'ai pu apporter ici depuis que je suis arrivé. Les relations avec la s½ur étaient revenues aussi au même point qu'il y a quelques mois. Nos rapports s'étaient un peu normalisés lorsque le financeur est parti du Cameroun en novembre dernier. Il avait pu prendre le rôle de médiateur et nous aider à mettre en mots ce qui nous gênait dans la relation tumultueuse qui nous empêchait de travailler ensemble en bonne harmonie. Après son départ en France, nous n'avions pas vu la s½ur pendant près d'un mois en raison des différents deuils qui lui a pris beaucoup de temps. Un beau jour, elle est arrivée en nous critiquant violement par rapport au travail que l'on fournissait au sein de la fondation. Quand je suis tombé malade, nos rapports étaient redevenus les mêmes qu'aux pires moments de notre « relation ». Cela a aussi pu être un élément qui m'a rendu plus fragile moralement. Nous devons travailler ensemble pour que le projet de la fondation Béthanie puisse être viable. Je ne savais pas pourquoi mais je sentais une grande animosité de la s½ur pour ce que je fais et ce que je suis, sans avoir de réponses de sa part. Pourquoi réagissait-elle comme ça ? Attend t elle que le projet s'écroule pour montrer notre incompétence ? Qu'est ce que je lui ai fais pour qu'elle réagisse comme ça avec moi, pour qu'elle me haïsse autant ? Pourquoi n'est-elle pas reconnaissante par rapport au travail que nous sommes en train de faire ?... Toute cette lassitude accumulée a été, je pense, un des éléments déclencheur de la maladie. Le fait de prendre soin de moi et d'oublier un peu tout ces problèmes pour m'occuper de mon état de santé m'a permis de rebondir et de retrouver un peu d'énergie qui me manquait pour me remobiliser.


Dimanche 8 mars 2008 :

En effet, suite à ma maladie, je me suis levé, il y a deux semaines avec la ferme intention de recommencer le travail et de continuer ce que j'ai fait depuis que je suis arrivé. En plus je devais préparer la venue des financeurs qui arrivait la semaine suivante. J'ai repris mon poste de directeur en motivant ma petite équipe pour que tout soit prêt lors de leur arrivée. Nous nous sommes remis au travail d'arrache pied. Les financeurs sont donc arrivés le samedi suivant et dès le lendemain nous étions au travail. La fois passée, le financeur était venu seul mais il est venu cette fois avec sa femme qui est aussi très impliquée dans le projet. Nous avons donc beaucoup travaillé lorsqu'ils étaient là du samedi au samedi. C'est vrai qu'ils ne viennent pas souvent mais lorsqu'ils sont là, nous passons une semaine très intense qui me met sur les genoux à chaque fois. Malgré tout, cela nous permet d'avancer sur le projet et d'avoir un point de vue extérieur sur notre travail. Cela est positif car nous pouvons de ce fait prendre du recul ce qui est parfois difficile puisque nous sommes sur le terrain, les « mains dans le cambouis » et il est parfois utile de relever la tête pour faire un état des lieux sur ce que nous avons accompli. Leurs venues nous a permis de prendre un peu de distance par rapport à ce qui a été réalisé et de se mettre dans la perspective de l'avenir en corrigeant ce qui nous semble utile d'améliorer.
Au début de la semaine, nous avons eu la visité de la chargée de mission DCC, l'organisme avec lequel je suis parti. En effet, lorsque les volontaires part avec cet organisme, chaque année, nous avons la visite d'un ou une « chargée de mission ». Sa fonction est de nous suivre tout au long de notre voyage. Cette personne passe au moins une fois par an pour voir sur le terrain le travail du volontaire et aussi pour observer comment il se sent dans le pays. Nous sommes donc mis autour de la table pour parler et faire un petit bilan de ce qui s'est passé depuis que je suis arrivé. La s½ur ainsi que les financeurs étaient présents.


Avant de vous décrire comment s'est passé cette réunion, je dois vous dire que j'ai rencontré une camerounaise il y a quelques mois qui m'a vraiment charmé avec laquelle je suis actuellement. Elle s'appelle Jouvence, travaille dans une entreprise qui fait des transferts d'argent type « Western Union ». Nous nous entendons très bien et me suis bien intégré dans sa famille. Elle m'apporte énormément dans la compréhension du pays, de la région, des cultures, m½urs et coutumes du pays Bassa (ethnie de la région d'Edéa). Elle est aussi une aide psychologique pour moi et je pense que c'est bien d'avoir quelqu'un comme elle avec soi pour encourager et s'enfuir un peu de la fondation Béthanie. Elle habite dans le même quartier que la s½ur ce qui fait qu'elle me voit régulièrement passé devant son perron. Je reviendrai sur cette relation plus tard.


Nous étions donc tous réunis autour de la table pour tirer un bilan des 6 mois passés dans le pays. Nous avons laissé parler la s½ur. Celle-ci n'a apparemment rien dit, ou si peu, sur le travail que j'ai mis en place depuis mon arrivée mais elle avait beaucoup à me reprocher sur « ma moralité et ma maturité ». D'après elle, je manque cruellement de moralité. Elle m'a décris comme étant quelqu'un qui a une vie de « patachon ». Elle m'a surtout critiqué sur ma relation avec Jouvence. Elle a déclaré que je n'étais pas là pour travailler à la fondation Béthanie mais pour trouver une femme noire et profiter de la beauté des filles camerounaises ! D'après elle, j'aurais un mode de vie immoral ce qui n'est pas acceptable pour elle, pour les gens d'Edéa et surtout pour la fondation Béthanie ! Beaucoup de gens seraient allés la voir pour lui dire que j'avais cette relation et de lui demander comment c'est possible qu'elle accepte une telle situation. Toute la ville serait au courant et choquée par mon comportement... Elle en aurait même parlé à l'évêque qui l'aurait sermonné par rapport à cela. Celui-ci et bien d'autres auraient déclaré que la fondation n'était pas un centre de réinsertion mais plutôt « un centre de sexualité ». La s½ur ne m'avait jamais parlé de ce sentiment et j'étais le premier étonné d'entendre cela, surtout devant les financeurs et la chargée de mission. Je les voyais fulminer sur leur chaise. Pour moi, ce n'était qu'un dérapage de la s½ur, un de plus. Je souriais intérieurement en pensant au ridicule de la situation, je ne suis quasiment pas intervenu la laissant s'enfoncer au fur et à mesure de l'entretien. Les autres protagonistes de la scène lui ont quand même dit qu'il me connaissait et que je n'étais pas du genre qu'elle décrivait si violement. Le fait d'avoir une relation amoureuse au dehors fait aussi partie de la vie et qu'elle ne pouvait pas empêcher cela. La vie professionnelle et personnelle sont des choses différentes qu'il est indispensable de différencier. La chargée de mission, elle qui connait bien le pays, a même affirmé qu'elle était étonné de sa réaction et que malgré ce qu'elle disait, même au Cameroun, ce n'est pas immoral d'avoir une relation comme celle que j'entretiens avec Jouvence. Combien de maris, de pères, entretiennent une relation avec une petite comme ils disent ici ? Ceci est largement plus immoral que la relation que j'ai avec Jouvence...


Ceci étant dit, la s½ur ne s'est pas contenté de ce triste constat mais a dévoilé également qu'elle était choquée par mon manque de respect vis-à-vis d'elle. D'après la s½ur, je ne voudrais pas l'entendre et mènerait ma petite affaire comme je l'entends, que je mènerait un véritable dictat au sein de sa fondation. C'est vrai qu'à cette période, les relations entre elle et moi étaient plus que tendues et je suis même parti de chez elle la semaine qui précédait cet entretien car elle était infernale. Elle ne supporte pas en fait la moindre contradiction. Lorsque l'on n'est pas d'accord avec quelqu'un, il suffit de s'écouter pour s'entendre et trouver une solution au problème qui se pose entre les deux personnes. Seulement, la s½ur lorsqu'elle n'est pas d'accord avec moi veut absolument imposer son mode de pensée et que je la suive à la lettre, à la virgule près. Je ne conçois pas du tout un travail d'équipe comme cela. Quand on travaille dans une équipe, à un moment ou à un autre, il y a forcément des idées contraires et des sujets qui froissent l'intégrité du groupe. Nous ne pouvons pas toujours être en accord, tout le temps sur tout. L'important est de se parler et qu'il y ait discussion, que les gens du groupe se rencontrent et s'écoutent respectueusement pour arriver à une entente. Or ici, lorsque nos avis divergent, la communication n'est pas possible car il n'y a qu'un seul interlocuteur. La s½ur s'énerve toute seule en montant le ton tant qu'elle peut sans laisser la permission à quiconque de parler. Elle était véhémente quant à ce sujet lors de l'entretien en me montrant du doigt et me disant que : « toi, je ne te parle plus !!! ». J'ai bien essayé de dire que ce n'était pas comme cela qu'il fallait qu'elle prenne les choses et que si elle voulait que la fondation Béthanie fonctionne il faut que nous travaillons ensemble, même si nos idées se contredisent. Il est nécessaire de se parler et de s'écouter, c'est le plus important, sinon on peut dire au revoir à Béthanie. Au bout d'un petit moment, elle a quand même réussi à dire le fond du problème en montrant du doigt cette fois le financeur : « Le véritable problème c'est toi ! ». En fait la s½ur n'était pas partante pour qu'un volontaire vienne travailler sur ses « plates bandes ». C'est le financeur qui a contacté la DCC et qui m'a embaucher. Elle se sentait bien comme c'était avant que je débarque au Cameroun. Elle travaillé seule sur ce projet et avait donc les mains totalement libres de faire ses petites affaires comme elle le souhaitait. Voir arriver un volontaire ne l'a pas du tout enchanté et a fait qu'elle a du faire le deuil de son pouvoir passé, d'autant plus que je suis devenu directeur assez rapidement ce qui lui a fait perdre encore plus de pouvoir. Elle n'a pas pu accepter cet état de fait. Le financeur a poussé pour que je fasse cette expérience ici et c'est lui qui m'a pratiquement nommé directeur. Vu l'entente que j'ai avec lui, la s½ur s'est dit que nous avions fait alliance contre elle. Pour ma part, je suis un peu comme dirait l'autre « le cul entre deux chaises », même si je sais que les financeurs peuvent me dire ce qu'il n'apprécie pas dans mon travail ou mon comportement et réciproquement... Nous avons fini l'entretien et la chargée de mission a pris un temps avec la s½ur pour discuter de ce qui c'était dit pendant cette réunion. Tout l'auditoire était choqué par ce que la s½ur avait dit tout au long de l'entretien et m'a fortement encouragé après une telle épreuve.


Avec la chargée de mission, nous sommes ensuite voir l'évêque. Je n'avais jamais eu vraiment de liens avec lui vu mon athéisme. La s½ur étant religieuse, je voulais au moins lui laissait la mission de l'informer sur les avancées du projet. Après lui avoir présenter un bref bilan de ce que j'avais réalisé depuis que je suis ici, nous avons réalisé qu'il ne savais rien de la Fondation Béthanie ! Ma surprise était grande car je pensais que la s½ur le tenait régulièrement informé de ce qu'on faisait. Quand on lui a demandé si la s½ur lui parlait de ce qu'elle faisait, lui nous a révélé qu'en fait, lorsqu'ils se voyaient, ils ne parlaient pas du tout de notre projet mais de bien d'autres choses... Là j'ai du lui faire un bref topo du bien fondé de la fondation et de ce qui avait été fait depuis qu'elle existe. Ensuite, nous avons parlé de ce qu'avait parlé la s½ur le matin rapport à ma relation avec Jouvence. Rendez vous compte la chargée de mission en train de parler de ma relation amoureuse à l'évêque, c'était une situation inédite pour moi mais qui au final a été très intéressante. Celui-ci n'a pas bronché comme je l'aurais soupçonné mais avait un petit sourire en coin. Il nous a simplement dit que cela ne le regardait car il fallait distinguer la vie privée de la vie professionnelle. Bien sur, il n'était pas au courant comme nous l'avait déclaré la s½ur le matin même. Elle ne lui en avait pas parlé et était plutôt étonné de cette déclaration. Il nous a ensuite dit qu'il avait ce genre de problème à l'évêché, des gens venaient le voir pour qu'il soit au courant de telle ou telle relation qu'entretiennent ses secrétaires. Ces gens venaient s'entretenir avec lui pour lui dire qu'il était inamissible qu'il accepte cela. Lui leur répond qu'il n'a rien à voir dans ces histoires et qu'il est hors de question qu'il licencie telle ou tel car s'il n'a rien à leur reprocher par rapport à leur travail. Cet évêque est jeune, très charismatique et intelligent. Avant de finir l'entretien je lui ai dis que j'étais prêt à le rencontrer régulièrement pour lui informer de l'évolution du projet fondation Béthanie. Il a accepté volontiers ma proposition. Avec la chargée de mission, on lui a aussi omis la volonté de la part du financeur qu'il puisse siéger au conseil d'administration car il m'a vivement corrigé quand je lui ai dis que je pensais que la s½ur était la représentante de l'église (c'est ce qu'elle disait d'ailleurs, du fait de son statu de religieuse). Il nous a dit que quand il ne serait pas là, il nommerait quelqu'un pour le représenter.


Mardi 10 mars 2009 :

Nous avons également réunis le conseil d'administration en fin de semaine avant que le financeur et sa femme ne partent. Il y avait autour de la table, pour la première fois, tous les membres du bureau dont le régisseur de la prison et aussi l'évêque. Cette réunion a été vraiment riche, intéressante et très dense. Elle a duré plus de deux et demie mais nous avons abordé des thèmes majeurs et essayé de régler les problèmes qui se posaient. Nous avions autour de la table tous les acteurs représentant les institutions concernées par le projet Béthanie : la s½ur, présidente fondatrice ; le trésorier, représenté par le financeur, mon amie docteur avec qui nous avons mis en place un partenariat pour que son dispensaire nous prenne en charge, le régisseur représentant l'institution pénitentiaire, ainsi que deux chef d'entreprise qui intégreront les jeunes en apprentissage dans leurs entreprises, et l'évêque qui représentait l'église. Les principaux points qui ont posé question au conseil, ce sont la sélection des jeunes pour intégrer le centre, la formation rapide d'un groupe à prendre en charge ainsi que l'avancement des travaux. Au niveau éducatif, le conseil s'est posé beaucoup de question sur la sélection des jeunes. En effet, pour que le projet marche et qu'il ait de bons résultats, il faut être très exigeant sur la population que nous allons accueillir. En tant que directeur j'ai expliqué toute la démarche que l'on faisait pour sélectionner les jeunes que nous espérons accueillir. En fait, nous faisons un très gros travail avant de recevoir le jeune au sein du centre de la fondation. Concernant les prisonniers, nous mettons en place un suivi bien avant leur sortie de la prison. Ainsi, nous leur expliquons dans les moindres détails ce que nous proposons, nous créons avec eux une réelle relation de confiance, de confidence indispensable si nous voulons leur apporter une réelle aide. Nous essayons également de construire avec le jeune un projet de vie socio professionnelle qui nous permet d'évaluer ce qui est possible de faire avec eux, de savoir comment nous pouvons les aider. Nous collectons des informations qui nous sont utiles pour comprendre la situation réelle du jeune et de savoir qu'est ce qui a fait qu'il s'est retrouvé dans une telle situation. Ensuite, lorsque nous avons fait tout cela, nous allons chez la famille pour comprendre un peu mieux dans quelle situation se trouve le jeune et d'observer aussi la situation économique de la famille. Beaucoup de jeunes qui se trouvent en prison sont dans des situations de précarité et marginalisation très difficile. Certains sont complètement dés½uvrés et délaissés par leur famille, si bien que beaucoup sont oisifs et cherchent à trouver des moyens de subvenir à leurs besoins. Souvent, ils ne trouvent comme solutions que des activités délictuelles. Sachant que la justice est souvent très sévère (un jeune mineur par exemple a fait 2 ans de prison pour avoir volé un ½uf), ils passent des années en prison sans réelles chances de s'en sortir lorsque qu'ils sont relâchés. Le travail au sein des familles est très important car il nous permet aussi de faire des liens entre elles et « leur progénitures ». Certains même ont coupés tout les ponts avec leurs proches et n'ont pas les moyens de donner des nouvelles à leur proches (comme dans la situation du jeune que je vous ai compté plus en haut). Tout ce travail en amont est à mon sens indispensable pour que le projet marche. Mais il nous faut du temps pour cela et surtout que le jeune nous fasse confiance et comprenne qui nous sommes et ce que nous faisons. Tout cela est un travail de longue haleine... Les membres du conseil ont proposé de mettre en place un comité de sélection qui permette à la fondation d'avoir des garanties par rapport aux jeunes que nous allons recevoir. Là le régisseur est intervenu pour dire combien il estimait notre travail et qu'il observait depuis le début notre régularité et notre sérieux dans le suivi des jeunes que nous avions identifié comme étant susceptible d'intégrer la fondation Béthanie. Suite à cette intervention plein de bon sens et bons arguments, le conseil a décidé de faire confiance à l'équipe éducative mise en place.


Le conseil a aussi délibéré sur l'avancée des travaux. En effet, après milles réflexions, j'ai décidé de les arrêter au moment où l'essentiel était fait pour que l'on puisse y vivre et pour que l'on puisse accueillir les premiers jeunes. J'ai pris cette décision pour soucis d'économie mais aussi et surtout par soucis éducatif. Je pense que le fait de faire les finitions avec les jeunes permettra à ceux-ci de mieux s'investir dans le centre. En mettant la main à la pate, les jeunes s'intégreront plus facilement au centre, seront plus motivés et pourront dire qu'ils ont fait telle chose ou telle autre. Le fait de participer aux derniers travaux sera l'occasion pour eux de se sentir faire partie prenante du centre. De plus, cela nous permettrait de créer des activités formatrices pour les jeunes. Certains ont d'ailleurs déjà pratiqué les corps de métier dont nous avions besoin (menuiserie, maçonnerie...). Cela était un des points principal de discorde ces derniers temps entre la s½ur et moi. Elle, ne s'intéressant pas au travail éducatif que l'on a mis en place, ne voyait que le concret. Elle voyait en effet que les travaux n'avançaient pas et elle avait raison puisque je les avais arrêtés. Pour elle le travail que nous devions réaliser au sein de la fondation Béthanie étaient de finir la construction du centre afin que les jeunes puissent s'y installer confortablement. Malheureusement je n'en avais pas décidé ainsi préférant attendre l'arrivée des premiers jeunes. En expliquant ce dilemme au conseil, celui-ci a finalement tranché en choisissant une solution intermédiaire. Pour les artisans autour de la table, il fallait bel et bien finir les travaux. L'idée que j'avais de faire participer les jeunes aux derniers travaux leur paraissait intéressante mais nous ne devions pas laisser l'entière responsabilité aux jeunes de finir ce que nous avions commencé. Par soucis de sécurité, le conseil a décidé d'engager des artisans qui puissent encadrer les jeunes dans ce qu'il y avait à faire.
Le trésorier (financeur) a fini la réunion en expliquant ce qui avait été dépensé ces derniers mois passés. Il a ensuite déclaré qu'il pensait dépasser son rôle de financier et trésorier. En effet, nous en avons parlé ensuite, le financeur s'est totalement investi « corps et âmes » dans le projet. Cela était indispensable à un moment donné car la s½ur travaillait seule et avait la totale responsabilité (et liberté) de l'avancée du projet. Celui-ci n'avançait pas. Il a du prendre les dispositions pour que « le rêve » Béthanie se concrétise enfin. C'est ainsi qu'il a décidé d'envoyer un volontaire, contre l'avis de la s½ur qui n'était pas vraiment d'accord pour me recevoir sachant qu'elle devrait partager un peu de son travail. Le financeur, voyant avec quelles difficultés je suis arrivée par rapport à mon travail avec elle, et l'estimant, a décidé de me nommer directeur, décision qui a été entériné par le conseil d'administration. C'est évident que mes relations plus que tendues avec la s½ur viennent en partie de là. Je l'ai en quelque sorte dépossédée de ses pouvoirs. Pour ma part, ce n'était pas volontaire et il fallait bien que le projet avance avec ou sans elle...


Pour en revenir au financeur, il a été obligé de dépasser son rôle car sans cela, le projet serait resté pure spéculation. L'erreur qu'il a surement faite c'est de prendre des décisions de son propre chef, sans en aviser la principale concernée, c'est-à-dire la s½ur. La semaine où nous nous sommes vus en novembre a été décisive car il (avec notre aide) a modifié les textes, m'a nommé directeur, a fixé les principales orientations à suivre et s'est acquis de ce que j'avais fait depuis mon arrivée. Cette semaine ci (de février) a été moins productive mais il a réalisé son « cotas de décisions ». Si bien qu'à un moment donné, nous nous sommes trouvés mal avec l'éducateur camerounais car on avait un peu l'impression d'être dépossédé de notre rôle d'acteur de terrain (surtout moi en tant que directeur). Nous qui sommes là depuis un certain nombre de temps et qui travaillons tout les jours à la mise en place du projet, l'avons vu prendre des initiatives que nous aurions pu prendre. C'est aussi une question de temps car comme je l'ai dit, nous travaillons à long terme alors que lui n'est là qu'une semaine et veut qu'il y ait un maximum de choses faites quand il est sur Edéa. Malgré tout, il a fait son mea-culpa, comme nous d'ailleurs, et nous avons analysé chacun ce que nous devions réaliser comme changement dans notre travail. C'est ainsi qu'au conseil il a déclaré que la fonction qu'il avait tenu pour l'instant dépasse son rôle de trésorier. Il a fait un bilan de l'avancée du projet en disant qu'il préférait maintenant se consacrer aux finances vu que tout les instances utiles au bon fonctionnement était mise en place. Tout ce que je peux critiquer dans ce paragraphe est aussi à nuancer car je pense qu'il a joué un grand rôle et que s'il n'avait pas été là pour prendre les bonnes décisions, nous ne serions pas où nous sommes actuellement. Heureusement qu'à un moment donné il a pris « le taureau par les cornes » car la fondation Béthanie, sans cela, n'aurait pas pu démarrer, elle serait resté à l'état de rêve pour la s½ur ou encore d'utopie pour d'autre... Grace à son action, la fondation Béthanie a au moins gagné un an et n'aurait surement jamais vu le jour. En même temps, je le comprends car de son point de vue de trésorier, ou financeur, d'énormes sommes d'argent ont été dépensé pour construire les bâtiments (peut être trop). Lui a aussi la pression des différents donateurs de France qui ne voyaient pas le projet avancer. D'ailleurs il l'a dit au conseil, il veut aujourd'hui, le plus rapidement possible voir les fruits de tout ces investissements, il a même menacé de se retirer du projet d'ici juin prochain si les objectifs de la fondation n'étaient pas réalisés, c'est-à-dire d'accueillir un premier groupe de jeune afin de travailler sur leur insertion ou réinsertion socio professionnelle. En en parlant en équipe, nous lui avons dit que nous avions quand même un peu de pression car nous devons avoir des résultats à moyen terme, même si nous étions optimistes en l'avenir. Cette fois ci il ne s'agit plus de se louper car le départ du financeur voudrait dire que l'on doit fermer la fondation. En effet, et ça la s½ur en est consciente, nous sommes totalement dépendant d'une seule source de financement, c'est-à-dire de lui même. Nous avons vraiment la chance d'avoir le financeur à nos cotés car il a investi dans un budget d'investissement pour construire les bâtiments mais s'est aussi engagé à garantir le budget de fonctionnement pendant au moins deux ans. Trouver un financeur qui finance ce dernier budget est quasiment impossible. Nous en avions déjà parlé en équipe. Nous pensons qu'il faudra trouver d'autres sources de financement, mais cela ne peut se faire que quand il y aura déjà une bonne capacité de jeunes et que le centre ait ses premiers résultats. Pour l'instant il n'est pas question de faire visiter des murs où il n'y a rien et ou il n'y a pas de jeunes. Pour que l'on puisse « appâter » des financements, il nous faut déjà être bien installé et que le centre vive par lui même. Pour l'instant, nous sommes comme je l'ai dit dépendant de notre trésorier et c'est aussi pour cela que nous devons suivre ses directives, même si nous avons d'excellents rapports et que nous ne nous gênons pas pour discuter des problèmes et de dire ce que nous pouvons observer sans tabous aucun. Cette relation de franchises et sincérité est réciproque et c'est aussi pour cela que j'ai et que nous avons d'excellents rapports entre lui et nous, et moi...


Pour lui, l'engagement qu'il a vis-à-vis de nous n'est pas uniquement financier c'est aussi un besoin personnel. En effet, il a mis de l'argent dans ce projet mais aussi du temps et aussi et surtout de sa personne. Le fait de venir comme cela au Cameroun 3 à 4 fois par an pour superviser le projet lui permet d'avoir un équilibre personnel non négligeable. Il se sent utile à la société camerounaise, il s'évade de ses soucis professionnel et quotidien. Il a aussi choisi de s'investir dans un tel projet pour s'intégrer autant que faire ce peut dans la vie du Cameroun. Voyager comme cela est un engagement associatif non négligeable dans sa vie mais lui permet aussi de mieux découvrir ce pays que s'il n'était « qu'un touriste lambda ». Il a d'autant plus l'impression de s'immerger dans la société que maintenant nous sommes là pour lui expliquer des valeurs camerounaises dont il était ignorant auparavant et que personne n'a pris la peine de lui expliquer. Par exemple, nous avons depuis un an un forage qui apporte l'eau courante dans tous les bâtiments du centre de la fondation. Ceci est vraiment un luxe car vous ne verrez cela que dans un petit nombre de maisons au Cameroun. La grosse majorité des gens ont soit un puits chez eux soit vont chercher l'eau dans le forage du quartier. Vous ne verrez jamais (à part chez une famille riche) l'eau sortir du robinet dans l'enceinte de la maison. Ceci est une donnée sociologique à prendre en compte lorsque l'on veut construire un centre comme le notre. Je comprends qu'il se soit fait berner car en France c'est vraiment rare de voir une famille sans eau courante dans sa maison... Au niveau éducatif, comment réinsérer un jeune qui devra bien se débrouiller pour trouver de l'eau à l'extérieur alors meme que nous allons l'habituer à se laver avec une douche, à tourner un robinet dans la cuisine pour avoir de l'eau ?... Le problème du financeur est qu'il a été mal conseillé et qu'il ne s'est pas rendu compte qu'il était en train de construire un centre de luxe. La construction est belle, les murs sont nickels, il y a l'eau courante, les pièces sont grandes... En effet, lorsque l'on vient d'un pays aussi différent que le notre et que l'on veut construire quelque chose comme cela dans un pays comme le Cameroun il est important de savoir des gens du cru en qui on peut avoir confiance et qui ne nous arnaque pas. J'ai l'impression qu'il a été un peu poussé à la dépense par ses contacts ici qui ne l'ont pas mis au parfum concernant des données économico sociologique qu'il est important de connaitre avant de « construire une fondation Béthanie ». La s½ur et aussi l'hôtelier qui m'a accueilli quand je suis arrivé n'ont pas fait ce travail ce qui est bien dommage car on aurait pu utiliser l'argent inutilement dépensé dans autre chose... Nous qui sommes sur le terrain et même du pays (l'éducateur camerounais) avons vu cela. Nous lui en avons fait part et il se rend compte aujourd'hui de différence d'échelle de valeurs des choses qui n'est pas celle de la France...


Vendredi 20 Mars 2009 :


Le financeur est donc parti « en nous laissant la clé de la maison » comme on dit. Il était très content de la semaine passée même si elle a été dure, fatigante et forte en émotion. C'est avec cette même émotion qu'il nous a quittées avec sa femme en montrant combien nous l'avions touché et combien il estimait ce que nous étions en train de mettre en place. Cette semaine nous a permis de nous mobiliser plus encore que nous l'étions auparavant. En effet, comme moi, j'ai senti que l'équipe s'était peu à peu démobiliser et il nous fallait un électro choc pour que nous reprenions de l'énergie et de la volonté dans le travail de tous les jours. Cela nous a été apporté par le financeur et sa femme. Comme par miracle, nous avons vu en quelques semaines que tous les efforts consentis pour la bonne réalisation du projet ont commencé à payer.
Tout d'abord, par l'intermédiaire de la femme du financeur, je suis allé visiter un orphelinat au centre ville d'Edéa. Celui-ci est tenu par une s½ur qui a bien du courage puisqu'elle a galéré (le mot est petit) pour réussir à avoir ce qu'elle a. Elle accueille dans une maison de 6 pièces 25 enfants et en suit près d'une soixantaine à l'extérieur. Avec elle, j'ai eu de très bons rapports dès le début et lorsque je lui ai appris que j'étais le directeur de la fondation Béthanie celle-ci s'est exclamée qu'elle était assesseure au parquet. Ces personnes (bénévoles, enfin presque) défendent les mineurs devant la barre. Ils font le travail d'un avocat mais avec un ½il aussi social car ils vont dans les familles pour étudier l'environnement socio économique du jeune et comprendre un peu leur histoire de vie. Ainsi, le tribunal a une vision plus réaliste de la situation du jeune. La s½ur s'est empressée de me donner les coordonnées de l'assesseure principale du parquet d'Edéa. Nous avons rencontré cette femme la semaine suivante. Nous lui avons expliqué notre projet et celle-ci s'est montrée vraiment emballée. Nous avons monté avec elle un partenariat pour que l'on travaille en étroite collaboration. En effet, elle nous a montré que leur aide à défendre les mineurs incarcérés est difficile car lorsqu'ils réussissent à dénouer une situation, ils ne savent bien souvent ce quoi faire avec le mineur, par manque de structure adéquat pour les accueillir. Ainsi, elle nous a déjà orienté un jeune qui vient de sortir de la prison le mois passé. Le deuxième point positif c'est que nous avons rencontré une juge du parquet. Nous avons fait une intervention au moment de la journée de la femme sur les violences faites aux femmes. Je suis intervenu pour expliquer comment vivait les femmes dans les prisons et l'éducateur camerounais sur les violences faites aux femmes vivant dans la rue. Nous avons vu la juge écarquillé les yeux lorsque nous avons expliqué que nous travaillons dans la réinsertion des jeunes sortants de prison. J'ai bien entendu profité de cette opportunité qui s'offrait à nous pour me présenter à elle à la fin de la réunion. Elle a paru très intéressée par ce que nous avions dit et nous nous sommes donnés rendez vous la semaine suivante. Elle nous a très bien accueilli avec un grand plaisir et nous a écouté très attentivement expliqué notre projet dans le détail. Elle aussi a paru très intéressée par notre offre de partenariat. Elle nous a expliqué qu'elle se trouvait quelques fois très embarrassée par la situation de certains jeunes dont elle ne savait quoi faire. En fait, la seule solution « de placement » est la prison ! Lorsqu'un jeune a commis un délit aussi petit soit il elle est obligé, faute d'alternatives, en prison. Elle, quand elle les voit, ils ont souvent fait des mois d'incarcération en préventive. Elle nous a présenté également la situation d'un jeune mineur rentré en prison à 15 ans qui a du attendre 3 ans pour être jugé alors qu'il n'avait volé qu'une caisse de bière vide. La peine de prison pour un tel acte est inférieure à ce qu'il avait déjà fait. Elle a été obligée de le relâcher en liberté conditionnelle ne trouvant aucune solution pour lui. Elle a été contente lorsqu'on lui a dit qu'on pouvait peut être le suivre vu que ce jeune a une situation familiale très difficile.
Nous avons aussi fait visiter le centre au chef du centre social d'Edéa qui coordonne l'action sociale de la région et surveille les actions des différentes structures ans sa circonscription. Cette visite était faite pour qu'il fasse un rapport au ministère des affaires sociales. Au-delà de l'objectif de cette visite, le chef du centre social a été enthousiasmé par le projet d'autant plus qu'il était éducateur avant de prendre du galon. Nul doute qu'il parlera de nous autour de lui...


Lundi 23 mars 2009 :


Aujourd'hui, nous sommes enfin arrivés à nos fins. Nous comptons accueillir nos premiers deux jeunes demain. Comme vous l'avez vu, nous commençons à avoir des demandes de « toutes part » et surtout au niveau des instances qui sont concernées par notre population cible ! Nous avons des rapports de plus en plus privilégiés avec la prison, les gardiens montrent de plus en plus d'intérêt pour ce qu'on fait, le parquet nous connait désormais, le centre social est prêt à nous aider comme il le peut... Enfin, mon travail de longue haleine d'explications du projet et de mise en réseau commence tout juste à payer. Je savais quand je suis arrivé que ça sera difficile de nous faire connaitre mais je ne pensais pas rencontrer autant d'obstacles. C'est vrai que c'est dur d'arriver avec un projet comme cela : l'ouverture d'une structure, en plus novatrice dans le pays. Mais finalement on arrive à tout avec de l'énergie et la persévérance. C'est vrai que beaucoup d'acteurs du terrain se sont montrés méfiant par rapport à nous mais en expliquant bien notre projet, on arrive à les convaincre au bout du compte et tout ça, sans l'aide de la s½ur qui pourtant connait bien tout ses gens là !...


Désolé pour ceux qui me suivent assidument mais j'ai, comme vous pouvez le comprendre, de plus en plus de travail et d'occupations. Je vais essayer d'être plus régulier dans mes écrits et vous tenir informer de mes avancées dès que je le pourrai. Je pense bien à vous, dites bonjour au printemps de ma part et à la floraison des mini jupes qui devraient arriver prochainement... BIZ


# Posté le lundi 23 mars 2009 15:56

épisode 6 just in time




vendredi 15 mai 2009 :


Depuis que je vous ai quitté, les choses ont avancé au sein de la fondation Béthanie. Tout d'abord, nous recevons aujourd'hui 2 jeunes qui sont motivés et qui ont intégré la fondation depuis plusieurs semaines.


Le premier ne sort pas de la prison. Il a été orienté par son oncle qui a entendu parler de nous et qui est venu voir de quoi retourner la fondation Béthanie. Ce garçon est jeune (il n'a que 17 ans) mais a déjà eu une vie très difficile. Il est né dans une famille polygame. Sa mère était la deuxième femme de son père. Celle-ci est morte il y a 6 ans, quand il n'était encore qu'un enfant. Ils habitaient séparément de la première femme mais quand son père est tombé très malade, toute la famille s'est retrouvée chez elle. Son père avait des difficultés relationnelles avec elle. Elle était jalouse de sa deuxième femme, comme c'est souvent le cas dans les familles polygames si bien que lorsqu'il est tombé malade, elle n'a été d'aucune aide vis-à-vis de son mari. Ce jeune s'est donc retrouvé seul avec sa soeur au chevet de son père l'accompagnant à la mort. Celui-ci est d'ailleurs mort dans ses bras... C'est ensuite que tout a commencé à aller mal pour ce jeune homme. Sa belle mère l'a accusé de tous les maux et surtout d'avoir fait de la sorcellerie pour que son père meure. Elle l'a complètement abandonné dans la douleur et la survie, accompagnée de sa s½ur. Toutes ses histoires ont alimenté une véritable haine entre le jeune et sa belle mère. Le facteur qui a été vraiment aggravant a été que ce jeune porte le même nom et prénom que son père. La jalousie qu'un de ses fils n'est pas été nommé comme lui a ruiné le semblant de relations entre le jeune et sa belle mère. Son père a en plus mal fait les choses puisqu'il a construit deux maisons en une avec chacun ses pièces pour vivre ce qui fait qu'ils n'ont jamais réellement partagé une vie commune. Par exemple, le jeune a sa propre chambre, sa propre cuisine, sa propre salle d'eau, sa propre table pour manger avec ses ustensiles de cuisines et consort, sa belle mère ayant les mêmes choses que lui ... Cette situation est fréquente dans ce pays. Nous retrouvons beaucoup de familles qui sont polygames. L'histoire de ces familles est souvent difficile car c'est souvent la guerre entre les différentes femmes et aussi entre les différents enfants ne sortant pas « du même lit ». Il y a souvent des jalousies fratricides entre tous ses protagonistes qui recherchent l'amour et l'apport matériel du pater familias ! Le père est aussi obligé de jongler entre ses deux familles et d'apporter le même dus à ses « deux familles ».


Le deuxième jeune que nous avons reçu a lui aussi un passé difficile. Il est sorti de la prison de New Bell à DOUALA. En effet, nous avons crée un partenariat avec le service social de cette institution. Dans notre effectif, nous avons prévu de recevoir trois mineurs de cette prison. La vie est encore plus difficile que dans celle d'Edéa. Nous l'avons visitée et avons vu que les prisonniers vivent vraiment dans des conditions extrêmes. Les prisonniers sont au nombre approximatif de 3000 pour une capacité d'accueil de 1000 personnes. Dans cette prison, tout se monnaye. Avoir accès à un « lit individuel» où ils sont souvent deux ou trois, avoir accès à la nourriture, à la douche tout les deux trois jours demande d'avoir de l'argent ou bien de gros « biscoto ». Ce jeune nous racontait par exemple nous racontait que dans la prison des majeurs, la plupart dorment dehors, dans la cour et lorsqu'il pleut, certains sont obligés de braver la pluie. Ces prisonniers deviennent souvent des bêtes. Malgré tout, les mineurs sont un minimum protégés car ils sont séparés des majeurs. Là encore, quand les mineurs sont ravitaillés, les ravitailleurs sont obligés de passer par le quartier des majeurs et lorsque quelques grains de riz ou de mais tombent par terre, une émeute entre prisonniers se produit souvent car ils se jettent dessus pour manger ces quelques grains de riz ou de mais crus... Ce jeune en question a passé neuf mois dans la prison. Il a été incarcéré car il avait volé de la ferraille dans un chantier. En effet, il s'est rendu chez sa s½ur dans un quartier éloigné de sa maison. Ne trouvant pas sa s½ur, il s'est trouvé coincé dans ce quartier, sans argent pour payer le taxi pour revenir chez lui. C'est alors qu'il a vu un chantier juste à coté de chez sa s½ur. Il a décidé d'y passé pour récupérer les bouts de ferraille tombée par terre et dont les ouvriers ne se servaient pas, afin de payer le taxi pour retourner chez lui. Malheureusement, il a été interrompu par le propriétaire du chantier qui l'a accusé de vol et s'est très vite retrouvé en prison. Il a attendu neuf mois son procès dans cette prison. Au procès, il a eu la chance d'avoir son frère huissier de justice qui l'a défendu et a utilisé son réseau pour le relâcher... Lui aussi a une situation familiale difficile. Son père est un « chaud lapin » qui couche à droite à gauche avec les femmes qu'ils trouvent. En conséquence il a énormément d'enfants. Malgré sa soixantaine d'année, il a encore de petits enfants, dont une fille qui n'a que 11 mois ! Il est seul pour élever toute sa tribu. Vu que sa pension de retraite ne suffit pas à nourrir toutes ses ouailles, il est obligé de récolter du sable pas très loin de chez lui dans une rivière, que je qualifierai d'égouts à ciel ouvert... Bien évidemment, il ne peut subvenir aux besoins éducatifs de tous ses enfants. Ceux-ci sont complètement délaissés, livrés à eux même, obligés de chercher à manger quand il n'y a pas par leurs propres moyens.


Cela fait donc environ deux mois que nous avons reçu le premier jeune et un mois le deuxième. Ceux-ci se sont très vite adaptés à leur nouvelle vie et semblent s'épanouir au sein de notre structure. Nous avons mis en place un emploi du temps bien remplis pour eux mais aussi pour nous-mêmes. 6h levée, 6h30-7h on commence le travail jusqu'à 10h30, 11h. Ensuite pause jusqu'au repas à midi. Les jeunes vont se reposer jusqu'à 14h et après c'est l'instruction jusqu'à 17h. Le mardi c'est le sport. Le mercredi nous avons la chance d'avoir une bénévole qui vienne faire une petite d'heure de catéchèse, et oui institution oblige. Repas à 19h et nous passons la soirée à faire des jeux ou à visionner des films triés sur le volet. 22h, couvre feu, nous laissons les jeunes gérer leur sommeil mais ils se couchent sans sourciller, les journées étant quand même bien remplies. Ainsi, nous réhabituons le jeune à avoir de horaires, à avoir un rythme de vie et de travail, ils ont donc des temps de travail mais aussi des temps libres et de distraction, à eux de gérer le temps qui leur est disponible. Comme vous le voyez, le matin est consacré au travail. C'est-à-dire que nous remettons le jeune dans l'effort et le travail pour leur réapprendre à être en activité, à être dans l'effort, pré formation indispensable pour pouvoir s'intégrer dans un métier. En effet, qu'ils soient ancien prisonniers ou non, la plupart du temps ils sont restés un long moment sans activités, attendant que les jours et les mois se passent. L'après midi, au moment où le soleil est haut dans le ciel et le plus brulant, nous faisons l'instruction. Nous apportons les bases de l'écrit, de la lecture et du calcul aux jeunes. Ceci, là encore pour avoir une meilleure intégration dans la vie professionnelle, puisqu'on sait que même pour intégrer un métier manuel, il faut avoir une base rien que pour lire ou écrire un devis. La lecture et l'écriture est aussi indispensable dans la vie quotidienne. Ainsi, les jeunes pourront lire des courriers importants et faire des démarches par eux même... Nous continuons également le travail de suivis régulier instauré avant l'intégration du jeune au sein de la fondation Béthanie. C'est-à-dire que nous peaufinons encore le projet professionnel du jeune et ce moment peut être aussi consacré à parler des différentes observations que nous avons pu faire par rapport aux comportements dans sa vie quotidienne, dans le travail... Une fois qu'on sentira que le jeune sera prêt à s'intégrer dans une école de formation professionnelle ou chez un artisan en apprentissage, nous l'orienterons là bas et il continuera à être hébergé dans la fondation pendant la semaine jusqu'à ce qu'il trouve un emploi et un « chez soi ». Les jeunes rentrent dans leur famille le weekend et jours fériés pour qu'ils restent en lien avec, vu que la plupart du temps, quand ils sortiront de la fondation, ils retourneront chez eux.


Nous avons conclu avec mon collègue éducateur qu'il fallait qu'au moins un de nous deux reste au sein de la fondation quand les jeunes sont là. Etant le seul de l'équipe qui a le permis, c'est moi qui me charge de toutes les démarches extérieures. Je vais toutes les semaines dans la prison, je vais voir les familles et m'occupe aussi de toutes les démarches inhérentes à la bonne marche de la structure. Mon collègue est dès lors obligé de rester continuellement pendant la semaine à la fondation. Ceci doit être un peu difficile mais je respecte son courage et sa persévérance. Pour moi, c'est aussi un gros travail que je fais de suivis des jeunes, de prospections et de recherche de partenariats. L'équipe est aujourd'hui au complet puisque nous avons une maitresse de maison, un gardien de nuit (nouveau) et j'ai embauché aussi un technicien agricole il y a deux semaines. Chacun a son rôle. Vous connaissez déjà le mien et celui de mon collègue éducateur. La maitresse de maison est ici pour faire la cuisine mais doit aussi entretenir les locaux. Le technicien agricole doit mettre en place « les ateliers de formation » et aussi entretenir les locaux dans ce qui a besoin d'être réparé. Le gardien de nuit est chargé de la sécurité des biens et personnes de la fondation pendant la nuit. Ces trois professionnels, outre l'aspect technique et pratique de leurs métiers ont aussi un rôle éducatif puisque quand on aura plus de jeunes, la maitresse de maison aura avec elle chaque jour un jeune qui l'accompagnera dans ces taches quotidiennes, ce pour que les jeunes apprennent à être autonome dans leur vie quotidienne. Le technicien agricole encadre dors et déjà les jeunes le matin dans le travail. Le gardien de nuit doit s'occuper des jeunes pendant la nuit s'il y en a par qui dorment plus tard que les autres.


samedi 16 mai 2009 :


C'est bon pour les bonnes nouvelles, passons aux choses sérieuses que, je suis sur vous attendez tous... Mes rapports avec la s½ur ! Et bien comme vous vous en doutez, ça n'a pas changé, ça a même empiré ! Plusieurs épisodes ont émaillé ma paisible vie à la fondation Béthanie. Tout d'abord, lorsque mes parents étaient là, nous avons profité d'un petit temps avec ma mère pour se balader à moto... Passant à coté de chez la s½ur, et ayant très soif nous nous sommes arrêté dans le bar de la s½ur pour prendre un petit coca (petit façon de parler les cocas comme la bière sont ici à 60 cl). J'ai profité de cette entrevue pour parler à la s½ur de l'arrivée imminente d'un stagiaire qui passera quatre mois à travailler avec nous. Le gros problème qu'il y avait c'est que nous n'avions rien prévu pour l'héberger. Heureusement, un ami à nous a promis de l'accueillir dans un premier temps mais ne peut pas raisonnablement l'accueillir pendant tout son séjour... Vu que la s½ur n'occupe toujours pas le grand logement que l'on a construit pour elle, et qu'il y a tous les meubles pour un confort de luxe au Cameroun, je pensais qu'on pouvait l'héberger dans cette maison. Ainsi il sera au sein même de la fondation et pourra partager avec nous tous les moments de la vie quotidienne avec les jeunes. J'ai donc fait cette proposition à la s½ur qu'il puisse être hébergé dans sa maison. La s½ur à ma grande surprise a accepté. La grande princesse a bien voulu que le stagiaire soit accueilli dans sa maison. Seulement, elle lui a réservé une petite pièce qui n'est pas encore meublée. Dans mon esprit, c'était déjà bien mais il fallait qu'elle accepte que le stagiaire puisse dormir dans son lit car on lui a aménagé une chambre vraiment nickel avec toutes les commodités. Bien sur je ne lui ai pas dit textuellement pour éviter une énième esclandre. Je lui ai rappelé que pour l'instant, la pièce réservée à son hébergement était nue et qu'il fallait la meubler. Etant donné le peu de moyens mis à notre disposition, je ne pouvais envisager d'investir encore dans des meubles, sa maison étant totalement meublée. Là, elle a commencé à se mettre en colère, sortant les yeux et montant le ton comme elle sait très bien le faire. « Oui, tu es directeur, il faut que tu prenne tes responsabilités. C'est à toi de trouver un moyen pour héberger ce stagiaire... ». Je lui ai alors dit que je n'avais pas les moyens, qu'il restait encore plein de travaux à faire dans la fondation et qu'aménager une pièce, seulement pour accueillir ce stagiaire me paraissait incongru et mal venu. Je fais ce que je peux avec ce que l'on m'envoie. Je lui ai d'ailleurs rappelé qu'il y avait la crise en France et qu'il devenait de plus en plus difficile de pouvoir trouver des fonds pour un projet comme le notre. Telle a été mon « erreur ». « Ne me parle pas de crise ! Il y a la crise aussi ici au Cameroun !... ». Essayant de changer de conversation, en essayant de lui expliquer la différence entre un budget d'investissement et de fonctionnement. « Ne me parle pas d'argent ! Je ne veux pas entendre parler de ces choses là ». Et de recommencer « Tu es vraiment immature ! Fais face à tes responsabilités ! Tu es le directeur ! Etc. etc... ». En effet, le problème de l'argent est un problème sous jacent depuis mon arrivée au Cameroun. Avant que je ne sois là, c'était la s½ur qui s'occupait de consommer l'argent transférer de France sur le compte de Béthanie Cameroun. Une de mes missions que j'avais quand je suis arrivé était de prendre en main toutes ces questions là. La s½ur a perdu alors un levier important du pouvoir qu'elle avait avant mon arrivée. Depuis lors, elle n'a eu aucun argent de Béthanie entre les mains. A un moment donné, elle avait d'ailleurs demandé 200 000 francs CFA (ce qui est une grosse somme) pour payer l'enterrement de sa s½ur ce que j'ai refusé bien évidemment. La s½ur ne perçoit aucune rémunération en tant que présidente, ce qui est bien normal car c'est illégal et puni par la loi. Bref, tout cet entretien s'est passé devant ma mère médusée. Excédé par tout son irrespect, par la façon de me traiter, par son comportement à mon égard, je suis parti en emmenant ma mère sans laisser à la s½ur le temps de finir son monologue. Quand on est parti ma mère lui a quand même jeté un au revoir, la s½ur tout sourire lui a répondu « en revoir!» alors qu'une seconde avant elle montrait un autre visage...


L'autre épisode à vous conter est de loin ce qui s'est passé de plus grave entre nous. Je vous explique toute l'histoire. Un samedi, j'ai utilisé la voiture pour aller visiter un jeune que nous devons accueillir très prochainement. Une fois la visite terminée, me rendant à la voiture qui se trouvait non loin de là, je me rends compte que la roue avant conducteur est crevée. Ne pouvant déplacer la roue seul et sans moyen de locomotion, je suis donc allée chercher ma moto pour transporter la roue endommagée. Je commence à marcher dans le quartier pour chercher une moto taxi. Passant par la demeure Jouvence, je m'arrête et l'informe de ma panne. Je trouve enfin une moto taxi qui m'emmène jusqu'à la fondation. Je viens prendre la roue à la cathédrale avec Jouvence, qui par ailleurs a été la seule à m'aider ce jour là. Nous allons donc ensemble réparer la roue et retournons à la voiture la remonter. Je confie à ma moto à Jouvence et repars avec la voiture à l'hostellerie pour honorer un rendez vous que j'avais pris au préalable. Je retourne ensuite à la fondation, toujours par la cathédrale pour prendre quelque chose oublié chez mon amie. Je reprends la voiture et à 100 mètres de chez la s½ur : rebelotte ! Je me rends compte que la même roue est encore crevée. Etant samedi soir, je ne pouvais pas la réparer étant donné que les réparateurs étaient fermés. J'arrête donc la voiture chez la s½ur en lui signalant que la voiture est là qu'une roue est crevée et que j'irai la réparer quand j'aurais le temps. Le lendemain dimanche, les réparateurs étaient fermées et le lundi et mardi mon emplois du temps ne m'a pas permis de m'occuper de ce problème de pneu... Un matin donc, alors que toute mon équipe et que les jeunes étaient dans la cuisine, la s½ur débarque à la fondation pour nous parler (sans nous prévenir comme d'habitude). Elle nous dit, l'air fâchée qu'elle ne comprend pas notre comportement, que l'on veut éduquer des jeunes mais que nous même ne respectons pas les autres. Mon collègue éducateur lui dit que ce n'est pas le lieu pour en parler et surtout devant les jeunes. Nous lui répétons cela à plusieurs reprises mais la s½ur ne veut pas écouter et monte le ton en disant qu'il faut que tout le monde sache à qui ils ont à faire (en parlant de moi). Les jeunes, choqués par ses propos et par les dires de la soeur ont choisi de partir de la pièce. Là elle redouble encore de ton comme si elle voulait que les jeunes entendent. Elle dit que ce n'est pas normal d'avoir laissé la voiture devant chez elle depuis tout ce temps, que tous ses voisins lui demandent ce qu'il se passe et se plaignent de la présence de sa voiture devant sa porte. Lui expliquant que je n'ai pas pu la réparer avant par manque de temps, elle commence par m'attaquer personnellement sur la relation avec mon amie, la traitant irrespectueusement de « bordel ». Elle déclare que tout le monde dans la quartier parle de « ta bordel » : - « Ta bordel t'as aidé à réparer la roue ! Ta bordel t'as emmené chez toi avec ta moto ! T'as laissé ta moto chez ta bordel... » « -Je sais que ta bordel a dormi chez toi ce week-end... » « Je sais ce qui se passe à la fondation Béthanie même si je n'y suis pas et ce sont les gens qui me disent. » Apparemment la s½ur préfère écouter parler les gens que de travailler en bonne collaboration avec nous puisque je vous rappelle que nous ne la voyons jamais. « Je ne veux pas que Béthanie soit une coucherie ...» Je lui ai signalé que j'étais ici chez moi et que je fais ce que je veux avec qui je veux dans ma chambre qui est mon seul espace personnel ! Ce qui m'a choqué le plus c'est que la soeur utilise des mots insultants en attaquant ma personne et ce devant les jeunes !!!! Quel travail éducatif peut on faire avec les jeunes après cela ? Le travail que nous faisons avec eux depuis plusieurs mois est dès lors mis par terre !... Quelle image auront-ils de moi après de telles insultes et de telles attaques personnelles ?... Le comportement de la s½ur est indigne d'une présidente d'une structure que nous essayons actuellement de mettre en place.
Ensuite, la s½ur a déclaré que je n'étais pas ici chez moi que c'était chez elle et que le chez moi était en France et qu'il fallait que j'y retourne... D'après elle je n'ai rien fait depuis que je suis ici et elle a le pouvoir de tous nous renvoyer d'où nous venons, comme elle l'a déjà dit plusieurs fois... J'ai préféré abréger la conversation et aller travailler pour ce pour quoi je suis venu, c'est à dire avec les jeunes de la prison...
Bref, je n'ai pas pu supporter ce comportement et ça m'a vraiment choqué et mis dans le trou pendant au moins deux jours. Là, la s½ur avait vraiment dépassé les bornes. Insulter ma copine n'était qu'un prétexte pour m'insulter moi. En plus devant les jeunes ! Dire qu'elle est une « bordel »... Jamais je n'aurais pensé entendre ça dans mon travail et surtout pas de la bouche d'une s½ur. Même moi qui ne suis pas vraiment un exemple de vie religieuse n'aurais jamais pu dire de telles choses à quelqu'un. Ceci était de l'irrespect total. Comment une s½ur qui se dit religieuse peut elle autant bafouer ses promesses devant son dieu ? La religion catholique ne prône t'elle pas l'amour d'autrui et le respect de chacun ?... En tout cas j'étais bel et bien décidé à ne pas laisser passer ça. Il fallait que je réagisse mais comment ? La traiter comme elle me traite n'était pas une solution car je l'ai toujours traité avec respect et professionnalisme... Donc je suis resté dans cette lignée. J'ai écrit une longue lettre à tous les membres du conseil en leur expliquant tout ce qui s'était passé entre nous depuis que je suis arrivé. Je l'ai écrite de façon factuelle en essayant de dissimuler toutes les rancoeurs emmagasinées depuis le début et m'attachant à décrire les faits, rien que les faits. J'ai donc ensuite convié tout les membres du conseil à une réunion de conseil extraordinaire, une réunion de crise pour en débattre et enfin essayer de trouver une solution. Je suis allé voir tous les membres du conseil pour leur transmettre la lettre. J'ai pu discuter avec plusieurs d'entre eux qui m'ont tous soutenu. En effet, tous ont à un moment donné quitté l'association et ne voulaient plus entendre parler de Béthanie. C'est le financeur et moi meme qui ont fait du lobbying pour les rattraper au vol et les faire participer au conseil de Béthanie. Tous m'ont dit que c'était à cause du comportement de la s½ur. A cause de son manque de reconnaissance et aussi qu'elle fasse souvent courir des rumeurs en ville sur un tel ou un tel qui l'aidait pourtant à Béthanie... Il y en a même un qui m'a dit qu'au moment du posage de la première pierre, ils étaient très très nombreux et que petit à petit, la s½ur a fait le vide autour d'elle. Il faut dire que Béthanie c'est SA chose.


Il faut dire que la s½ur critique continuellement Jouvence depuis que je suis avec elle. Cela est du au fait que la grand-mère de Jouvence est la cousine de la s½ur. Apparemment, la s½ur cacherait de lourds secrets dont seuls la famille et quelques voisins sont au courant. Ma relation avec Jouvence serait dès lors un risque que la vérité de sa vie n'éclate au grand jour... En fait elle a raison puisque Jouvence m'a bel et bien dévoilé son lourd secret. La s½ur avait une s½ur qui s'était investi dans les ordres et était devenu religieuse. A la mort de celle-ci, la s½ur, ma s½ur que je côtoie presque chaque jour, aurait usurpé l'identité de sa frangine pour elle-même devenir religieuse sans faire bien évidement toutes les études et les années de sacrifice pour atteindre un tel statut. Au départ, lorsque j'ai eu vent de cette histoire je ne le croyais pas, c'était aussi énorme... Mais en en parlant autour de moi, beaucoup de camerounais m'ont dit que c'était fort plausible et monnaie courante dans ce pays. Lorsque quelqu'un meurt, il arrive parfois qu'un autre prenne son identité. La légitimité de la s½ur en tant que religieuse serait alors contestée... Mais comme disait mon père, la s½ur même si elle n'a pas fait ce qui fallait pour devenir religieuse a quand même vécu comme si elle était réellement dans les ordres. En même temps, la vision de sa vie est troublée puisqu'elle raconte qu'elle a passé 30 ans en France et qu'elle a fait des voyage au Canada et Etats-Unis. Est-ce vrai ?... Toujours est il que je ne me servirai jamais de cela pour attaquer la s½ur. Et ceci n'est pas prouvé, même si j'ai de forts soupçons. Pour elle, je représente un danger et la meilleure défense quand on a peur de quelqu'un c'est l'attaque. En même temps, quand je regarde son comportement vis-à-vis d'autrui qu'elle traite comme de la « merde » (je ne suis pas le seul) sauf si tu appartiens à l'élite camerounaise ou que tu as beaucoup d'argent ou encore si tu peux lui être d'une quelconque utilité dans son ascension au pinacle des notables de la ville. A part cela, elle n'a aucune considération pour l'autre, l'amour du prochain elle ne connaît pas... Tous ces comportements et ceux qu'elle a envers moi me posent énormément de questions.


Comme je vous l'ai dit plusieurs fois, la haine qu'elle me porte peut être aussi du au fait qu'elle a perdu du pouvoir au sein de la fondation depuis que je suis arrivé. Elle était seule à gérer le truc et elle pouvait faire ce qu'elle voulait, se faire glorifier comme elle voulait par toutes les autorités de la ville. Déjà quand je suis arrivé en tant qu'éducateur, il fallait qu'elle partage un peu de son travail, ce qu'elle a difficilement accepté. C'est pour cela qu'elle m'a mis des bâtons dans les roues. Ensuite, au bout de deux mois je suis nommé directeur et cela n'est pas du tout passé. Là elle a vu son autorité et son pouvoir se limiter comme peau de chagrin... Dans ce contexte c'est normal qu'elle me voue une véritable haine. Mais je ne suis responsable de rien puisque c'est le financeur avec qui j'ai une grande relation de confiance qui a poussé pour qu'on arrive à une telle situation. Et ce pour le bien de Béthanie. Il fallait que les choses avancent. Moi au départ je ne voulais pas etre directeur mais en en parlant au financeur, et en réfléchissant, il m'est apparu que c'était la seule solution...

Bref, le conseil a donc eu lieu une semaine après l'incident déplorable qu'il s'est passé au sein de la fondation. C'était bien car les membres du conseil sont venus en masse. Nous avons eu de riches débats. Ils ont porté sur deux choses en particulier : le leadership de la fondation Béthanie et le rôle de la s½ur au sein de la fondation. En effet, s'est posé la question de savoir qui détient le pouvoir décisionnel de la fondation Béthanie Cameroun : est ce la présidente fondatrice, le directeur ou le financeur ?... Pour moi c'est bien clair, et je l'ai dit au conseil. C'est lui qui a le pouvoir décisionnaire. La présidente le préside, l'anime, fait l'ordre du jour. Elle donc a un poids essentiel dans les décisions. Le financeur finance et il est membre de droit du conseil, il a un vote comme tout les autres membres donc il a pouvoir « limité ». Mais il a surtout le pouvoir de retirer ses billes en cas de litige ou s'il en a raz le bol ! Vu qu'on est totalement dépendant de lui puisque c'est notre seul source de financement, il a quand même un pouvoir énorme... Pour ma part, je participe au conseil. Je n'ai pas de vote donc pas de pouvoir décisionnaire. Je rends compte des avancées et des différents problèmes qui peut survenir au sein de la fondation. J'applique par contre au jour le jour les décisions du conseil. J'ai donc un pouvoir décisionnaire en tant qu'acteur du terrain. Je prends les décisions au jour le jour, quotidiennement, chose que ne peut pas faire bien évidemment le conseil qui se réunit une à deux fois tout les trois mois... Nous avons parlé aussi lors de ce conseil du rôle de la s½ur. Un des membres a levé le tabou en disant que la s½ur n'était plus capable de jouer le rôle de présidente. Cette prise de parole a été approuvée par tout les autres membres du conseil. La grande question qui s'est posée ensuite et de savoir qui pourrait remplacer la s½ur. Un des membres du conseil a fait part de son souvenir, la s½ur avait en effet déclaré qu'elle voulait donner sa fondation à l'église. Là, nous nous sommes tous retourné vers l'évêque qui était présent. Celui ci a dit que c'était possible mais que ce ne devait pas être lui à ce poste. Il devait chercher un homme d'église qui puisse remplir ce rôle. En conclusion, rien n'a été décidé au final... le conseil a déclaré que l'on devait attendre le financeur qui est actuellement en France pour prendre la décision... Donc, jusqu'à ce qu'il arrive, c'est le statu quo ! Les choses restent en l'état ! La s½ur a pris la parole à la fin de la réunion en disant qu'elle remerciait tout les membres présents, que les débats avaient été riches. Elle a remercié aussi le conseil car au début de la réunion, elle était venue pour se séparer... de moi ! Elle a ensuite déclaré devant tous qu'elle avait longtemps travaillé dans les écoles avec les jeunes et également dans la prison mais qu'elle n'avait jamais vu un jeune comme moi... Là, mon sang n'a fait qu'un tour, elle m'a encore blessé et je n'ai pu m'empêcher de dire qu'elle décrivait un bien sombre tableau de ma personne, qu'elle me dise quand elle aura des critiques objectives a nous faire part et que quand elle commencera à juger mon travail plutôt que ma personne, nous pourrons peut être travailler ensemble... En fait, avec cette prise de parole de la s½ur je me suis rendu compte qu'elle n'avait rien compris à ce qui s'était dit dans cette réunion. Au moins, j'ai eu le mérite de lever un tabou qui perdurait depuis trop longtemps, les membres du conseil ont pu prendre connaissances de nos rapports conflictuels et ils ont pu dire qu'elle était incapable de tenir le poste qu'ils lui ont confié. Malgré tout rien n'a été décidé et je suis sorti de cette réunion avec une impression paradoxale, celle d'avoir joué mon rôle mais aussi celle que je devais encore batailler avec elle pendant un long moment. J'ai été quelque peu déçu que le conseil ne prenne pas ses responsabilités et ne trouve pas de solutions durable dans l'immédiateté de cette crise !...


Vous imaginez bien que la s½ur n'en est pas restée là. C'est ainsi que nous l'avons vu plusieurs fois débarquer au sein de la fondation. Une première fois, peu après le conseil, c'était en début d'après midi, je faisais une petite sieste quand j'entends soudain des éclats de voix dans la cuisine. J'entend Gilbert avec sa grosse voix et une voix féminine. Je me lève et vais voir. C'était la s½ur qui était en train d'accuser Gilbert d'être le co-auteur de la lettre envoyée à tout le conseil. Le pauvre Gilbert se défendait, et plutôt bien en disant que son rôle n'était pas d'intervenir entre le directeur et la présidente mais plutôt de travailler avec les jeunes ce qu'il fait bien je vous assure. Bref, pour changer de conversation voyant qu'elle n'aurait pas l'avantage sur Gilbert, elle nous déclare qu'elle attend un invité mais qu'elle ne nous dira pas qui c'est... En effet, un quart d'heure après un homme d'une cinquantaine d'années entre dans la fondation sans se présenter en disant qu'il veut voir la s½ur. Ils s'installent Ensuite, ils s'installent sur le début de construction commencé par la s½ur mais arrêté par le financeur faute de moyens. Le monsieur prend son mètre en faisant des mesures... Je vais le voir et lui dit que l'"on ne s'est pas présenté. » On se présente réciproquement. Le monsieur en question est le chef du génie publique, chargé de superviser les constructions à Edéa. Là je l'arrête tout de suite et lui dit qu'il n'est pas prévu de faire ces constructions. Là , la soeur, comme à son habitude commence à m'engueulé comme du poisson pourris: "Tu n'es plus mon directeur, ne t'occupes plus de mes affaires, je suis la fondatrice et je fais ce que je veux ici... Tu n'es pas rentré en France? Quand est ce que tu rentre?...". Moi, vous me connaissez je suis encore resté zen et lui ai répondu calmement, avec respect comme je l'ai toujours fait. Je lui ai dis que c'était moi qui suis chargé de la réalisation des travaux et responsable du budget. Non je rentre en France dans un an et demi comme c'est prévu... Je lui ai dit aussi que c'était moi le directeur et que c'était moi qui devait m'occuper de toutes ces choses là. "Non tu n'es plus le directeur, je te vire etc, etc..." Je lui ai donc expliqué que ce n'était pas à elle de décider de mon licenciement mais plutôt au conseil d'administration. "Si c'est à moi de décider et si j'ai envie de te virer je le fais..." J'ai pris les coordonnées du Monsieur surprise de la s½ur et vais m'entretenir avec lui pour lui dire que la construction d'un bâtiment où se trouve "l'infirmerie, le secrétariat, les bureaux des éducateurs..." n'est pas à l'ordre du jour. » Gilbert m'a même dit qu'elle lui a dit qu'elle nous empoisonnerait la vie à lui et à son directeur tant qu'elle vivrait... Quand elle me parle je sens de la haine dans ses yeux et même si j'essaie de la voir la moins possible, des situations comme celles de cet après midi je me dois d'intervenir ! C'est mon boulot de directeur.


Le lendemain même de cet entretien, nous avions rendez vous avec elle. En effet, je devais accompagner une jeune fille de notre quartier qui est venue spontanément nous demander si nous voulons de l'aide. Elle s'est proposée de venir faire les cours de catéchèse une heure par semaine en tant que bénévole. La s½ur étant chargée de l'éducation religieuse des jeunes, j'ai dit à la jeune fille qu'il fallait la voir avant qu'elle ne commence à animer son activité. Nous arrivons donc chez la s½ur. Elle me dit « c'est ta nouvelle femme ! ». Assez sèchement je lui dis que non mais qu'elle est venue avec moi pour honorer le rendez vous qu'elles avaient prises ensemble. Nous nous installons dans le salon de la s½ur et là elle commence par faire un monologue d'une heure sur les démarches à faire pour devenir religieuse... Voyant la jeune fille mal à l'aise, j'explique à la s½ur qu'elle n'est pas venue pour devenir s½ur mais qu'elle est venue la rencontrer pour animer un cours de catéchèse au sein de la fondation Béthanie. La s½ur me lance un regard noir et dit, agressive « qu'est ce que tu en sais toi, tu veux donner des leçons de moral alors que tu n'es meme pas baptisé !... ». Je prend sur moi et avec l'aide de la jeune fille dévie la conversation vers ce pour quoi on était venu. La s½ur accepte l'idée que la jeune fille fasse le catéchèse mais dit à notre invitée qu'il faut qu'elle s'organise avec Gilbert étant donné que c'est lui qui est avec les jeunes le plus souvent. Elle déclare également qu'elle ne sait pas ce que je fais à Béthanie, qu'il ne faut pas qu'elle s'occupe de moi puisque je suis un incapable, d'ailleurs je suis païen car je n'ai pas religion, je ne suis meme pas baptisé et en plus je sors avec une bordel. Là encore je me défends et lui dit que ce n'est certainement pas le lieu pour en parler. Que je suis directeur et que c'est à moi d'organiser le planning des jeunes et les différentes activités organisées à la fondation. Elle recommence en disant « Non tu n'es plus le directeur, je t'ai viré, tu perds ton temps au Cameroun... ». Voyant la jeune fille de plus en plus mal à l'aise je la prend par le bras et l'entraîne vers la sortie, comme je fais d'habitude quand la s½ur est dans cet état. Elle redouble de ton en nous suivant et disant : « oui je dirais tout ce que j'ai à dire et ce devant tout le monde... ». En retournant dans notre quartier, j'ai du expliquer ce qu'il en était et décrire les rapports que j'entretiens depuis longtemps avec la s½ur. Nous avons fait un bref entretien avec la jeune fille et Gilbert pour organiser l'activité. Elle était troublée, manifestement touchée par notre entretien avec la s½ur. Le soir meme, la jeune fille m'appelle en me disant qu'elle se sent mal. Elle me donne rendez vous dimanche pour qu'on parle. Le dimanche suivant, j'ai du passé plus de trois heures avec la fille pour reprendre les choses et la calmer un peu. Elle m'a dit qu'elle était à fleur de peau et qu'elle avait pleuré toute la soirée du jour de notre entretien. Elle même se demandait comment on pouvait traiter les gens comme la s½ur l'a fait avec moi...


Le dernier événement en date s'est passé cette semaine. Nous étions tous attablés avec la s½ur quand elle a décidé de m'attaquer en disant que j'étais un incapable, que je ne faisais rien à Béthanie... J'ai du me défendre et même un jeune a dit à la s½ur qu'il ne voulait pas entendre toutes ces histoires, qu'il voulait manger en paie... J'ai décidé de quitter la table pour que tout le monde mange dans le calme. Depuis la réunion du conseil, c'est comme si la s½ur avait repris du poil de bête. Comprenant bien que nous étions dans une phase de transition où rien n'était encore décidé ni entériné. Elle passe régulièrement à la fondation pour donner des ordres à mes employés qui l'écoutent sans broncher mais qui s'en foutent royalement. Elle fait comme si je n'étais pas là et comme si c'était elle la directrice... Tout le monde à la fondation est sous tension lorsque l'on voit arriver la s½ur. Même les jeunes ne veulent plus la voir...


Comme vous le voyez, mes relations avec la s½ur est le gros point négatif de mon voyage au Cameroun. Nos relations ne cessent d'empirer à tel point que maintenant c'est une véritable haine qu'elle me porte. Je dois accepter cela, au moins pour un temps. Pour ma part j'essais de l'ignorer mais suis obligé de par mon poste d'intervenir quand je sens qu'elle dérape. Elle, son principal objectif, je pense, c'est qu'elle réussisse à me faire partir. A ce moment là, quelqu'un viendra à ma place. Elle aura sûrement plus d'emprise sur lui et pourra donc diriger d'une main de fer la fondation Béthanie comme ça a toujours été son rêve. Malheureusement pour elle, et heureusement pour Béthanie, elle est tombée sur un os. Je ne lâcherai pas comme ça le projet, surtout que je me sens de mieux en mieux dans le pays, dans le travail, dans les relations que j'ai pu nouer extérieurement de la fondation... Je commence à récolter les premiers fruits de mon travail et voit tout les jours la structure se mettre en place. Comme vous l'avez vu avant l'épisode de la s½ur, beaucoup de choses avancent et ça c'est un peu grâce à moi, au travail de mon équipe et du financeur.


Voili voilou, vous etes maintenant au courant de tout les plus petits détails de mon voyage ici. Je sais que vous étiez nombreux à attendre cet article qui vous a fait cruellement attendre, mais bon que voulez vous quand l'informatique fait des siennes nous humain, bete, ne pouvons plus grand chose. J'essaierai de réparer le problème d'ici peu et de vous transmettre les nouvelles plus régulièrement. Je vous embrasse tous et vous me manquez énormément même si ici comme vous le voyez ma vie est bien animée !!!...

# Posté le dimanche 17 mai 2009 12:07

épisode 7 vraiment vraiment à la bourre!




Samedi 25 juillet :

Bonne nouvelle mon journal ! Me revoici pour de nouvelles aventures ! Je t'avais lâché depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois, ne pouvant plus utiliser mon ordinateur. J'ai pu ainsi enfin le récupérer. OUF ! Je vais pouvoir de nouveau vous raconter des anecdotes bien corrosives qui croustillent sous la dent. En effet, j'ai vu aussi que vous étiez de moins en moins à me lire ce qui me parait normal vu l'irrégularité de mes écrits ! Il s'en est passé des choses et je ne sais pas bien par quoi commencer.

Tout d'abord, je pense que vous vous demandez tous comment mes rapports avec la s½ur ont évolué. Depuis le dernier évènement en date que je vous ai raconté, nos relations n'avaient pu ainsi dire pas changées. En effet, nous étions toujours à couteaux tirés. Tellement, que la situation de crise a atteint un niveau que je n'aurais jamais imaginé, et ce à aucun moment depuis que je suis arrivé. Ce que je vais vous raconter là m'a profondément blessé. Jamais je n'aurais pensé vivre un tel évènement avec qui que ce soit et surtout pas avec quelqu'un avec qui, normalement je devrais partager les mêmes objectifs. Cette histoire s'est déroulée un samedi matin. Le weekend, je suis seul au sein de la fondation Béthanie, puisque les jeunes retournent dans leurs familles le samedi et dimanche. Ce fameux weekend donc, je m'apprêtais à partir retrouver les autres volontaires DCC. J'avais dit à ma copine de me rejoindre le matin afin de me conduire au bus afin de me rendre parmi mes amis. Soudain, Jouvence me dit que la s½ur est arrivée dans les murs de la fondation Béthanie. Quelques secondes plus tard je la vois débarquer. Elle était là pour me remettre une lettre que l'ambassade m'avait écrite. Comme à son habitude, elle commence son travail de sape en me disant qu'elle ne sait pas ce que je fais ici, que je suis un incapable, que je perd mon temps et que je devrais partir en France, d'ailleurs elle attend impatiemment le financeur pour lui dire à quel point je suis une mauvaise personne et qu'elle puisse enfin me virer de la fondation... Ayant l'habitude de toutes ces palabres, je la laisse dire. Je place seulement dans son monologue que j'ai signé un contrat et qu'il va falloir qu'elle me supporte encore longtemps car je compte bien partir en septembre 2010, au terme de ma mission. Voyant que tout ce qu'elle pouvait me dire ne m'atteignait pas le moins du monde, elle décide de m'attaquer sur ma vie personnelle, en présence de Jouvence. Là, elle prononce la phrase qu'il ne fallait pas dire : « Et en plus, tu ramène ta bordel !!! ». Jouvence réagit aussitôt à cette phrase assassine et les deux femmes commencent à s'insulter copieusement ! Jouvence lui dit ses quatre vérités en lui signifiant qu'elle est une mauvaise femme, qu'elle n'a pas à traiter les gens comme cela, qu'elle sait tout de son passé et qu'elle peut facilement détruire sa réputation dans la ville. La s½ur monte le ton et l'insulte de bordel à tout bout de champ, m'englobant également dans le champ des « bordels ». Jouvence, avec son sacré caractère lui répond sur le même ton qu'elle. Les deux femmes ont maintenant les visages à deux centimètres l'une de l'autre. Sentant que la rupture était proche, que ça allait surement finir par les poings, je m'interpose en glissant à Jouvence qu'il faut la laisser dire et qu'elle se foute de ce que cette vieille femme peut dire... Elle, ne l'entend pas cette oreille et continue à insulter la s½ur qui perd pied. Nous la voyons vraiment touchée. Elle décide de battre en retraite tout en n'omettant pas de nous dire que ça n'allait pas finir comme cela... Je pars avec Jouvence un quart d'heure après et commence à me diriger vers mes amis.
J'arrive chez eux, je m'attable de bonne humeur, heureux de retrouver la petite troupe de volontaire. Je commence à manger avec eux. Soudain, mon téléphone sonne, je décroche. Un des membres du conseil d'administration est à l'autre bout du fil et me dit apeuré que la s½ur est venue à la fondation avec quatre gendarmes ! En effet, le stagiaire qui était là depuis quelques temps était passé à la fondation et est tombé nez à nez avec la s½ur bien escorté... Le membre du conseil m'informe qu'ils étaient là pour m'incarcérer ! Je lui ai donc raconté l'évènement survenu quelques heures plus tôt. Lui commence à me chambouler la tête en me disant que je n'aurais jamais du inviter ma copine à venir dans la fondation. Pourtant, c'est le seul lieu où nous pouvons nous retrouver vu que la fondation est mon lieu de vie. Je décide donc de revenir sur Edéa en catastrophe et d'abréger mon weekend. Au final, je n'aurais vu mes amis que quelques minutes. Je reviens donc dans la ville et vais directement voir le membre du conseil qui m'avait appelé. Il me redit ce qu'il avait affirmé lors de notre entretien téléphonique. Il me signale que pour lui c'est de ma faute vu que ma copine ne devait en aucune manière se trouver au sein de la fondation. Je lui rétorque que le weekend, il n'y a pas de jeunes et que je suis totalement seul pendant les deux jours. Je ne suis pas au séminaire et que j'ai le droit d'avoir une vie privée. Ce n'est pas normal que je ne puisse inviter personne sur mon lieu privé. Pour finir, je lui dis que je ne comprends pas une telle réaction de la part de la s½ur, que je suis vraiment blessé et que ceci est la limite que je n'accepte pas. Je veux bien m'engager totalement dans le projet, travailler comme un damné comme je l'ai toujours fait mais là ça dépasse l'entendement ! Finalement, il me dit aussi qu'il est désolé car lui aussi trouve que cette réaction est démesurée. Il me laisse ensuite pour aller voir la s½ur et pour lui parler, essayer de la raisonner. Finalement, je le retrouve trois heures plus tard. Il me raconte son entrevue avec la s½ur. Elle était profondément choquée par l'évènement qui s'est déroulée ce matin là. Elle est allée voir les gendarmes pour porter plainte pour injures et violation d'un lieu privée. Là encore, j'argumente contre cela en disant que ce n'est pas une violation car Jouvence était venu me rendre visite sur mon lieu de résidence qui est un lieu privé... Par rapport aux injures, il fallait remettre les choses dans son contexte, c'était bien elle qui avait commencé à injurier Jouvence.


Comment ne pas réagir quand quelqu'un vous traite de « bordel » ?... Avec le membre du conseil, nous avons appelé le financeur qui n'a pas eu vraiment de réaction à proprement parlé. Il s'est contenté d'écouter et de le noter sur un calepin... Je suis parti de chez le membre du conseil en me demandant vraiment quelle suite donner à cette histoire. Aussi, je suis allé au cyber pour raconter cette histoire à mes parents et à mon chargé de mission. Mes parents ont très vite réagit en disant que c'était une histoire très grave et qu'il fallait agir. En effet, même si je n'avais rien à me reprocher, même si on ne m'avait pas condamné à la prison, la s½ur ayant ses fréquentations, j'aurais pu passer de longues heures au commissariat, dans une cellule. Rien que le fait d'être embarquer par les gendarmes aurait été un déshonneur pour le directeur d'une association qui vient en aide aux prisonniers. Le bruit de cet évènement aurait vite fait le tour de la ville... Prenant conscience, en lisant le mail de mes parents, de la gravité de la situation, j'ai aussitôt envoyé un mail à tous les membres du conseil en leur témoignant mon sentiment de colère, d'énervement. C'est vrai qu'avec cette histoire, j'étais au bord de l'implosion, prêt à tout abandonner. Je ne voulais pas prendre le moindre risque par rapport à la justice connaissant que trop bien le système... Le mail a porté ses fruits et les réactions n'ont pas tardé à me parvenir. Toutes, condamnait le comportement de la s½ur. Le financeur m'a d'ailleurs appelé en me disant qu'il fallait absolument provoquer une réunion du conseil pour prendre des décisions. Je lui ai dit le fond de ma pensée, il ne fallait plus continuer comme cela. J'ai témoigné de mon impossibilité de travailler avec la s½ur et même de la côtoyer. Je lui ai clairement fait comprendre qu'elle avait dépassé les bornes et que c'était soit moi soit elle. Soit on l'expulse de son poste de présidente soit je m'en vais. Le financeur m'a assuré de son soutien et de sa confiance et m'a affirmé qu'une décision en ma défaveur entrainerait son départ définitif. Ce qui veut dire qu'on fermerait Béthanie étant donné qu'il est le seul financeur dans cette affaire !...


L'aspect positif de cet évènement m'a au moins permis de lever le tabou de la distinction entre ma vie privée et professionnelle. En effet, en Afrique, c'est extrêmement difficile de faire la séparation. Comme dirait l'évêque, le directeur d'une association est le même homme où qu'il soit, qu'il soit dans sa fonction ou qu'il soit en train de boire une bière le samedi soir avec ses amis... Ma situation est un cas d'école puisque mon lieu professionnel est aussi mon espace privé. Comment faire dès lors clairement la distinction ? Pour moi, il fallait que le financeur accepte de me payer un logement pour que je ne sois pas 7 jours sur 7 à la même place. Vivre dans son lieu de travail n'est pas du tout la panacée car vous ne quittez jamais réellement le travail. Par exemple, il m'est arrivé plusieurs fois pendant le weekend de faire la police par rapport aux habitants du quartier qui viennent chercher de l'eau (en effet, nous mettons un libre accès aux habitants à la condition de payer une cotisation de 1000 FCFA par mois (à peu près 1.5 euro)), ou alors de recevoir des jeunes ou des partenaires pour faire visiter les lieux... Le fait de vivre sur son lieu de travail ne me permet pas de faire une coupure franche entre les deux aspects de ce qui fait ma vie au Cameroun.


Sentant que cette dame est très dangereuse, je me suis senti le besoin de me protéger. Ainsi, je ne voulais plus lui adresser la parole et j'ai tenu pendant très longtemps. Nous sommes restés dans ce mode de relation pendant une très longue période. Je pense que cela a été bénéfique car cela m'a évité d'avoir de nouveaux échauffourés avec elle. Informant tout les membres du conseil et également la DCC de cet évènement, tout le monde m'a montré leur soutien indéfectible. D'ailleurs, le financeur m'a appelé pour me dire de convoquer un conseil extraordinaire afin de prendre une décision claire pour résoudre mon problème relationnel avec la s½ur. En effet, le fait que le directeur et la présidente de l'association ne puisse pas « être ensemble », travailler sereinement l'un avec l'autre est un véritable handicap qui plombe totalement ce que nous essayons de mettre en ½uvre depuis que je suis ici. Sentant, les choses venir, je lui ai dit que ce n'était pas de mon ressort, que je ne pouvais pas convoquer un conseil étant donné que cela ne rentre pas dans mes fonctions et mes attributions. Je le faisais par le passé car comme dit mon ex chef de service : « la nature a horreur du vide », la présidente ne remplissant pas son rôle, et personne ne le faisant, j'étais obligé autrefois de convoquer les membres du conseil. Rôle et fonctions dévolus à la présidente qui ne l'a jamais fait. En attendant donc cette fameuse réunion, je me suis entendu avec le financeur pour qu'il n'y ait plus aucune de mes relations extérieures qui viennent à la fondation.


Le financeur m'a également avoué qu'il fallait changer de président... ou alors de directeur ! En gros c'était soit elle soit moi ! En l'occurrence, soit elle quittait son poste de présidente du conseil soit je devais quitter le mien. Si le conseil décidait de m'exclure, j'aurais été obligé de quitter le Cameroun et de rentrer en France... En cas de décision en ma défaveur, le financeur m'a déclaré qu'il quitterait l'association camerounaise. Ce qui veut dire qu'il ne financerait plus la fondation. D'où la fermeture du centre, puisque notre seul source de financement c'est lui ! Ceci est une décision importante qu'il ne fallait pas prendre à la légère. En me déclarant cela, le financeur me montrait son soutien indéfectible mais me mettait également sous une pression énorme. Le sort de la fondation, que j'ai contribué à développer que je suis ici, dépendait du mien ! Tout mes efforts, toute l'énergie que j'ai mise dans ce projet, tout mon travail depuis un an dépendait de la décision qu'allait prendre le conseil. Non seulement cela mais aussi l'énergie déployait depuis des années par tout le monde pour en arriver là où nous sommes aujourd'hui. Pensons également aux situations des jeunes que nous avons actuellement en charge et des autres qui pouvaient se construire un avenir au sein de la fondation, sans oublier mon équipe de salariés qui s'est totalement investie dans le projet depuis qu'ils sont employés dans la fondation Béthanie. Autant dire que j'avais un poids énorme sur mes épaules et qu'il fallait trouver rapidement une solution. Le conseil avait l'obligation de se réunir rapidement et de prendre très vite une décision.
La secrétaire s'était donc engagée à convoquer le conseil très rapidement. Malheureusement, celle-ci a énormément de travail et n'est que très peu disponible. Ce qui fait qu'il fallu que j'attende un mois et demi avant de voir les membres du conseil se réunir. Un mois et demi de statu quo ! Pourtant, je lui avais bien dit que je voulais que cette réunion soit faite très vite. Elle a donc convoqué le conseil mais elle a envoyé les convocations que deux jours avant cette fameuse réunion. Du coup, il n'y avait que trois membres présents sur huit convoqués ! Ce qui fait que nous avons reporté cette réunion à la semaine suivante. Nous étions beaucoup plus mais malheureusement, le conseil n'a pas pris de décisions au motif qu'il fallait qu'il attendait le financeur, qui est aussi le trésorier de l'association camerounaise. Cette prise de décision est logique car c'est bel et bien lui qui pour l'instant a le pouvoir décisionnaire. Le pouvoir de l'argent... C'est bête à dire mais on ne peut rien faire sans ce qui fait tourner le monde... Money, Money ! Surtout dans ce secteur, surtout ici au Cameroun. J'½uvre dans le secteur de l'action sociale. Celui-ci est principalement consommateur car il ne produit rien directement. Pourtant il faut bien vivre, il faut bien payer les salaires, donner à manger à nos ouailles, continuer de développer notre activité, finir les travaux... Sans l'argent nous pouvons fermer boutique et mettre la clé sous la porte. Nous ne produisons mais sommes quand même d'une grande importance au sein de la société économique. Nous faisons d'un individu anormé, un producteur et un... Consommateur ! Le financeur a donc un pouvoir énorme, d'autant plus qu'il est notre seule source de financement. Pour limiter cette dépendance il nous faut diversifier nos donateurs. Ce qui n'est pas encore réalisé. En même temps nous avons vraiment de la chance de l'avoir car dans 90% des cas, les bailleurs de fond sont prompts à financer des investissements mais une fois que le projet est réalisé, ils rechignent à mettre la main à la poche pour un budget de fonctionnement et développer l'activité qu'ils ont contribuée à mettre en place. Dès lors, la plupart des associations ne survivent pas et meurent petit à petit. C'est ce qui risque de nous arriver, nous verrons ça plus tard.


mercredi 12 août 2009 :

Le financeur est donc venu au Cameroun et nous avons pu enfin faire un conseil d'administration digne de ce nom. Comme d'habitude lorsque le financeur est là, tout le monde était au rendez vous, au garde à vous. Nous nous sommes donc réunis et pu prendre des décisions importantes. La première des premières : la s½ur n'est plus présidente de l'association ! Elle est maintenant présidente d'honneur et fondatrice de la fondation. La s½ur était contente de cette décision car au fond d'elle-même, elle savait très bien qu'elle ne pouvait pas jouer le rôle de présidente. Au bout du compte il aura fallu quelques 8 mois de galère et de prise de tête avec moi pour que les membres du conseil se décident enfin de la virer de son poste de présidente, alors que la plupart des membres pensaient dès le début qu'elle ne devait pas occuper ce poste... La nommer présidente était une idée du financeur qui avait passé un contrat moral avec elle. Au départ elle n'acceptait pas que l'on nomme un conseil d'administration pour prendre les décisions importantes de la fondation Béthanie. Le financeur avait négocié pour que ce conseil soit crée et qu'elle joue le premier rôle, c'est-à-dire celui de présidente du conseil et présidente de l'association... Aujourd'hui donc elle n'a plus qu'un rôle honorifique, ce qui lui laisse beaucoup de liberté. Comment elle agira dans ce nouveau rôle, dégagée des responsabilités ? Pour ma part, connaissant un peu le phénomène, je pense qu'elle aura toujours le même comportement, à vouloir tout régenter. D'ailleurs, depuis le conseil, elle n'a toujours pas compris qu'il faut travailler en équipe. En effet, je sens qu'en ce moment elle en train de mettre en place des démarches dont je ne suis pas informé et les autres membres du conseil non plus d'ailleurs...


Le nouveau président du conseil d'administration, et donc de l'association, est le curé de la cathédrale d'Edéa. Le président reste donc toujours un homme d'église. Espérons seulement que l'église ne s'attribuera pas le mérite de la réussite du projet. Espérons que la fondation ne sera pas récupérer par le diocèse. En effet, l'association, malgré sa forte consonance religieuse, est une institution laïque, et doit le rester. Là, il faut dire que la fondatrice est religieuse, le président est un homme d'église, nous faisons la catéchèse, j'ai été envoyé par la DCC (Délégation Catholique de Coopération)... Cela fait tout de même beaucoup de liens avec l'église, ce qui n'est pas un mal, cela peut nous apporter des aides, notamment financières, mais c'est un risque à prendre. En effet, nous avons vu plusieurs associations comme cela qui était laïque et que l'église a réussi à récupérer soit à son propre profit, soit pour modifier totalement le projet prévu au départ... Ne vous en faites, tant que je serai là, aidé par mon amie qui est la secrétaire, je veillerai à ce que cela n'arrive pas.


Voici donc un nouveau président. C'est sur qu'il sera d'une plus grande aide que la s½ur. Mais sera-t-il d'une véritable aide ? L'heure n'est pas au jugement de son apport au sein de la fondation Béthanie, mais je peux quand même vous faire part de mes premières observations. Au départ j'avais plutôt des bons à priori sur lui. C'est vrai que c'est quelqu'un qui s'est et qui sait très présenté. Je l'ai trouvé très à l'aise au sein des membres du conseil, faisant de très bonnes remarques mais sachant aussi utiliser l'humour quand il le faut... En tout cas, avec les notables de la ville, l'abbé se comporte très bien. Lors de la réunion du conseil, ils ont aussi décidé d'attribuer 80 000 Francs CFA à la s½ur pour qu'elle puisse vivre de la fondation. Lui, nous a alors déclaré qu'il avait 35 000 Francs par mois ce qui n'est pas grand chose. Pourtant, j'avais rendez vous avec lui la semaine suivante, et il a débarqué à l'improviste alors que nous étions en train de faire une réunion d'équipe. Il est arrivé avec une superbe Mercedes dernier cri, et fauteuil en cuir et tout et tout, s'il vous plait... Je disais en plaisantant à l'éducateur que ses 35 000 Francs doit lui servir à payer l'entretien de son véhicule... Là encore c'est encore une démonstration que les hommes d'église ne respectent le serment qu'ils ont présenté lors de leur ordination. En effet, les hommes (et femmes) d'église promettent de vivre dans la pauvreté. Ceci n'est pas respecté dans ce pays car s'investir dans la religion signifie souvent une montée dans l'élite sociale mais aussi au niveau de leur portefeuille. L'éducateur camerounais m'expliquait que les prêtres avaient certains privilèges mais faisaient aussi des affaires très rentables du fait de leurs réseaux. Bref, pour moi l'engagement qu'a pris cet abbé au sein de la fondation en tant que président est normalement un grand engagement. Je suis prêt à travailler avec lui, mais en est-il de même pour lui ? Après sa nomination, je l'ai approché pour que l'on se réunisse et que je lui explique dans les détails la prise en charge que l'on propose dans le centre, lui présenter les projets que l'on a mis en place... Je l'ai « harcelé » au téléphone pour que nous fixions enfin un rendez vous. Le jour de ce rendez vous, je l'ai attendu en vain... Lorsque je lui ai téléphoné, il s'est excusé platement et nous avons convenu d'un autre entretien le lendemain. J'ai pu enfin le voir pendant une heure et ai tenté de lui expliquer ce qui se passait au sein de la fondation Béthanie. Celui-ci, au lieu de se rendre intéressé par ce que je lui racontais, paraissait plus préoccupé par ses deux téléphones tout neuf dernier cri qui sonnaient tout le temps que ce que je lui racontais, voire pire... A certain moment il s'endormait carrément sur sa chaise !!! Comment faire du bon boulot avec quelqu'un comme ça ? Cela m'a posé beaucoup questions mais en y réfléchissant bien je me suis dit qu'en fait, vu la composition du conseil, pour lui, cela est une bonne occasion d'être parmi les notables de la ville, de tisser un peu plus son réseau et d'être un peu plus encré dans le pré carré sélect de l'élite de la ville. Là encore ne le jugeons pas trop vite et attendons de laisser un peu de temps pour juger de sa contribution à Béthanie...


Vendredi 14 aout 2009 :

Le financeur comme vous l'avez deviné en me lisant est passé pendant une semaine avec sa femme. Avant, lorsqu'il venait, cela me donnait de l'énergie de continuer à travailler comme je le fais tout les jours. J'étais plutôt optimiste lorsqu'ils sont arrivés car je me disais qu'ils verraient avec intérêt tout ce qui a été réalisé depuis qu'ils étaient venus la fois dernière, je pensais qu'ils allaient être enthousiasmé par la prise en charge éducative que nous avons mise en place. Et bien mon optimiste a été très vite déçu. En effet, leurs compliments ont été très mesurés par rapport à ce que j'escomptais. Plutôt que de souligner les avancées réalisées, ils se sont attachés à critiquer ce qui avait été plus ou moins mal fait. Tout d'abord, je dois vous raconter une histoire qui s'est passé juste avant leur arrivée. Cela s'est passé au début du mois de juillet et je devais, comme à chaque début de mois payer mes employés. Au moment de retirer l'argent de la banque, je me suis rendu compte qu'il n'y avait plus de liquidités sur le compte ! Je me suis donc retrouvé sans argent pour faire tourner le centre ! A tel point qu'à un moment donné je ne pouvais même plus mettre de l'essence dans la voiture. Heureusement, il me restait assez d'argent personnel pour payer l'alimentation. Le financeur m'a assuré que je pourrais avoir de quoi faire fonctionner le centre au bout de quelques jours. Attendant en vain, je me retrouvais de plus en plus mal vis-à-vis de mes employés, n'ayant même plus de quoi me déplacer ! Plus d'essence dans la voiture, plus rien dans la moto et même pas de quoi pour prendre la moto taxi... Finalement, j'ai décidé d'aller voir un des membres du conseil qui a pu me prêter de l'argent. Quelle honte pour moi d'aller le voir pour lui demander de m'aider, je l'ai vécu comme une défaite ! Ce monsieur, très gentil a pu me donner juste de quoi payer mon personnel ainsi que moi-même. Le financeur devait arriver la semaine suivante. Il m'a accusé de n'avoir pas pu prévenir cette crise et ne pas avoir transmis les comptes avant. Pourtant, je les envoie à chaque début de mois. J'étais donc dans les temps. Il devait s'en prendre à lui-même car lui aussi aurait du prévoir qu'au bout d'un moment il n'y aurait plus d'argent sur le compte. Pourtant, étant le directeur, c'est, d'après lui, à moi qui incombe de cette responsabilité... Il m'a aussi fait part de son questionnement vis-à-vis de mon travail. Il m'a révélé qu'il me sentait à bout de souffle, faisant face à toutes les urgences comme je le pouvais. Peut être étais je en train de me noyer... Je pense malgré ce qu'il dit qu'au contraire, j'ai tout fait depuis que je suis ici pour mener à bien son projet. Travailler comme je le fais, avoir des résultats, lents mais des résultats comme j'en ai obtenu et entendre ça !...

Ça m'a complètement scotché mais en même temps c'est un peu normal, ainsi va la vie d'un directeur. C'est lui qui essuie tout les plâtres, qui est en première ligne. C'est à lui qu'on demande des comptes quand tout va bien, quand tout va mal. Le financeur a été tellement critique sur mon travail, sur notre travail, que je me suis demandé au bout d'un moment ce qu'il était vraiment venu faire. Je l'ai su qu'au bout de deux ou trois jours. En fait il s'avère qu'en France, les adhérents de l'association qui nous finance ont disparu petit à petit, les uns derrière les autres. Au final, aujourd'hui il ne reste que lui qui supporte le cout de fonctionnement de l'association camerounaise... Autant dire que nous sommes dans une phase critique où il n'y a pas de perspective d'avenir. Bien entendu, les adhérents qui nous finançaient jusque là ont vu que les résultats espérés n'étaient pas au rendez vous. Malheureusement, ici, nous faisons tous ce que nous pouvons sans ménager nos efforts. Eux, n'ont pas une approche de terrain, ils ne sont pas les mains dans le cambouis. C'est normal, qu'avec tous les moyens déployés ils demandent des résultats. Cela fait presque 5 ans que l'association a commencé et a débuté les travaux. Si bien que lorsque je suis arrivé, il y avait les bâtiments, une super structure mais avec rien dedans... Mon travail aujourd'hui est d'occuper les locaux, de faire vivre des beaux bâtiments vides. Je pense qu'ils ont du mettre « les charrues avant les b½ufs ». Dans toutes les structures qui s'ouvrent ici, dans les établissements à vocation sociale, on commence petit, tout petit. Au fur et à mesure du temps, les besoins se font sentir, se font criants, et c'est à ce moment là qu'il est question de chercher des moyens pour y répondre. Dans notre cas, cela a été le contraire, les moyens ont été déployés pour pallier aux projets, aux rêves, notamment de la s½ur et des personnes qu'elle a embarquées dans son aventure. Si bien que nous nous retrouvons aujourd'hui avec une structure qui a une dimension énorme pour les quatre jeunes que nous accueillons actuellement. A force de promesses non tenues et d'utopies irréalisées, les adhérents de l'association française s'essoufflent et disparaissent, ce qui est bien normal... Aujourd'hui, nous, je, suis bien malheureux de payer les peaux casées de cette erreur stratégique. Je suis sous la pression d'obtenir des résultats pendant mes 2 ans de volontariat, résultats qui auraient demandé 2, voire 3 fois plus de temps dans une autre association qui auraient débuté autrement. Ce n'est pas ma faute mais il me faut faire avec ça, et avoir conscience de ce paramètre dans mon travail de tous les jours. Je suis sous pression, le financeur est sous pression et il n'a que moi sur qui se la « décharger », si je peux m'exprimer ainsi.

Le deuxième point de désaccord que nous avons eu, et qui n'est pas des moindre, c'est à propos du technicien agricole. En effet, dans le projet, il est prévu l'embauche d'une personne à vocation technique qui encadre les jeunes le matin dans l'activité de travail pour... 80 000 Francs CFA (soit 122 euros). J'ai longtemps cherché un employé qui ait des notions techniques diverses, qui puisse être polyvalent et pouvoir encadré des ateliers d'agriculture, de menuiserie, de soudure... J'ai trouvé des personnes prêtes à s'investir dans le projet qui avaient ce profil et qui étaient disponibles. Seulement toutes ces personnes n'auraient jamais travaillé pour un tel salaire ! Comme j'ai du le dire avant, avant la saison des pluies, vers avril, nous devions défricher le terrain, qui, auparavant était laissé à l'abandon. Nous avons cherché plusieurs techniciens agricoles qui défrichent ce terrain, après plusieurs tentatives avortées, nous avons enfin trouvé une personne digne de confiance qui nous a impressionnés par sa force de travail. Cet homme a travaillé d'arrache pied pendant près d'un mois sous un soleil de plomb, seul devant l'énorme travail qu'on lui avait confié. Il travaillait douze heures par jour sans relâche. Il a fini le travail et j'en ai profité pour lui proposer de travailler pour nous afin d'encadrer les jeunes par rapport au travail du matin. Il a tout d'abord négocié âprement son salaire mais a accepté quand même au bout du compte de travailler pour nous. Cet employé a continué à travailler à fond pour notre projet, montrant qu'il avait un intérêt certain à travailler avec les jeunes. Il ½uvre donc avec eux le matin et peut se consacrer entièrement au champ l'après midi. Normalement, son travail se finit à 16h30, mais il finit tout les jours à la nuit tombante, c'est-à-dire vers 18h30, 19h. Cet exemple est un bon exemple pour montrer la différence qu'il peut y avoir entre les acteurs de terrain et les bailleurs de fond. La demande du financeur vis-à-vis de ce poste est énorme car il veut que des ateliers productifs soient mis en place. Il veut aussi utiliser le terrain pour de l'agriculture. Le terrain que nous avons demande un énorme investissement au niveau humain. Le technicien agricole y travaille d'arrache pied comme les jeunes et le personnel éducatif d'ailleurs. En effet, nous n'avons pour l'instant que quatre jeunes et je pense que nous pourrons entrevoir de bonnes perspectives financières au niveau des activités rémunératrices que nous voulons développer lorsque nous serons à plein. Seulement, en attendant, le financeur n'a pas du tout évaluer quels avantages il pouvait tirer de notre actuel technicien agricole... Certes, il n'a pas de formation technique ni éducative mais il apprend tout les jours parmi nous et cela serait dommage qu'il ne travaille plus Béthanie alors qu'il commence à bien appréhender le travail avec le jeune. L'exclure de notre structure voudrait dire qu'il faudrait recommencer à zéro la formation d'un autre technicien...


lundi 24 août 2009 :


Assez parlé des luttes de pouvoirs, des problèmes de gouvernance, et autres soucis décisionnels. J'aimerais aujourd'hui vous faire partager le travail qu'on a mis en place avec les jeunes, ce pour quoi je suis venu ici. Cela fait donc quatre mois que nous avons accueilli notre premier jeune au sein de la fondation. Je vous ai parlé des quatre jeunes que nous avons accueillis et avec lesquels nous travaillons tous les jours. « Petit à petit » comme on dit, « l'oiseau fait son nid ». En effet, nous prenons au fur et à mesure du temps la mesure de ce que nous avons à accomplir avec chacun d'entre eux. Et le chemin est semé d'embuches car nous partons souvent de loin. Ce sont des jeunes qui n'ont jamais eu de cadres et il faut qu'ils s'adaptent à notre encadrement, à obéir à l'autorité ce qui est très difficile dans leur situation. Ils ont réussi à vivre, à survivre tout seuls, à se débrouiller par eux même. Ces jeunes ont vécu des situations très difficiles et se sont retrouvés, pour la grande majorité d'entre eux entre quatre murs. La prison a été vécue pour ces jeunes comme une période très dure avec la violence qui découle de leur séjour pénitencier. D'ailleurs, nous avons très vite remarqué que l'un d'entre eux répondait quasi systématiquement par la violence à une situation de conflit. Il m'a expliqué qu'il ne réagissait pas comme cela avant d'être incarcéré. En effet, dans la prison, il avait un rôle central mais très dur, il était chargé de répartir les portions de nourriture entre ses codétenus. Comme vous l'imaginez bien, le partage se passait rarement bien et il était obligé de jouer des points pour se faire respecter !... Vous le voyez, la prison laisse des traces, souvent indélébiles dans la vie de ces jeunes. Les habitudes prisent dans l'institution pénitentiaire sont difficiles à corriger.


Quand un jeune arrive à la fondation Béthanie, une autre vie s'offre à lui. Les journées sont rythmées par les activités que nous avons mises en place si bien qu'ils n'arrêtent pratiquement pas de la journée.
On se lève à 6 heures du matin. Après le petit déjeuner, nous commençons à travailler à 7 heure jusqu'à 11 heure. Le travail, est destiné à remettre ou mettre le jeune dans l'effort, à réapprendre le gout de travailler et de voir quelles sont les bénéfices de cet effort. Nous avons monté plusieurs activités mais d'autres sont en projet. Par exemple, il y a l'agriculture. Cette activité leur permet de voir les fruits (et les légumes) de leur travail. Manger quelque chose que l'on a planté est pour eux une grande marque de fierté. Ils pourront aussi reprendre ça dans leur vie future. Nous continuons toujours d'aménager l'établissement. Par exemple, nous sommes en train de poser « les faux plafonds », ou encore, nous avons terminé l'aménagement d'une cuisine traditionnelle. Cette activité leur permet aussi de s'investir entièrement dans la structure, être fier de leur travail et revendiquer leur appartenance à la fondation. Nous avons également reçu un don d'Alucam qui nous a offert un énorme tas de briques (en fait de déchets) qu'il a fallu trier pour récupérer les bonnes briques. Avec cela, nous allons aménager l'entrée de notre fondation et allons aussi faire une terrasse dans notre cour...


Nous mangeons à midi et après le repas, les jeunes ont deux heures de temps libre où ils peuvent se reposer ou faire ce qu'ils veulent (par exemple, les jeunes ont fabriqué un damier avec lequel ils jouent tout le temps). Ils peuvent aussi fabriquer des sacs. Nous récupérons les sacs de riz de 50 kilos sur lesquelles ils tissent des figures de leurs choix. Nous allons vendre ces sacs et récupérer les bénéfices. Nous reverserons ensuite cet argent au jeune lors de sa sortie pour que cela puisse l'aider vis-à-vis de son projet. Cet argent pourra lui servir par exemple à acheter leurs outils pour leur futur métier, acquérir une moto, un vélo pour se rendre au travail le matin... Ainsi, le jeune a la possibilité d'épargner et de profiter du temps libre qu'il aurait consacré à cette activité...


Vers 15 heures, nous faisons l'instruction. Chaque jour, nous consacrons 2 heures pour apporter aux jeunes les bases de connaissances à savoir lire, écrire et calculer. En effet, nous pensons que dans le moindre métier il faut un minimum de connaissances, notamment pour lire ou écrire un devis. Ce temps est important car les jeunes ont souvent un niveau très faible. En effet, certains ont arrêté l'école par manque d'intérêt et d'autres aussi par manque de moyens. De nombreux jeunes se retrouvent sans activité très jeune car les parents n'ont pas les moyens de leur payer les études. Ici, les études sont payantes, si bien tous ceux qui réussissent leur vie scolaire sont de familles aisées. Lorsque la famille est nombreuse, les parents ne peuvent payer les études de tous leurs enfants, sachant que plus l'enfant avance dans le cursus scolaire, plus l'école est chère. Par exemple, un an au lycée technique pour préparer un CAP coute 70 000 Francs CFA, ce qui est une grosse somme ici. N'oublions pas que les jeunes que nous recevons dans notre fondation viennent tous d'un milieu difficile. Si bien que la plupart ne savent pas écrire ou font d'énormes fautes d'orthographe. Ce temps d'instruction est précieux d'autant plus que nous en profitons pour les ouvrir sur des connaissances auxquelles ils n'auraient pas eu accès en temps normal comme par exemple l'histoire géographie, ou encore l'art plastique...


Vers 17 heures, 17 heures 30, nous arrêtons l'instruction. Entre l'instruction et le repas à 19 heures, nous avons mis en place des activités différentes chaque jour, ludiques, sportives ou spirituelles. Le mardi et jeudi nous allons faire du foot sur un terrain à coté de la fondation. Nous jouons avec les jeunes du quartier. Ceci participe à notre intégration dans le quartier et dans la ville. Cela permet aussi aux jeunes de se tenir en forme, Le mercredi, nous avons une bénévole qui anime un temps de catéchèse. En effet, même si les jeunes revendique appartenir à telle ou telle religion, nous nous sommes rendus compte qu'il n'avait que de petites connaissances sur leur croyance. Ce temps permet de faire connaissance avec la religion catholique mais elle est aussi une ouverture philosophique sur la religion. Ainsi, la jeune bénévole parle de certains thèmes bibliques qui ouvre les jeunes sur une discussion à bâton rompu sur tel ou tel précepte religieux (exemple : le don, le respect d'autrui, le vol...). Nous avons aussi le projet de mettre en place une activité musique. En effet, mon ami camerounais, qui est musicien m'a proposé d'animer un atelier percussion. L'un des intérêts de cette activité est qu'il utilise des percussions traditionnelles, ce qui permettra aux jeunes de connaitre un peu de leur culture. En effet, ici, dans le pays Bassa, la culture traditionnelle a complètement disparu des m½urs et coutumes de la nouvelle génération.


mercredi 26 août 2009 :


Comme je vous l'ai dit, nous avons reçu le premier jeune il y a quatre mois. Ce jeune était dans une situation très difficile car il est orphelin de père et de mère et il s'est retrouvé seule avec sa s½ur pour s'en sortir. Ce jeune a très longtemps vécu seul sans famille à proprement parler. Il a du grandir seul, sans autorité parentale, sans cadre. Il a vécu pendant un mois avec nous sans qu'un autre jeune soit intégré à la fondation Béthanie. Il avait toute les attentions portées sur lui, ce qui ne lui d'ai plaisait guère. Jamais il n'avait eu personne, depuis longtemps qui se préoccupait de lui. Cela lui apportait une grande joie et il avait même du mal à retourner chez lui le weekend. Il travaillait chaque jour d'arrache pied pour mériter cette attention de tout les instants portée sur lui. Au bout d'un mois qu'il était là, un jeune sortant de la prison de Douala est arrivé. Ils se sont très bien entendus dès les premiers instants. Une grande amitié est née entre eux. On pourrait même dire une réelle fraternité. C'est vrai qu'à cette époque, on était comme une petite famille. Les jeunes appelaient même l'éducateur « Tonton Gilbert », et la maitresse de maison « Tata Sophie », moi je n'ai jamais accepté ce genre de sobriquet. Le deuxième jeune s'est très vite intégré au centre et on a vu qu'il avait de belles capacités, que ce soit au niveau du travail ou au niveau de l'instruction. Le premier jeune a lui aussi vu cela et a arrêté les beaux efforts qu'il faisait depuis qu'il est arrivé. Nous avons fait l'erreur de les comparer ce qui n'a pas du tout plu à l'orphelin qui nous a reproché cela. Le fait qu'il ne veuille plus du tout avancer nous a surpris et nous l'avons poussé pour qu'il continue à travailler mais sans résultats.


Nous avons passé quelques semaines avec les deux gars. Ensuite sont arrivés quasi simultanément deux anciens prisonniers d'Edéa. Le premier ne s'est bien intégré dans la structure mais pas avec les deux premiers jeunes. En effet, ce jeune souffre d'une déficience intellectuelle, les autres l'ont très vite vu et sont restés entre eux ne l'incluant pas dans leur jeux ou dans leur discussion. Celui-ci est aussi plus sage que les autres, malgré sa déficience. Il ne veut pas rentrer dans leurs bêtises et les condamne même, ce qui est encore plus facteur d'exclusion pour lui, je parle au niveau des jeunes. C'est vrai que nous avons identifié dès que nous l'avons rencontré à la prison qu'il n'avait pas beaucoup de personnalité. Souvenez vous je vous avais parlé de son motif d'incarcération. Il est entré en prison suite à une tentative de viol causé par un de ses amis en sa présence. Les habitants des environs leur sont tombés dessus et lui n'a pas su expliquer qu'il n'était pour rien dans cette situation. Il n'a pas su davantage empêcher son ami de commettre cet acte délictuel. Nous avons senti dès le départ que ce jeune homme avait du mal à s'imposer et surtout à dire non. Lorsqu'il est arrivé je lui ai signalé ces observations et ai réfléchi avec lui sur comment changer ce comportement. En travaillant ce « problème » de comportement avec lui, il a su finalement s'imposer au sein de la fondation Béthanie. Mais il ne réussit toujours pas à s'intégrer avec les jeunes car il reste souvent seul pendant les moments de temps libre, à l'écart des autres...


Très vite après lui, est arrivé le quatrième jeune qui sortait également de la prison d'Edéa. Celui-ci s'est bien intégré à la structure mais a aussi crée des liens forts avec les deux premiers jeunes. Le problème c'est que ses deux acolytes formaient comme qui dirait un « couple infernal », et il a fallu qu'il s'impose, qu'il trouve sa place parmi eux, ce qu'il a réussi assez facilement. Mais cela n'a pas été sans heurt. En effet, on a très vite vu qu'il était en conflit ouvert avec le premier jeune. Cette période a été difficile car les deux cherchaient l'approbation du deuxième, qui est un peu comme qui dirait, « le leader du groupe ». Lorsqu'il est arrivé, la relation entre le premier et le deuxième jeune a été dès lors modifiée car le nouvel arrivant avait aussi à faire sa place. Le premier jeune n'a pas accepté cela. Ca fait aussi partie de sa problématique, étant abandonné par les autres. Il met beaucoup d'enjeux dans les relations qu'il peut créer et cela est compréhensible. Ce jeune a peur de l'abandon et peut être « dangereux » s'il sent qu'une relation lui échappe. Il fera tout pour garder intact les relations intenses qu'il peut entretenir avec qui que ce soit. Cela a crée une tension extrême à la fondation surtout entre le premier et le dernier jeune. On a vu la naissance de la violence au sein de la fondation Béthanie, que ce soit au niveau verbale comme au niveau physique. Bien sur, nous avons lutté contre cela mais la tension se faisait de plus en plus grande au fur et à mesure que les semaines passaient. A tel point que nous avons du exclure le premier jeune pendant une semaine. En effet, celui-ci menait une vie impossible à l'autre qui ne savait plus comment réagir face à une telle pression. Le premier jeune est donc parti pendant une semaine et le centre a vécu tranquillement pendant toute cette exclusion. La vie était sereine. Nous avons vu aussi que cela faisait du bien aux autres qui en ont profité pour se remettre au travail. Quand il est revenu, nous avons eu un répit de quelques semaines qui n'a pas duré. En effet, au fur et à mesure du temps, les mauvaises habitudes ont repris leur droit. C'était même pire que la période de tension qui est née quand le quatrième jeune est arrivé. Malgré tout nos efforts, nous ne savions pas comment faire pour que le calme revienne au sein de la fondation. Chaque jour, de nouvelles choses se passaient. Les jeunes s'insultaient, se montraient de l'irrespect ainsi qu'au personnel...


Ceci a été une période très difficile pour nous et particulièrement pour la maitresse de maison et le technicien agricole qui, n'étant pas formés, ne savaient pas comment répondre aux insultes et aux provocations des jeunes. Je sentais qu'ils allaient craquer. Une fois par exemple, ils ont traité les jeunes comme ils n'auraient pas du, en leur disant que c'était des petits brigands, qu'ils n'allaient jamais réussir dans leur vie et qu'ils seraient bientôt de retour dans la prison... Evidemment, cela a crée un fossé encore plus grand entre eux et les jeunes. Heureusement, nous avons mis en place une réunion d'équipe régulière où ils peuvent parler des situations qui leur sont difficiles, parler des évènements qui n'ont pas réussi à gérer. Nous avons une bonne entente et un esprit de solidarité et de communication entre les membres de l'équipe. Nous, les éducateurs les formons aussi à prendre en charge des jeunes en difficultés, qui ne sont pas des anges, loin de là... C'est vrai aussi qu'ils n'ont jamais été préparé pour encadrer les jeunes en difficultés et c'est très difficile de savoir comment réagir avec eux dans telle ou telle situation, même pour nous qui sommes des professionnels, qui avons été formés et qui avons l'expérience... En faisant les réunions régulières, en les prenant régulièrement ces deux professionnels dans mon bureau, nous avons réussi à maintenir l'équipe soudée voire même plus qu'auparavant. Par rapport à eux, les choses se sont petit à petit améliorées.


Malgré tout, nous n'avions pas à trouver un climat serein et à faire comprendre aux jeunes que leurs écarts de comportement étaient difficiles à supporter. En effet, les jeunes, et c'est bien normal dans leurs problématiques, cherchent à avoir le pouvoir sur l'adulte. Ils cherchent les failles des personnes mais aussi de la fondation Béthanie, cela fait partie de leur problématique. Avec nous, les éducateurs, ils ont très vite vu qu'ils ne pouvaient pas nous atteindre, habitués que l'on est à prendre en charge des personnes en difficultés mais ils ont vu aussi que malgré leurs provocations, nous avions toujours les réponses adéquates et qu'ils ne pouvaient pas nous faire craquer... En attaquant le personnel « technique » (qui a aussi un rôle éducatif), ils s'attaquaient « aux faiblesses de la fondation Béthanie ». Dès lors, ils ont mis en place un travail de sape très dur pour ces deux professionnels. A un tel point que nous sentions qu'ils pouvaient craquer à tout moment. Ces jeunes savent très bien exploiter toutes les failles qu'ils trouvent sur leur passage. La maitresse de maison était vraiment mal à un moment donné. Ne sachant quelle attitude adoptée, elle avait décidé de se réfugier dans le silence, dans l'indifférence vis-à-vis des jeunes, ce qui creusait encore plus le fossé creusait entre elle et eux... Par exemple, elle avait la bêtise de laisser échapper des éléments personnels au premier jeune qui en a profité pour l'exploiter. Elle était vraiment meurtrie par certaines de ses paroles qui la faisaient souffrir dans son fort intérieur. Le silence et l'indifférence qu'elle montrait n'était qu'une façon bien naturelle de se protéger. En faisant la part belle à la communication dans l'équipe, en étant soudés, en la prenant régulièrement dans mon bureau, elle a réussit à comprendre les choses et s'est « ré » ouverte aux relations de proximité qu'elle avait entretenu auparavant avec les jeunes. Les choses se sont petit à petit amélioré et je la sens aujourd'hui épanouie à travailler tout les jours au sein de la fondation. En effet, il faut dire qu'elle joue un rôle central dans notre centre. C'est un peu « la maman » de la structure, la seule présence féminine dans un milieu masculin. Elle prend soin de chacun comme le ferait une mère dans son foyer... Pour ce qu'il s'agit de notre technicien agricole, c'est un peu plus dur pour lui. En effet, il a le dur rôle de faire travailler les jeunes (même si nous sommes avec lui tout les matins pour travailler avec les jeunes et lui). Il ne sait pas trop les prendre pour les inciter à travailler. Au départ, quand il est arrivé, il a su très vite avoir une relation de proximité avec eux. Cette relation peut être trop proche l'a desservi après car il a fallu qu'il s'impose aux jeunes et peut être qu'il l'a fait avec maladresse. En effet, changeant son comportement, il est devenu sévère avec eux. Trop même ce qui a rendu les jeunes orgueilleux et ils lui ont reproché ce changement de comportement. Comme je vous l'ai dit plus en haut, c'est un travailleur qui est désireux de bien faire, perfectionniste. Il ne comprend pas que les jeunes ne veulent travailler comme lui le fait. Si bien qu'il s'énerve, et en a marre de voir que les jeunes ne veulent travailler selon ses directives. Souvent même, il ne répond pas à leurs provocations ou à leurs insultes, comme l'a fait à un moment donné la maitresse de maison. De temps en temps même il vient me voir ou voir l'autre éducateur pour dénouer les situations qu'il a du mal à solutionner par lui-même. L'intervention extérieure qu'il demande montre aux jeunes des signes d'impuissance, évidemment, les jeunes en jouent. Comme je vous l'ai dit, ils cherchent les failles. Ça c'est le moindre pouvoir qu'ils ont. Le faire craquer pour arriver à le contrôler... C'est dur pour lui, et pour nous qui devons régler les conflits qu'il peut avoir avec les jeunes. On va dire qu'on est quand meme parti de loin et qu'il commence, grace à notre aide à comprendre le travail qui lui est demandé et la façon qu'il doit travailler avec eux. Il a pour lui son énorme force de travail et sa réelle motivation à ce que la fondation Béthanie soit opérante et qu'il soit d'une réel aide pour ces jeunes... C'est aussi un homme qui ne refuse pas d'apprendre et qui veut s'enrichir par C'est pour ça que ça serait dommage de se séparer de lui, comme le veut le financeur. Tout le travail de formation que l'on a mis en place avec lui serait perdu à son départ de la fondation Béthanie...


En tout cas, un beau jour, alors que les jeunes continuaient encore et toujours leurs jeux de provocations et d'insultes, j'ai décidé « de prendre le taureau par les cornes ». J'ai convié les trois « rebelles » de la fondation à un entretien chacun leur tour, en leur signifiant un rappel au règlement. En fait, chaque jeune à son entrée dans le centre signe un règlement intérieur qui définit les règles en cours au sein de l'établissement. Ainsi, nous pouvons leur faire un « rappel au règlement » qui est une lettre par laquelle il est stipulé les règles que les jeune n'a pas suivi. Au bout de trois rappels nous prononçons une exclusion temporaire, au bout de trois exclusions c'est le renvoi définitif de la fondation. Ce rappel au règlement est une sanction grave, un avertissement fait au jeune. Je les ai donc convié chacun leur tour à un entretien où je leur ai dit leurs quatre vérités. Je leur ai dit tout ce que j'avais observé d'eux pour leur faire prendre conscience de leurs problèmes et ceux qu'ils posent à la fondation. Nous avions également fait une réunion d'équipe pour discuter des moyens à mettre en place pour combattre ces mauvais comportements. Il en est ressorti qu'il était temps d'orienter un jeune en apprentissage. En effet, pour l'instant, les jeunes n'avaient pas de visibilité quant à notre capacité à les orienter dans différents ateliers d'apprentissage, sachant que nous n'avions pas encore évalué qu'un de nos jeunes soit prêt à intégrer un milieu professionnel quel qu'il soit... Notre choix s'est porté sur le deuxième jeune qui montre vraiment de la motivation et de grandes capacités dans le travail et dans l'instruction. Nous avons senti ce jeune prêt et avons pensé que ça remettrai aussi les autres dans le travail et dans le respect vis-à-vis de toutes les personnes vivant ou intervenant dans le centre. J'ai donc annoncé à ce jeune qu'il allait être orienté dans un atelier d'apprentissage. Bien sur, il s'est empressé de l'annoncer à ses petits camarades. Cette annonce, les entretiens et les rappels au règlement ont eu un effet miraculeusement positif sur l'ensemble des jeunes. Tous se sont mis au travail comme on ne les a jamais vus faire depuis l'accueil du premier pensionnaire. Le calme était revenu au sein de la structure et toute l'équipe prenait plaisir à travailler chaque jour, voyant que les jeunes avançaient un peu plus chaque jour.


samedi 12 septembre 2009 :


Malheureusement, cette période de grâce n'a pas duré. En effet, depuis plusieurs semaines nous avons vu des mauvaises habitudes resurgir. Nous n'avons plus entendu d'injures, à part dans de rares exceptions dues à la force de l'habitude. Par contre, depuis plusieurs semaines, les jeunes ont repris leur travail de sape avec les deux professionnels techniques de la fondation Béthanie. Il nous a fallu, en tant qu'éducateur être un soutien pour eux comme nous l'avons fait auparavant et intervenir quand il le fallait. Depuis quelques semaines par contre, nous avons vu arriver un nouveau phénomène : celui du vol de la fondation par les jeunes eux même. Pas des vols graves mais ce genre de choses n'aurait pas du leur arrivé et nous alertent sur la difficulté de travailler avec ce genre de population. Ces jeunes avaient en effet pour habitude, avant leur arrivée dans notre centre d'identifier ce qu'il pouvait gagner s'ils faisaient telle chose ou telle autre, s'ils pouvaient gratiller quelques argents de leurs proches ou de ce qu'ils pouvaient retirer de leur environnement proche (ex : voler de la ferraille dans un chantier,...). La fondation Béthanie a été épargné de leurs intérêts pendant quelques mois mais au final, ce phénomène n'a pas manqué de se répercuter chez nous.


Ainsi, le premier vol dont nous avons été victime c'est le vol de deux scies. Un beau matin, alors que je me lève, l'éducateur m'arrête sur le seuil de la porte pour m'apprendre ce méfait. Nous interrogeons dès lors les jeunes présents pour leur demander s'ils connaissent l'auteur de ce vol. Très vite, un des jeunes accuse un autre d'avoir commis ce méfait, en ayant des arguments très solides. Nous n'avons fait que « chauffer la tête » comme ils disent ici à ce jeune pour au bout du compte, au bout de trois heures de pression psychologique, il avoue son délit. Il nous dit que ces deux scies, il les a cachées dans un champ juste derrière la fondation... Il part seul les récupérer mais, bien sur, revient bredouille. Il explique alors qu'il pense que c'est l'un des jeunes qui les a récupérées, ce jeune étant absent puisque parti dans un deuil dans sa famille... Le temps passe, les vacances passent... Entre temps, je réussi à voir le jeune absent pendant la découverte de la disparition des deux outils. Lui me dit qu'il n'est pas du tout responsable de ce vol, qu'on l'a accusé étant donné qu'il n'était pas là pour se défendre, ce qui est très plausible. Lorsque les deux protagonistes de cette histoire sont revenus de leurs vacances, je les prends en entretien dans mon bureau. En les confrontant, le jeune ayant avoué avoir commis le vol m'avoue que c'est lui seul l'auteur de ce vol et que l'autre n'a rien fait. Je lui demande donc, seul à seul, pourquoi avoir volé ces deux scies et pourquoi avoir accusé son camarade. Il me répond qu'il a volé car il n'avait pas de solution pour se nourrir le temps des vacances et qu'il les a caché dans le champ pensant qu'il pourrait les récupérer pendant la semaine, seulement lorsqu'on l'a démasqué, ces deux scies n'étaient effectivement pas là. Il a accusé l'autre jeune qui était absent car il était au courant de ce vol et qu'il a du passer avant lui pour les récupérer. Je lui ai alors demandé de m'amener là où il avait caché l'objet de son vol. Il me montre, et nous retrouvons ensemble le propriétaire du champ. Lui me dit qu'en fait il ne s'occupe pas de ce champ, qu'il a un ami à lui qui s'occupe d'entretenir des palmiers et récolter chaque année. Quelques temps après, je rencontre ce monsieur qui me dit qu'il n'a jamais vu ces deux scies... J'ai donc repris le jeune en lui disant qu'il fallait bien que l'on soit indemnisé de son vol. Pour ce faire, étant donné qu'il n'a pas d'argent, je lui ai demandais de travailler pendant deux semaines au sein de la fondation (c'est-à-dire 5h levée, 5h30 travail jusqu'au repas, 30 minutes de repas et travail jusqu'à l'instruction jusqu'à l'instruction, à peu près 15h, 15h 30...). Le jeune a bien sur trouvé la punition dure et a voulu négocier en me disant qu'il me redonnerait les mêmes scies si je lève ma punition. Devant mon refus, le dimanche soir, il a quand même rapporté deux scies, de la même marque ! Le lundi matin je lui ai dit qu'il s'était en partie pardonné sa faute mais que la punition serait maintenue. Par contre, sa punition a été divisé par deux, c'est-à-dire qu'il n'a fait qu'une semaine au lieu de deux initialement prévu...


Les deux vols suivants ont été commis par le deuxième jeune, un soir où je prenais ma douche, j'ai malencontreusement oublié mon shampoing dans la douche. Ce jeune en a profité pour se l'approprié. Il a également pris les DVD qu'avait ramenés le financeur, sans nous en demander l'autorisation. Même acte, même sanction, j'ai décidé qu'il travaillerait avec le voleur de scie pendant une semaine. Ces actes même s'ils ne sont pas grave en soit, sont des actes répétées et il fallait les punir sévèrement pour que cela ne se reproduise plus. Pour moi, cette situation est plus grave que celle du premier jeune qui a avoué ce qu'il avait fait, s'est repenti et à chercher à indemniser le préjudice subi. Là, malgré nos interrogations répétées, il a fallu sanctionner l'ensemble des jeunes pour récupérer les DVD et fouiller toutes les armoires pour découvrir que c'était lui le voleur de shampoing...


Le troisième vol est venu du premier jeune qui a volé de la peinture pour l'utiliser chez lui. C'est le voleur des scies qui nous a alerté sur ce vol, peut être par vengeance vis-à-vis de son accusateur. Auparavant, il avait essayé de subtilisé le ballon qu'on utilise pour jouer au foot, alors même qu'il avait empêché le même vol au voleur de DVD une semaine avant... Même acte, même sanction...


Tout ces actes répétées nous fatiguent et nous a mis en vigilance par rapport à tout ce dont a accès les jeunes. Nous avons vu que nous ne pouvions pas avoir confiance en eux ce qui est bien dommage pour l'ensemble de la structure. Il y a peu encore, la cuisine était ouverte tout le temps mais nous avons constaté qu'il y avait aussi des vols de nourriture... Maintenant, il doit y avoir un adulte encadrant dans la cuisine quand les jeunes ont besoin de quoique ce soit dans ce lieu. Le positif dans tout ça c'est que nous ne sommes malgré tout pas dupe et nous nous rendons compte assez rapidement des choses qui disparaissent inopportunément. Ce phénomène fait partie de leur problématique et nous pouvons travailler sur cela. Je pense que c'est le bon lieu pour le faire les jeunes doivent régler ce problème dans leur comportement ici pour ne pas avoir de problème à l'extérieur. Même si les punitions peuvent vous paraitre sévères, il en serait autrement au dehors de la fondation. En effet, nous avons entendu parler d'un jeune qui avait pénétré dans le champ d'à coté pour cueillir des mangues. L'ouvrier qui travaillait dans le champ l'a intercepté et l'a « corrigé mal ». Il voulait ensuite l'amener au commissariat mais les voisins alertés l'en ont empêché. Lorsqu'on sait qu'un vol d'une caisse de bières vides ici peut vous amener à faire deux ans de prison...


dimanche 13 septembre 2009 :

Lorsque les problèmes ne sont pas les vols, c'est autre chose. Ainsi, en début de semaine, le deuxième jeune a exhibé à tout le monde son nouveau portable semblant neuf. Lorsque nous nous sommes rendu compte de quel type de portable il s'agissait, on a halluciné. En effet, il avait le portable dernier cri, avec toutes les options possibles et imaginables. Nous nous sommes bien sur inquiétiez de savoir combien coutait ce petit bijou et de savoir aussi où se l'était il procuré. Il nous a dit qu'il coutait 150 000 Francs CFA, soit plus que mon salaire d'un mois !... Il nous a aussi juré qu'il se l'était procuré dans un magasin de portable sur Douala. Comment un jeune de la fondation Béthanie peut il accéder à un tel objet alors qu'aucun professionnel de l'équipe ne pourrait se le payer, même le directeur ?... Nous l'avons questionné pour savoir d'où venait cette somme d'argent qu'il avait donné pour acquérir ce portable. Il n'a pas voulu nous répondre malgré notre insistance. Deux version est alors plausible : soit, comme il nous a dit, il l'a acheté dans un magasin. Mais d'où vient l'argent ? Soit il l'a eu par des réseaux souterrains délictuels. Dans les deux cas, cette situation nous inquiète car ce genre d'histoire nous dévoile qu'il n'a pas fait le deuil de ses anciennes relations. Rappelons que ce jeune a fait la prison à Douala et qu'il a été incarcéré pour vol de ferraille dans un chantier. S'il a réussi à avoir l'argent comme il le prétend, il l'a forcément fait d'une manière délictuelle car il n'a pas pu obtenir cette somme de 150 000 Francs CFA en travaillant deux jours par semaine pendant le weekend. Il l'a surement du l'avoir en l'achetant à un de ses amis qui a du le récupérer comme on dit « tombé du camion »... Bref, nous l'avons sommé de nous donner ce portable pour qu'on vérifie sa provenance et sinon savoir comment il a fait pour se procurer les 150 000 Francs CFA utiles à un tel achat. Ce jeune a radicalement refusé tout ce qu'on lui donnait comme ordre. Nous ne pouvions pas utiliser la violence pour l'obliger à nous obéir. J'ai donc décidé qu'il s'installe sur un banc toute l'après midi jusqu'à ce qu'il nous le remette. Peine perdu, il est resté là et s'en est suivi une guerre psychologique entre lui et moi. Le jeune partait toutes les 5 minutes prétextant qu'il devait aller aux toilettes. Il n'a pas respecté mes ordres et ma « punition ». Excédé comme je l'étais nous nous en sommes presque venus aux mains. Dans une colère noire j'ai donc décidé de le renvoyer pendant une semaine. Cet épisode a été la goutte qui a fait le vase. En effet, depuis quelques semaines, ce jeune nous montrait constamment de la rébellion, surtout devant les autres. Comme je vous l'ai dit plus haut les jeunes cherchent un leader et c'est celui qui aura la plus forte tete, qui se démarquera des autres. Ceci est bien dommage pour lui car nous lui avions proposé un apprentissage, souvenez vous. Le fait qu'il mette à son actif autant d'actes, en si peu de temps nous fait prendre conscience que c'est un jeune qui n'a pas encore compris ce qu'on veut lui apporter ici et qu'il doit changer de comportement s'il veut changer de vie. En acquérant un portable de 150 000, en étant en rébellion permanente face au personnel de la fondation, en volant son directeur, en volant des DVD de la fondation, alors même qu'il est sur le point de rentrer en apprentissage nous fait poser la question de savoir ce que veut vraiment ce jeune. Là, il est à un carrefour décisif dans sa vie où il a la possibilité de s'en sortir ou de décider de rester dans ce qu'il a connu auparavant et qui l'a amené en prison...

Tout au long de ma prise de tête avec lui, le premier jeune se délectait de voir mes, nos difficultés et entretenait même la zizanie entre nous deux. Au final, quand je me suis vraiment mis en colère et que j'ai viré son acolyte, il a tout fait pour qu'une telle chose n'arrive pas. Après le départ de son camarade, il m'a reproché mon geste et s'en est très vite pris à la maitresse de maison pour une histoire de pierre à écraser le piment qui lui avait donné. Elle lui avait promis de lui donner 250 Francs CFA en échange... Etait ce un prétexte pour se venger de l'exclusion de son « frère » ?... En tout cas, il s'est arrangé les deux jours suivants pour nous faire sortir de nos gonds très régulièrement. Deux jours après l'exclusion de son ami, il a profité du déjeuner pour encore nous énerver, surtout moi. Il voulait garder le reste de son repas qu'il n'avait pas mangé pour pouvoir s'attabler dans l'après midi. Or, nous avons prévu des moments bien précis pour se mettre à table : c'est-à-dire : à 6 heures au lever, à midi et à 19 heures. Ceci, pour apprendre aux jeunes à avoir un certain rythme de vie. Devant notre refus de l'autoriser à garder ce repas, il a continué à manger grain de riz par grain de riz, par pur provocation et pour échapper au travail qui l'attendait (vu qu'il était puni comme les autres pour le vol de la peinture)... Je me suis levé en lui demandant de me remettre l'assiette ce qu'il a refusé. Ensuite, quelques secondes après, il s'est levé de table pour garder ce repas dans le dortoir ce qui est totalement interdit. Je l'ai donc arrêté pour qu'il me remette le plat ce qu'il a refusé une fois de plus. Il a fallu pratiquement en venir aux mains pour, en fin de compte que le plat se retrouve à terre... Devant cette rébellion et cette provocation à peine cachée, j'ai encore une fois pris « le taureau par les cornes » et décidé de l'exclure comme son camarade pendant une semaine. Le lendemain après midi suivant, je me suis rendu avec les jeunes au terrain de foot pour disputer une partie avec les jeunes du quartier comme nous le faisons tout les mardis et les jeudis. Le jeune que j'avais exclu la veille était là pour jouer. Bien sur, je ne pouvais pas lui dire de partir vu que c'est un terrain public où tout le monde peut jouer. Malheureusement, je me suis retrouvé dans l'équipe opposée. Il m'a tenu à la culotte tout le long de la partie. Chaque ballon qui m'a été donné de jouer, je l'ai retrouvé sur mon chemin. Inutile de vous dire qu'il n'y a pas été de main morte. C'est ainsi que j'ai subi des agressions perpétuelles de sa part. A un tel point que j'étais prêt à me battre sur le terrain avec lui et que les gars du quartier, à chaque agression étaient sur lui, le menaçant de lui tomber dessus et qu'il ne finirait pas le match sur ses deux jambes... Là j'étais vraiment excédé, heureusement, il me reste un peu d'endurance, je l'ai donc baladé sur tout le terrain. Quand il en a eu barre, et qu'il ne pouvait plus me suivre, il a décidé de rester dans une partie du terrain mais a quand même réussi à m'agresser une ou deux fois de plus, ce qui n'a apaisé les tensions. J'étais tellement en rogne qu'il a fallu que je quitte le jeu pour me calmer sinon, je ne sais pas ce qu'il ses serait passé. En revenant à la fondation, un jeune m'a raconté qu'il l'avait prévenu avant la match qu'il allait être sur moi pendant tout le match et qu'il « allait me casser les pieds », ce qui veut dire ici qu'il était là pour m'agresser... Son acte était prémédité et il a pris le prétexte du football pour régler les affaires personnelles qu'il avait avec moi. Le lendemain du match, je suis allé voir son oncle, qui est son tuteur, pour lui expliquer toute l'histoire. Il m'a dit qu'il n'était pas surpris par ces gestes. Ce jeune a vécu dans un milieu très défavorisé. Son feu père avaient le même comportement. Le père comme le fils était et est très intelligents. Malheureusement, son père utilisait cette intelligence pour du négatif, ce qui fait qu'il avait plein de problèmes où que ce soit, hormis dans son travail. Le fils aujourd'hui suit la même voix. Il m'a révélé aussi que ce jeune était en quelque sorte « un enfant roi », il sait que chez lui, sa belle mère ne le laisserait pas mourir de faim. Il sait aussi qu'il peut venir chez son oncle s'il n'a rien à manger, il y a aussi son autre oncle qui habite juste à coté de chez lui où il peut venir quand il le veut... Il habite dans la maison de son père où il se conduit en maitre de maison, il sait qu'un jour ou l'autre, il récupérera cette habitation. Son père a cotisé pendant toute sa vie professionnelle à la CNPS, sorte de sécurité sociale à la camerounaise, normalement, d'ici décembre, il devrait toucher une pension. . Toutes ses informations nous font penser qu'il réussisse ou pas ici, ce n'est de toute façon pas son problème puisqu'il sait qu'il aura d'une manière ou d'une autre les moyens de satisfaire ses besoins... C'est son oncle qui a fait les papiers pour qu'il touche la pension. La CNPS lui a demandé une attestation comme quoi le jeune fréquente un établissement scolaire ou un centre de formation. Nous avons eu en effet une visite d'une assistante sociale de cette institution qui voulait vérifier si le jeune était bien accueilli dans notre centre. Ce que le jeune n'a pas prévu c'est que s'il se fait exclure définitivement de la fondation, il n'aurait pas droit à la pension CNPS étant donné qu'ils demandent que le bénéficiaire soit mineur et fréquente un établissement scolaire ou un centre de formation... Autant dire que sa situation est précaire car c'est la deuxième exclusion temporaire et qu'à la prochaine, c'est un renvoi définitif et automatique que je signerai...


Sinon, nous avons reçu enfin un cinquième jeune au sein de la fondation Béthanie. Il vient de la prison d'Edéa. Il a été incarcéré pour complicité de vol. Sa mère est institutrice et, n'ayant pas de père, son tuteur fait aussi office de professeur dans le même établissement que sa mère. Malgré l'emploi de ses parents, il a abandonné l'école par commodité personnel. C'est dommage car il suivait une formation en électronique et était en dernière année. En effet, il voulu suivre l'école de la débrouille avec ses fréquentations plus que douteuses plutôt que de suivre les dures lois des bans d'école... D'ailleurs, son tuteur l'avait renvoyé de chez lui et le jeune homme dormait sous la terrasse de sa maison. Seulement, sa mère ayant pitié de sa progéniture, le faisait rentrer pour qu'il dorme au salon... Je disais donc qu'il a été condamné à six mois de prison pour complicité de vol. En effet, un jour qu'il rentrait tard le soir, des voisins l'ont arrêté et conduit au poste de police car le vol d'une télévision avait été commis. Un de ses amis a été arrêté avec lui. Le jeune a accusé d'abord son collègue prétendant qu'il n'y était pour rien dans cette histoire. L'autre l'a alors menacé gravement ce qui lui a fait changer d'avis et il a avoué le délit qu'il n'avait pas commis... Son projet n'est pas encore tout à fait arrêté car il voudrait être mécanicien ou conducteur, comme le font beaucoup.


Lundi 14 septembre 2009 :

Je ne vous ai pas dit mais mes s½urs sont passées me visiter. Cela m'a fait le plus grand bien de les voir. Elles ont pu me raconter ce qui leur étaient arrivées depuis mon départ et j'ai pu, par leur intermédiaire être au courant de tout les petits potins de la famille. Pour moi, c'est important d'avoir ce genre de visites car cela me permet de toujours être au fait de ce qui se passe parmi les miens. J'ai cette chance que mes parents et mes s½urs soient des voyageurs et qu'ils aient consacré du temps et de l'argent pour venir voir leur fils, leur frère. C'est une chance car je me rends compte que peu de volontaires ont ce luxe de pouvoir accueillir leurs proches dans leurs lieux de missions respectifs. Au-delà du plaisir d'avoir un peu des nouvelles de France, il y a aussi la possibilité que mes proches puissent connaitre ce que je fais ici, quels sont les gens que je côtoie tout les jours, les lieux que je fréquente... Cela leur permet de se rendre compte plus concrètement de ce que je vis ici. Ils peuvent se rendre compte de leurs propres yeux les difficultés, les bonheurs que je peux vivre ici. Ceci est, je pense très important pour eux, mais aussi primordiale pour moi. Leur faire partager un peu de ce que je vis ici est un vrai objectif pour moi.


J'ai fait le choix de ne pas repartir du tout chez moi pendant les deux ans que je vais faire ici. Beaucoup de volontaires reviennent souvent en France pour recharger les batteries. Certains m'ont dit que c'était très difficile. Ce sont deux mondes qui nous différencient. Lorsque l'on revient en France, il faut se réadapter à la vie française, à quoi cela sert si on sait que l'on est chez soi pendant un mois voire deux ? Il y a aussi l'accueil des gens que l'on connait qui sont plus ou moins intéressés par ce que l'on vit dans nos pays de mission. Les deux volontaires de Pouma m'ont dit qu'à leur retour en France ils n'avaient pas trouvé énormément d'interlocuteurs prêts à les écouter et intéressés par leur expérience. En effet, le monde continue de tourner en notre absence, les amis, la famille ne nous attendent pas pour continuer leur vie. Ils ont d'autres genres de préoccupations que de connaitre la situation des prisonniers au Cameroun ou du système scolaire de Madagascar ou encore de l'approvisionnement en eau potable au Tchad... C'est pour cela que c'est important que mes parents et mes s½urs viennent me voir pour se rendre compte de l'environnement dans lequel j'évolue et aussi ce que je suis en train de vivre. Je sais qu'à mon retour je pourrai compter sur eux pour être des interlocuteurs privilégiés. Les mails, le blog est important mais je pense qu'il faut aussi se déplacer pour connaitre la réalité des choses. Le sentiment d'abondance des volontaires qui reviennent en France pendant leurs vacances leur fait mal au c½ur. Dans la plupart des pays où nous sommes affectés, la plupart des populations n'ont pas de quoi subvenir à leur besoin. Pour ma part, je pense qu'il serait mal venu de repartir en France pour les vacances à causes toutes ses raisons. Peut être aussi que je ne voudrai pas revenir ici finir ma mission, elle est tellement dure. Et puis je n'ai pas beaucoup de vacances non plus. Je préfère les consacrer pour visiter le pays. Revenir en France est très onéreux quand on prend en compte las faibles indemnités que nous octroie nos différents lieux de missions. Il faut bien payer le billet d'avion...Quand je repartirai en France se sera un retour, ou un départ, définitif. Si je n'ai pas épuisé toutes mes vacances je reviendrai avant pour le plus grand plaisir de chacun de vous je l'espère.


Mes s½urs ont donc vécu avec moi pendant près de trois semaines. Elles ont pu vivre ce que je vis depuis un an que je suis ici. Elles ont surtout découvert mon travail et les difficultés que j'avais vis-à-vis des rapports que j'entretiens avec l'ensemble du conseil d'administration et surtout avec la s½ur. Elles ont vu la difficulté de travailler tout les jours avec la population que je prends en charge dans le centre, d'ailleurs nous avons eu le plaisir de travailler ensemble. Elles étaient très investies dans l'instruction, nous avons aussi été plusieurs fois en prison pour qu'elles découvrent le travail que je fais dans cette institution et puis elles ont partagé un brin de vie avec les jeunes, ce qui était une grande expérience tant pour elles que pour eux. Elles ont vu combien c'était difficile d'entretenir des rapports privilégiés avec les camerounais. Elles ont pu appréhender les difficultés de faire la distinction entre ma vie personnelle et professionnelle étant donné que « je vis dans mon travail »... Elles m'ont félicité du travail que je peux effectuer tout les jours ici, sans jamais baisser les bras. Elles ont admiré le courage que j'avais de faire ce que je fais, avec toutes les difficultés que je vous ai décrites tout au long de mon récit. Je pense qu'elles pourront réagir dans les commentaires si j'ai omis de vous dire quelque chose.

Nous devions voyager. Elles étaient venues pour 5 semaines. Malheureusement, ma plus petite s½ur, Mélisande est tombée malade, de la maladie qui est un fléau ici en Afrique : le palu ! Et oui encore lui... Heureusement, elle connaissait bien cette maladie car elle n'est pas vraiment veinarde avec elle. C'était son quatrième voyage en Afrique, et elle l'a eu trois fois ! Du coup, elle s'est très vite rendu compte de ce qui lui arrivait. Nous avons donc pu effectuer les démarches rapidement pour combattre la maladie. Très vite, nous avons pris la décision ensemble qu'elle devait se faire rapatrier. En effet, le docteur qu'elle a vu n'avait pas jugé bon de l'hospitaliser. La fondation Béthanie, avec toute l'énergie des jeunes n'était pas vraiment le meilleur endroit pour une guérison digne de ce nom, surtout avec cette maladie. Nous avons donc préféré qu'elle rentre en France, qu'elle se fasse dorloter par la maman et qu'elle retrouve l'environnement qui est le sien... Solenne, a préféré repartir avec elle pour l'accompagner et prendre bien soin d'elle pendant le transport. Je les ai donc accompagnés à l'aéroport. Leur dernier mot a été de me dire qu'elles me trouvaient fatigué et qu'il fallait que je prenne soin de moi. Nous avons donc fait trois semaines ensemble au lieu de cinq initialement prévues à cause de cette satanée maladie !


Le départ de mes s½urs m'a laissé un peu un sentiment de perplexité, de frustration. Leurs dernières paroles m'ont fait réfléchir. En effet, il était grand temps que je me repose un peu, que je prenne du recul par rapport à tout ce que j'ai vécu depuis un an. C'est vrai que j'étais à bout physiquement et psychologiquement. Je n'avais pas pris de vacances depuis que j'étais arrivé (mis à part deux jours quand mes parents sont venus me visiter). Il me fallait un nouveau départ. Heureusement, deux semaines après leur rapatriement, nous avons fermé le centre pour une semaine. Les jeunes ont ainsi pu prendre des vacances et le personnel a pu faire un break. Cette semaine a été profitable à tout le monde. La structure avait besoin de ce temps de repos pour repartir sur de bonnes bases. Pour ma part, je n'ai toujours pas pris de vacances. Cette semaine sans les jeunes m'a été grandement profitable. J'ai pu faire tout ce que je n'avais pas eu le temps de faire quand les jeunes sont là mais cette semaine m'a surtout permise de me reposer. J'ai dormi à peu près 15 heures par jour ! J'ai pu aussi prendre du temps pour moi et de faire un petit bilan du temps écoulé depuis mon arrivée.

En effet, me voici à la moitié de mon voyage, cela fait un an que je suis ici et il me reste la même durée pour vous serrer dans mes bras, pour revoir mon pays et tous les êtres qui me sont chers. Depuis que je suis arrivé, je porte un peu tout sur mes frêles épaules, et c'est éprouvant au niveau du physique comme au niveau moral. Il faut que je prenne du temps pour moi. En même temps c'est difficile, quand on vit 7 jours sur 7 sur son lieu de travail... Mais c'est ainsi. La fonction de direction est un rôle très complexe et très exigeant, je dois être sur tous les fronts en même temps. Comme je l'ai dit avant, je suis entre les jeunes, les membres de l'équipe, le conseil d'administration, le financeur et l'environnement autour de la structure. Cela demande beaucoup de disponibilité et de clairvoyance. Je suis toujours en équilibre instable entre tous ses protagonistes qui n'ont pas forcément les mêmes objectifs et la même vision de la fondation. En plus de cela, je dois aussi jouer un rôle éducatif car je m'efforce de toujours passer du temps avec les jeunes, c'est ce pour quoi je suis venu ici et ça je ne pourrai pas faire sans. C'est moi également qui fait toutes les démarches concernant les « recrutements » des jeunes. Autant dire que c'est un boulot de dingue que j'abats tout les jours, tout les mois, tout au long de l'année.

Mis à part l'équipe que j'ai autour de moi, je suis un peu seul et je ne reçois quasiment aucune aide de l'extérieur. Je suis déçu de voir combien les membres du conseil d'administration ne sont pas investis dans le projet. Nous avons formé un conseil de sages et de notables de la ville qui donne des réunions de conseil très intéressante. En même temps, j'ai l'impression qu'ils ne peuvent pas s'investir au quotidien, ou tout du moins assez régulièrement dans la fondation Béthanie. Je leur demande juste d'être un peu plus concernés par le projet, plus qu'exclusivement pendant les réunions trimestrielles. Par exemple, pour qu'ils aient une petite visibilité de notre travail, je les ai invité à venir manger un midi chacun son tour. Personne n'est venu depuis mis à part mon ami docteur et le président. Par contre nous avons toujours la visite de la s½ur qui vient une fois par semaine, mais ce n'est que pour manger... Vous êtes au courant des problèmes internes qui a émaillé tout le long de mon année passé ici. Il y avait de gros problèmes avec la s½ur qui ont été en partie résolus avec l'élection d'un nouveau président. J'ai su faire mon mea culpa pour améliorer nos relations. Je la trouve aussi plus sereine, plus tranquille depuis qu'elle n'est plus présidente. En même temps, comme vous l'avez vu, ce nouveau président n'est pas du tout investi et concerné par la fondation... Moi ce que je demandais, et notamment au financeur, c'est qu'ils trouvent quelqu'un qui puisse m'épauler, m'être de bons conseils et être assez présents pour être au fait des évolutions de notre structure, peut être pas au niveau hebdomadaire, mais au moins au niveau mensuel. Tel n'est pas le cas et ce n'est pas normal. Pour l'instant j'attends qu'il me contacte, apparemment il voudrait faire prochainement une réunion. Mais sur quoi vu qu'il n'est au courant de rien ?... J'en parlais à l'éducateur qui me disait qu'ici, tel était le cas, c'était les hommes du terrain qui devaient se démmerder seuls pour faire émerger une structure comme celle que l'on essai de mettre en place. Lorsqu'un président d'une association est le fondateur, celui-ci était très investi. Malheureusement, ici on a bien vu que l'investissement de la s½ur ne servait pas à grand-chose sinon de faire perdre de l'énergie inutilement et de faire reculer le projet de la fondation. Comme vous avez vu dans cet article, le financeur me met de plus en plus la pression pour avoir des résultats. Nous payons les peaux cassés de l'appétit de certains acteurs qui sont intervenus pendant la construction de l'établissement. Certaines erreurs stratégiques et l'appétit de ces gourmands ont retardé l'avancée de la fondation Béthanie. En effet, comme je viens de le dire, beaucoup se sont engraissés grâce à notre structure. Tous ces paramètres font qu'aujourd'hui nous sommes étranglés par le temps et les moyens qui vont en se décroissant, le financeur a de plus en plus de mal à trouver des fonds, les donateurs se sont petit à petit échappés étant donné qu'ils ne voyaient pas le projet de la fondation avancer. En tant que directeur, je dois prendre en compte ces difficultés et faire en sorte qu'à mon départ, la fondation soit bien mise en place et puisse continuer à vivre.


J'ai du faire face à tant de difficultés cette première année. Notamment celle de s'intégrer dans le paysage de la ville, celle de rentrer au sein de la prison et d'être accepté par tous ses acteurs internes ce qui n'a pas été chose facile. Avec le fléau de la corruption endémique que nous connaissons dans ce pays, il y a de quoi faire pleurer, et la prison en est un « brillant » exemple. Je n'ai pas été épargné par ce phénomène mais j'ai quand même su ne pas répondre aux sirènes de la facilité. Cela m'a attiré des ennuis, ou tout du moins fait perdre énormément de temps. Telle est la difficulté d'un étranger, venu d'un autre continent, avec d'autres m½urs, qui arrive pour travailler dans ce pays. Il faut prendre en compte les aspects culturels de l'environnement dans lequel nous évoluons. Comment avancer en faisant avec tous ses aspects sans se perdre de vue, sans bouleverser notre éthique personnelle ? Trouver un équilibre est une prouesse. Ça me fait toujours penser à l'équilibriste qui est sur son fil, il doit prendre en compte cette difficulté tout en ayant en tête les figures qu'il doit effectuer, et sans tomber !... La corruption fait partie de cette problématique. Il faut bien faire avec, chose que j'ai toujours refusé. Finalement avec de la patience, du bagout, de la persévérance, souvent de l'humour mais aussi de la fermeté lorsque c'est nécessaire, on arrive toujours à ses fins. La corruption est révélatrice d'un certain état d'esprit que j'ai remarqué ici. Les gens (pas tous à de rares exceptions prêt) sont arrivistes ! Je pensais arriver dans un pays où la solidarité est de mise. Je me suis trompé. Personne ne fait rien pour rien. Pour moi c'est usant et m'entretien dans ma solitude à mettre en place une telle structure. Personne ne nous aide (comme je l'ai dit à de rares exceptions prêt). Nous sommes arrivés, les allemands puis les français pour imposer notre mode de vie à ces populations. Finalement, je me rends compte qu'ils ont pris le pouvoir de l'argent, le système capitaliste à leur propre compte. Ce qui est malheureux c'est qu'aujourd'hui, pour la fondation mais aussi pour tout le secteur social, l'argent vient exclusivement du monde occidental. Comment faire autrement ? L'Etat est inexistant, les élites politiques se versent bien copieusement dans les finances publiques et les entreprises locales ont « d'autres chats à fouetter »... D'un autre coté, c'est vrai que je ne connais pas de multinationales africaines. Nous exploitons toutes les ressources de l'Afrique à nos propres profits et nous arrosons bien copieusement les leaders pour qu'il en soit ainsi pendant encore longtemps... C'est le poisson qui se mord la queue ! Quelles sont les solutions, les réponses pour régler ses soucis ? Je pense que le salut ne viendra que de la société civile comme toujours. C'est aussi pour cela que je suis ici. Des initiatives comme celles de la fondation j'espère aux camerounais de prendre conscience de certains phénomènes de société qu'ils peuvent résoudre. Le tout c'est d'avoir des relais sur le terrain et vu ce que je vous ai dit, c'est très dur. L'arrivisme des autochtones ne les feront bouger que s'ils voient que c'est un établissement qui marche et où ils peuvent y gagner quelque chose, ce ne sera pas par convictions... Comment parler de développement dans une telle situation ? Le sort de l'Afrique, du Cameroun doit tous nous préoccuper mais il faut aussi que les africains trouvent eux même les solutions pour se sortir des problèmes qui les enlisent depuis trop longtemps. Ceci ne viendra que d'une prise de conscience collective.


Au Cameroun, l'esprit de citoyenneté n'existe pas, les gens ne s'intéressent pour ainsi dire exclusivement qu'à leur propre existence, leurs intérêts personnels. Ceci est alarmant, je sais chez nous, les gens sont à peu près dans la même veine. Seulement, l'Etat est fort et réalise bien des choses. Il joue sa fonction régalienne. Ici ce n'est pas le cas. Prenons l'exemple des routes. Mis à part les quelques grands axes reliant les principales villes, l'état de ces routes est déplorables. A tel point que certaines régions sont carrément coupés des autres car la population n'a pas la possibilité de se déplacer. Les gens vivent donc en vase clos !... Dans certains quartiers d'Edéa, les routes sont impraticables. Tout le monde trouve ça intolérable et ce sont les réparateurs de voitures et de motos qui en profitent bien. Seulement personne n'est prêt à prendre sa pioche et sa pelle pour boucher les trous devant chez soi. Avec un peu solidarité on arrive à tout, et si les voisins d'une même rue prenaient tous une journée pour travailler main dans la main, les rues et les routes changeraient de visage. Non, c'est à l'Etat ou la commune de faire ça, mais puisqu'ils ne font rien, personne ne bouge... Tel est le cas pour tout, c'est désolant, c'est éc½urant et très fatiguant quand on n'est pas dans cette état d'esprit. L'exemple de notre structure est aussi un bel exemple. Nous avons un rôle qui normalement est destiné à l'Etat. Mais il ne faut pas compter sur lui, nous n'aurons jamais rien de sa part. Il faut faire bouger les consciences mais c'est très difficile ! Les gens comme je l'ai dit ne se bougeront pas, à de très rares exceptions prêt...


Tout ce que je vous décris là sont des constats négatifs que j'ai pu faire. Je savais en arrivant ici que cela n'a pas être facile mais je ne savais pas que ça allait être aussi difficile. En même temps, quand je me mets dans le contexte de l'année dernière à mon arrivée, je me dis que j'ai travaillé d'arrache pied, comme jamais, mais au final, mon travail a payé. En effet, lorsque je suis arrivé, il n'y avait que des murs, les travaux n'étaient pas encore terminés. La fondation Béthanie était livrée à elle-même. Il n'y avait que la s½ur et le directeur de l'hôtel, qui m'a accueilli, qui étaient investis dans le projet. Projet, utopiste de la s½ur, qui n'était même pas couché sur papier. Il a fallu que je le rende un peu plus réaliste et que je mette sur pied une véritable prise en charge éducative qui soit aidante pour les jeunes sortants de prison, notre population cible. Les débuts ont été très difficiles, je n'ai reçu aucune aide de la part de la s½ur pour identifier les acteurs dont je pouvais l'appuyer pour commencer à travailler. Pourtant, c'est elle qui aurait du être ma personne ressource pour m'aider à mettre en place mon travail. Imaginez, vous êtes étranger, vous venez d'un autre continent, d'un autre monde pour mettre sur pied un tel projet... et vous êtes totalement seul ! Vous ne connaissez personne mis à part la s½ur qui vous met des bâtons dans la roue... Finalement, à force de courage, de motivation, de persévérance, j'ai pu rencontré les bonnes personnes, et petit à petit construire un réseau qui m'a servi à commencer un réel travail éducatif. J'ai pu m'entourer d'une équipe motivée, totalement investie dans le projet. J'ai pu mettre en place de réelles relations de confiance avec l'équipe de la prison et avoir le privilège de pouvoir travailler quand je le veux, comme je le veux dans cette institution. Enfin, la morte fondation Béthanie commence à vivre et nous avons aujourd'hui cinq jeunes dans nos murs. J'ai une grande partie du travail qui m'a été confié. Je suis déjà fier de moi. J'ai eu des résultats pour lesquels il a fallu me battre et ne pas me décourager. En fin de compte, j'arrive avec une année d'expérience à me dire qu'une bonne partie de la mission a été réalisé. Aujourd'hui, tout est sur pied. Pourtant, il me reste encore à trouver la force de continuer et améliorer ce qu'on a commencé déjà à initier. Il y a 5 jeunes mais nous avons une capacité d'accueil de 15 jeunes. C'est vrai que 5 jeunes pour un an de travail ce n'est pas cher payé, mais au fait il faut se dire que cela ne fait que 6 mois qu'on a accueilli notre premier jeune. Malgré toutes les difficultés que je vous ai décrites avec eux, ils avancent tous les jours. Tout ce qu'ils nous donnent à voir nous permet de travailler. Nous savons très bien que ces jeunes ne sont pas des anges, ils ont un lourd passif et sont passés par la prison ou étaient en risque d'être incarcérés. Ils ont tous grandi avec un manque de repère et surtout un manque d'autorité. Le fait qu'ils soient encadrés les gêne mais ils savent bien qu'ils en ont fort besoin. En 6 mois, nous les avons vus évolué mais ce n'est pas du jour au lendemain qu'on change un homme... Tout les lundis, je pense qu'un ou deux gars ne seront pas là car je sais combien être un jeune au sein de la fondation Béthanie est très difficile. Se lever à midi, travailler 7 heures par jour que ce soit dans le travail ou dans l'instruction, faire la lessive, le ménage, aller chercher de l'eau pour la collectivité, se faire réprimander et se faire punir à chaque fois que l'on fait une faute, n'est pas chose aisé pour un jeune qui n'a jamais fait ça et qui rêve de la vie facile. Pourtant, tout les jeunes sont au rendez vous tout les lundis à 8 heures, et même avant. Ça veut dire qu'ils trouvent un intérêt certain à être chez nous, ce qui est très bon signe pour eux. Ils savent qu'ils sont en train de changer et de se construire un avenir. Même s'ils ne le savent pas encore, je pense que la fondation Béthanie sera n'en point douter un lieu de référence dans leur vie. Le fait que je sois français, surtout blanc, leur apprend aussi à ne pas faire de référence et de comprendre aussi que ce qu'on peut leur montrer ou ce qu'ils peuvent penser sur l'Europe. Bref, nous leur offrons une vraie chance de pouvoir réussir leurs vies; à eux de la saisir !...


Comme vous l'avez vu, une première partie de ma mission a été réalisée : celle de la mise en place de l'ensemble de la prise en charge éducative. Maintenant, ce qui me reste à faire est un nouveau défi. Pour que la fondation Béthanie puisse vivre, il faut tout d'abord que je continue à accentuer mes efforts pour le recrutement des jeunes, afin que la fondation soit pleine à mon départ. Il me faut aussi, et ça ce n'est pas une mince affaire, trouver d'autres sources de financements que celles du financeur. En effet, comme vous avez du le pressentir, nous sommes en situation de dépendance total vis-à-vis de lui. Une des sources de financement que je dois mettre en place c'est de trouver des moyens pour que la fondation soit productrice. Nous sommes en train de réfléchir à des projets d'ateliers artisanaux que nous allons bientôt présenter au conseil d'administration. Nous avons déjà bien investi le champ qui nous apportera très bientôt une grosse partie de notre alimentation. Nous voulons aussi chercher les moyens d'avoir un atelier de soudure et de menuiserie. Tous ces projets auront un but formateur pour les jeunes mais nous pourrons aussi vendre notre production. Nous apporterons donc, par ce moyen une partie de notre budget de fonctionnement non négligeable. Une fois que nous aurons tout cela, nous pourrons démarcher des bailleurs de fonds qui, je pense seront intéressé par ces données. En effet, les ONG ou autres sont toujours plus enclin à donner de l'argent à une structure productrice. Pour l'instant, nous sommes consommateurs, bien que nous économisons énormément d'argent par ce que nous faisons avec les jeunes, par exemple, nous avons posé tout les fonds plafonds avec les jeunes. Tout ce travail nous a permis de ne pas payer un technicien qui nous aurait couté assez cher... Toutes ces recherches de financements ne sont pas, vous pouvez l'imaginer, ce que je préfère mais je suis bien obligé d'y penser pour que la fondation Béthanie survive à mon départ. Un gros défi donc me reste à relever, pour que dans quelques années je puisse revenir et que la fondation soit toujours là et bien là...


Pour ma part, malgré tout le travail, malgré toutes les difficultés, malgré les gros sacrifices que j'ai fait en me coupant pendant deux ans de mes proches, malgré avoir quitté un bon travail en France, je me dis que je ne perds vraiment pas mon temps ici. Mettre sur pied une telle structure, être à sa tête, travailler avec une telle population, dans un tel environnement est une formidable expérience professionnelle pour moi. Nul doute qu'elle me servira tout au long de ma carrière. En effet, j'ai l'impression d'apprendre tout les jours. Le documentaire de Pierre Carles sur Pierre Bourdieu est intitulé « la sociologie : un sport de combat », ici je pourrai reprendre cette expression à mon propre compte et dire : « éducateur spécialisé : un sport de combat »... C'est vrai que cette expérience m'apprend la patience, la persévérance et surtout à me battre tout les jours pour arriver à ce que le projet soit mis en place. Je me dis que quand je travaillerai en France, tout me semblera facile, au vu des difficultés auxquelles je fais face depuis que je suis ici. Il y a aussi le poste de directeur. Etre directeur, mettre en place une structure comme celle-ci, avec des sortants de prison est une opportunité rare que je n'aurai, je pense, jamais plus. Combien d'années à exercer mon métier en France pour avoir un poste comme celui là ? 5 ans 10 ans voire plus... Si un jour, je veux avoir des responsabilités dans mon pays, j'aurai déjà cette expérience à valoriser. J'aurai déjà eu l'expérience de diriger et mettre en place une structure ½uvrant dans l'action sociale. Peut être que certains se disent que je suis en train de perdre 2 ans de ma vie, je pense au contraire que je suis en train de gagner 10 voire 15 ans, au niveau professionnelle.


Au niveau personnel, comme vous le savez, j'avais rencontré une belle camerounaise. Cela n'a pas marché, celle-ci, comme beaucoup d'autres camerounais (et aussi camerounaises), était arriviste, voulait tout diriger et avait en tête des projets qui m'était étranger. De tout cela, je m'en suis rendu compte très longtemps après avoir commencé à lier une relation proche avec elle que je pensais honnête et sans arrière pensée ; malgré ce que de nombreuses personnes me disait. Malheureusement, je me suis trompé et j'étais aveuglé par des sentiments à son égard. Il faut dire aussi que le fait d'être avec elle me permettait d'effacer un peu ce sentiment de solitude dont chaque étranger, je pense, souffre étant seul et hors de chez soi. On a beau avoir des gens autour de nous, lier des amitiés, une relation intime nous permet de tromper ce sentiment de solitude. Il a donc fallu que je prenne conscience de tout ceci pour la quitter. Aujourd'hui, je me sens libéré de cette relation et prêt à continuer ma vie pendant l'année qu'il me reste au Cameroun. Je suis libéré et j'ai d'ailleurs repris des relations que j'avais mises de coté ou que j'avais négligées depuis que j'étais avec elle. En même temps, je n'ai qu'un objectif c'est continuer à travailler comme je le fais jusqu'à mon départ, c'est aussi la fondation Béthanie continue à ½uvrer comme elle le fait après mon départ. On dit souvent que voyager c'est rencontrer l'autre mais aussi se rencontrer soi même. Peut être que cette expérience est une façon pour moi de faire une introspection et de me tester. Nul doute que je suis en train d'apprendre qui je suis et aussi de connaitre qui je veux être et ce dont je suis capable...

# Posté le samedi 19 septembre 2009 06:16

héhé article 8



Dimanche 18 octobre 2009 :

Nous voici à un tournant de la fondation Béthanie, et de mon expérience dans ce beau pays du Cameroun. Aujourd'hui, on accueille sept jeunes et nous avons bien développé l'activité, en tout cas nous avons mis en place le travail éducatif pour lequel la fondation Béthanie est née. Cela ne fait que 5 mois que nous avons accueilli notre premier jeune et nous sommes déjà à 7 jeunes. Un autre devrait bientôt pointer le bout de son nez... Autant dire, que je suis assez optimiste par rapport au remplissage de la fondation. Cela est déjà une grosse épine dans le pied enlevée. En effet, nous avons été très longtemps sans avoir de jeunes dans nos murs. Les premiers ont été difficiles à accueillir compte tenu de pleins problèmes externes à la fondation. Tout d'abord comme je vous l'ai dit, il a fallu appréhender le système pénitencier, réussir à se construire des outils de travail dans la prison tout en évitant de succomber dans le système de corruption ce qui nous a fait perdre beaucoup de temps. Ensuite, il y a eu la résistance des jeunes rencontrés à la prison qui avaient du mal à sauter le pas pour intégrer la fondation Béthanie... Le fait que l'on ait accueilli déjà 7 jeunes nous permet aujourd'hui de plus facilement demander des aides et aussi de recruter des jeunes. En effet, beaucoup de jeunes se connaissent déjà quand ils arrivent chez nous et les autres ont donc plus de motivations à venir, voyant que d'autres ont déjà sauté le pas.

Aujourd'hui, la fondation a donc bien commencé son ½uvre. Malgré tout, comme vous le savez, et ceci est vrai pour toutes les jeunes associations qui voient le jour, particulièrement ici, l'avenir est toujours incertain. Certes, il y a des jeunes, et cela garantit au moins une visibilité du travail effectué pour les futures aides que nous allons demander aux bailleurs de fonds, qu'ils soient économiques ou associatifs. Seulement, je ne pense qu'à l'avenir. Oui, il y a des jeunes, oui nous effectuons un bon travail éducatif avec eux, ils évoluent positivement depuis qu'ils sont là. Seulement à quoi servirait tout ce travail et tous les efforts que j'ai fait depuis que je suis ici si on mettait la clé sous la porte au départ du financeur. Cette question est cruciale pour le devenir de la fondation. J'y pense chaque jour et j'y travaille. En ce moment, j'ai plusieurs projets que je mène de front.

Il y a tout d'abord la mise en place d'ateliers techniques et artisanaux pour le centre. En effet, je pense que le meilleur moyen de se sortir de nos problèmes actuels de pérennisation de la structure c'est de se prendre la main et essayer de trouver les moyens de vivre par nous même. Comme dit l'expression malienne « plutôt que de donner du poisson à ton fils, apprends lui à pécher... ». C'est exactement ce que je suis en train de mettre en place. Seulement, pour pêcher, il nous faut encore la pirogue et les filets... C'est pour cela que je suis en train de courir après les amis que l'on a ici et aussi ceux qui sont en France pour essayer de trouver les moyens financiers pour mettre en place ces ateliers. Je voudrais réaliser quatre ou cinq ateliers où les jeunes pourront travailler et aussi découvrir des métiers, faire leurs choix et acquérir une base pratique. Ces ateliers auront plusieurs buts : outre d'apporter une petite formation aux jeunes, nous pourrons également vendre le produit de nos productions. Les ateliers envisagés sont : la soudure, la vannerie, la menuiserie. Nous avons déjà un terrain d'un hectare que nous finirons prochainement de cultiver. Ce qui fait pour l'instant quatre ateliers en chantier. Ceci est un gros boulot car il faut se renseigner sur les équipements utiles pour commencer ces activités, connaitre le coût de l'investissement, savoir ce que nous pourrons faire et à combien nous pourrons vendre les produits ainsi produits... Ensuite il faut écrire les projets. Après tout ce travail, j'ai l'obligation de les présenter au conseil d'administration qui entérinera les projets. Je ne peux pas de mon propre chef décider d'un tel investissement sans l'accord de l'organe décisionnaire : c'est-à-dire le conseil d'administration. Le problème c'est que cela fait déjà plus d'un an que je suis ici et je sens aujourd'hui que les jours, les mois et les semaines sont comptés. Plus le temps avance et plus mon départ approche. Je compte bien malgré tout faire aboutir les objectifs que je me suis fixé, les projets que je suis en train de construire. Vous allez rigoler mais l'obstacle le plus difficile à surmonter est encore bel et bien un problème interne à la fondation Béthanie...

Comme je vous l'ai dit je ne peux pas avancer sans l'accord du conseil. Cela fait maintenant 4 mois que le financeur est reparti en France et nous ne nous sommes pas encore réunis. Pourtant, les projets sont prêts, il ne manque plus que l'accord du conseil pour commencer à mettre en place ces projets. Pour ma part, je veux que les décisions soient prises dans les plus brefs délais pour que j'aie le temps de mettre en place tout les projets que j'ai construit depuis ces trois derniers mois. Ces décisions ne m'appartiennent pas car je suis simplement le directeur et je me dois de suivre les directives du conseil... Il y a eu pourtant des tentatives de conseils mais qui n'ont abouti sur rien... Un exemple : un mercredi, alors que je revenais du sport avec les jeunes, en sueur, crasseux et pas dans un état présentable, surpris, je vois qu'un des membres du conseil est présent à la fondation. Je cause avec lui pendant 5 à 10 minutes quand je vois soudain un second membre qui arrive. Celui-ci me signale qu'il y a réunion du conseil ce soir ! Là, je tombe des nues car personne ne m'avait averti de la réunion du conseil. Je file prendre ma douche et me changer. Quand je reviens 5 minutes après, les deux membres me disent qu'ils s'en vont car le président n'est pas là et qu'une réunion du conseil n'est pas viable sans le président. Ils repartent mais je sens qu'ils sont énervés par cet épisode, et on le serait à moins. En effet, ces deux membres ont des entreprises respectives qui leur demandent beaucoup de temps et de travail. S'ils peuvent se libérer une soirée par ci par là, c'est exceptionnel et ils le font pour le bien de la fondation. Alors quand le président les convoque, (sans en avertir le directeur) ils font l'effort mais quand celui-ci n'est même pas là, ce n'est pas sérieux et ça énerve.

Une ou deux semaines après, le président m'appelle un dimanche matin pour me dire qu'il y aura conseil le jeudi prochain. Le jeudi du conseil, même il m'appelle le midi pour qu'on se voie. Je lui dis que je suis à la fondation et que je l'attends. Je pensais qu'il viendrait pour parler de la réunion qu'on allait avoir le soir même. Il arrive, et ho surprise, je le vois en compagnie d'un technicien spécialiste en eau et en forage. En fait, je l'avais déjà rencontré car il était venu visiter avec la s½ur. Il nous avait fait tout un baratin comme quoi l'eau que nous buvons n'est pas potable car elle est puisée par l'intermédiaire du puits. La fondation Béthanie avait investi dans un grand forage qui a couté fort cher pour avoir l'eau courante dans les bâtiments, en plus du puits. Or, hormis pour les élites du Cameroun, personne ici n'a accès à l'eau courante, surtout pas les jeunes que nous accueillons dans notre centre... Nous avons eu plein de problèmes avec ce forage car il n'a fonctionné en tout et pour tout que pendant deux mois à peine... Lorsque nous sommes tombés en panne, le financeur avait contacté l'entreprise qui avait installé le forage pour nous dépanner. Cette société avait déjà escroqué plusieurs fois la fondation, gonflant les prix, ne mettant que du matériel de mauvaise qualité pour qu'on ait enfin de l'eau... Les ouvriers étaient alors venus travailler chez nous mais avaient mis plus de trois mois pour réparer... Excédé, j'avais envoyé le patron sur les roses en disant que ce n'était pas normal comment il travaillait... 3 jours après nous nous sommes fait voler la pompe du forage qui nous avait couté fort cher. Dès lors, il nous fallait investir dans la réhabilitation du puits et dans l'achat d'une nouvelle pompe. Nous avons alors décidé de ne pas réinvestir dans quoique se soit. Un des jeunes va chercher l'eau au puits pour la collectivité tout les jours et ça nous suffit bien. Les bâtiments sont luxueux pour le Cameroun, si en plus nous devons encore fournir aux jeunes l'eau courante, alors qu'ils n'en ont pas l'habitude, ce n'est qu'un grand luxe... Le président a donc dit au technicien de lui faire un devis et lui transmettre. Pour ma part, je pense que ce n'est pas nécessaire, d'autant plus que nous avons besoin de nouveaux investissements pour des choses plus importantes et primordiale comme par exemple les ateliers. Je pense qu'il doit y avoir magouille dans cette histoire. Il est possible que la s½ur et que le président se soient associés pour avoir l'eau courante et que le technicien gonfle les prix de la réhabilitation pour que chacun touche sa part...

Bref, après cette entrevue, j'ai avisé le président de ce que je pensais de la nécessité de rétablir ce forage. Lui a compris mes arguments je pense, mais nous verrons bien la suite de cette affaire. La fameuse réunion du conseil que j'attendais tant n'a en fait pas eu lieu, j'ai travaillé deux jours pour préparer cette réunion pour rien ! Aucun membres du conseil ne sont venus ce qui montre le peu de considération qu'il montre vis-à-vis de ces réunions qui sont primordiales dans l'organisation de la fondation. Cet épisode m'a un peu fait perdre de l'énergie car je me demande, après moins d'un an de conseil comment va survivre cet organe, le cerveau de Béthanie, dans le futur. Nous voyons bien le manque de motivation des membres du conseil à s'investir sérieusement dans la fondation Béthanie. Depuis que le financeur est parti en juillet nous n'avons eu aucune rencontre, alors que quand il est là, les membres s'empressent de se réunir pour montrer leur investissement... C'est donc lui qui a vraiment le pouvoir décisionnel, alors qu'il veut, et c'est bien normal que les camerounais se prennent en main, que les membres du conseil jouent vraiment leur rôle... Cela m'a renforcé dans mon sentiment de solitude...


mercredi 4 novembre 2009 :

Je ne vous ai pas raconté je pense « l'épisode de la palmeraie ». Ceci est une histoire digne d'un roman mais qui malheureusement illustre bien le Cameroun.

En 2005, bien avant que j'arrive au Cameroun, la SOCAPALM, une grosse entreprise a abandonné des terrains agricoles dans lesquels ils avaient planté des palmiers. En effet, ils sont une des richesses extraordinaires de cette région. Les paysages sont encore vierges et la forêt envahit la majorité du territoire. Seulement, nous pouvons de temps en temps voir émerger de la forêt des plantations de palmiers. Les gens récoltent des régimes de noix de palmes et s'en servent pour faire de l'huile ou encore préparer quelques mets traditionnels. Une partie de la production est destinée à l'Europe. Avec cela nous faisons tout genre de cosmétiques.

La SOCAPALM avait donc des palmeraies à coté d'Edéa, dans la brousse comme ils disent. Cette entreprise a décidé d'abandonner ces terrains et de les confier à l'Etat. Charge à lui de partager et de confier les terrains à des associations ou à des particuliers. Dans ce cadre, la fondation Béthanie, grâce à la s½ur et à ces nombreuses relations dans l'administration, s'est vue attribuée 15 hectares de palmeraie et 10 de terrain agricole en concession. Le financeur ainsi que le directeur de l'hôtel dans lequel j'ai vécu au début de mon séjour étaient enthousiastes vis-à-vis de ce projet. En effet, cette concession pouvait faire vivre le centre ainsi que financer les différents investissements. Dès lors, ils ont investi beaucoup dans cette activité. Malheureusement, la poule aux ½ufs d'or s'est trouvé être un gouffre financier... Ils ont perdu de l'argent, de l'énergie. Le financeur et le directeur de l'hôtel n'étaient pas d'accord sur la stratégie à avoir dans cette activité et se sont fortement confrontés à cause de cela. En effet, le financeur est à peine rentré dans ses fonds. La palmeraie a été alors abandonnée à la gestion du directeur de l'hôtel. Lui l'a géré quelques temps et s'est également retiré du projet, confiant tout les terrains à son chauffeur...

Quelques mois après, une sous préfecture a été crée dans le petit village à proximité de la palmeraie. Le sous préfet qui est arrivé a été nommé un peu par défaut car il n'avait jamais occupé une telle fonction. Il devait partir en retraite mais l'Etat ne pouvait pas lui payer sa pension. Il a donc été nommé pour qu'il puisse se faire de l'argent afin de préparer la fin de sa vie... Il ne connaissait pas non plus le pays car il est originaire de l'Est. Il n'est pas de l'ethnie locale. Lorsqu'il est arrivé, il a été surement très maladroit, montrant que c'était lui le patron. La diplomatie n'est pas sa première qualité et la population a tout fait dès lors pour lui mettre « des bâtons dans les roues ». Un jour même, son bureau a été saccagé, les malfaiteurs allant jusqu'à déféquer devant sa porte. Je vois déjà vos petits sourires se dessinaient sur vos visages, mais ici, c'est un acte très grave, de sorcellerie qui apportent la malchance et le mauvais sort à celui à qui l'on destine cet élégant présent. Le sous préfet, au lieu de comprendre qu'il fallait changer sa façon de travailler s'est retranché derrière sa fonction et son autoritarisme excessif...

Quel rapport entre cet épisode et la fondation Béthanie me diriez-vous ? Hé bien le sous préfet a décidé, de son propre chef, suite à cet épisode, de redistribuer l'ensemble des concessions des palmeraies, dont la notre ! Il a convoqué les principaux intéressés à une réunion pour redistribuer ces terres, sans nous en aviser. Nous n'étions pas à ce rendez vous et il a pu dès lors confier à d'autres nos concessions. Nous n'avons appris la nouvelle que quelques mois après.

Lorsque la s½ur a appris cela, elle a fait « des pieds et des mains » pour que l'on récupère ces terres, allant voir le préfet, supérieur hiérarchique du sous préfet. Je l'ai accompagné pour rendre visite au sous préfet qui nous avait dépossédé de ces terrains. La sous préfecture étant saccagée, nous nous sommes rendus directement chez lui. Son logement de fonction est impressionnant lorsque l'on rentre dans la propriété puisque c'est la maison d'un ancien ministre qui a du surement se servir de ses anciens réseaux pour ouvrir une sous préfecture dans ce bled. En fait, le sous préfet n'était pas hébergé dans la grande et belle maison mais dans une mansarde attenante qui devait surement servir de résidence au gardien. Quand on est arrivé, la s½ur m'a chargé d'aller au devant de lui et de l'annoncer. J'arrive donc et rencontre un petit monsieur tout rond, torse nu. Un peu hébété, je me présente, je lui dis que je suis avec la s½ur et que nous voudrions voir le sous préfet... Là, ce monsieur commence par me gronder en disant que je suis ici chez lui, qu'il ne reçoit pas ici, que ça ce sont bien les manières des blancs qui se croient chez eux et qui viennent directement chez les gens pour les déranger et que d'ailleurs il a déjà réglé l'histoire avec la s½ur au téléphone. Je comprends tout de suite que celui que je prenais peut être pour le domestique ou le gardien est en fait celui que je cherchais. L'image que je m'étais fait d'un sous préfet n'était certainement pas une espèce de gros tas, torse poil et portant un court short dégueulasse... Bref, je ne me démonte pas et lui dit l'objet de ma visite. Je lui déclare que je ne suis pas venu en ennemi, que nous avons besoin de lui parler avec courtoisie, qu'il ne doit pas s'en prendre à moi qui n'a fait qu'accompagner la s½ur qui est dans la voiture et à qui il devrait dire toutes ses belles choses directement. Surpris de ma réponse, je vois que j'ai réussi à l'amadouer et il accepte finalement de nous recevoir. Je vais donc cherché la s½ur en lui disant bien que ce monsieur n'a vraiment pas l'air commode mais qu'il daigne nous recevoir. Nous nous asseyons donc dans son modeste logis. Il commence par nous raconter tout ses déboires quant à son arrivée dans ce petit village. Il nous déclare aussi et surtout que nous ne pouvons rien faire pour récupérer nos concessions autant donné qu'elles ont été rétrocédées à d'autres personnes. La s½ur a réussi à lui donner les papiers qu'elle avait amenés pour prouver que nous avions payé toutes les charges imputables à l'exploitation de la palmeraie. Au final, même si le sous préfet refusait de les regarder au départ, il en prend bonne note et décide de les conserver. Il nous explique que nous ne pouvons pas récupérer les terres. En effet, à son arrivée, il s'est trouvé devant un grand problème. Les jeunes de son territoire étaient prêts à faire une émeute car il voyait que les « blancs » venaient exploiter leurs terres et qu'eux n'avaient pas de travail ni même rien à manger... Devant ce litige, il a décidé de répartir les hectares de palmeraies « plus équitablement ». Il aurait convié tout le monde à une réunion pour expliquer comment les choses allaient se passer. A cette réunion, nous n'y étions pas étant donnés que nous n'étions pas informés. Il déclare ensuite que si nous ne nous sommes pas rendus à cette réunion c'est que nous n'étions pas intéressés par ces terres... Il a donc pris le parti de les répartir comme il se doit à des associations ou à des particuliers plus investis dans ce sujet. Comment pouvions-nous être à une réunion où on ne nous a pas conviés et à laquelle nous ne soupçonnions même pas l'existence ?... Le sous préfet regarde enfin les papiers et nous dit que nous devons ramener un papier prouvant notre existence en tant qu'association. Quelques jours après donc nous nous rendons encore chez lui et obtenons une brève entrevue. Le sous préfet, lors de notre dernière visite nous avait promis de convoquer la commission chargée de vérifier la bonne gestion des concessions. La s½ur lui demande donc s'il l'a réuni. Qu'avait elle dit là ! Le sous préfet commence à l'insulter correctement en lui disant qu'il ne comprend pas comment les gens de Dieu peuvent se comporter comme cela. Il est excédé et on sent sa colère monter. La s½ur ne se démonte pas et l'écoute calmement déblatérer toutes ses allégations. Quand elle prend la parole, elle n'est pas moins violente que le sous préfet et sa colère commence à monter à pic. Elle s'acharne contre le sous préfet qui ne l'écoute même pas et je suis témoin d'un long monologue haineux comme elle en a souvent l'habitude. J'en ai souvent été victime mais je ne savais pas qu'elle pouvait tenir tête comme cela devant des gens de pouvoir comme lui. Il est quand même sous préfet... Bref, nous quittons la petite maison après que la s½ur ait calmé sa colère contre ce monsieur.
En fin de compte, nous avons quand même récupérer toutes nos concessions grâce aux relations personnelles que la s½ur entretient avec le préfet. Apparemment, le préfet l'aurait convoqué mais le sous préfet ne veut toujours rien savoir et rien n'écouter. Nous avons su peu après qu'il aurait touché des pots de vin généreux de la part des nouveaux concessionnaires pour que ceux-ci se voient attribuer des terrains. Le sous préfet aujourd'hui se trouve dans une impasse et veut noyer le poisson ne sachant comment faire. S'il nous avait en effet rétrocédé les concessions, il aurait été en dette vis-à-vis de ses « généreux donateurs »... Vous voyez bien, à travers cet exemple combien les palmeraies peuvent rapporter, sinon il n'y aurait pas ces batailles de chiffonniers pour récolter cette mine d'or. Cet épisode reflète bien aussi les m½urs et valeurs camerounaises où la corruption est la loi. Le sous préfet est arrivé sans le sous avec l'objectif de préparer sa retraite. Il a cherché dès lors à trouver tout les moyens mis à sa disposition pour gagner de l'argent. Le ministère en le mettant là savait bien qu'il pourrait s'enrichir assez facilement. L'histoire de cette palmeraie s'est trouvée sur son chemin et il en a profité pour ramasser le maximum de pots de vin que l'on pouvait lui donner... Ce qu'il n'avait pas prévu c'est qu'une petite s½ur, du haut de son mètre cinquante pouvait le menacer...Un tel épisode ne se serait jamais déroulé dans notre pays, le sous préfet aurait été démis des ses fonctions et même peut être mis en prison. Seulement voilà, je suis au Cameroun et ces histoires sont monnaie courante. Pour être à l'aise au Cameroun il y a deux façons : soit être un homme d'église ou un homme d'Etat, ou même un petit fonctionnaire. Le partage des richesses et les biens collectifs n'existent pas. Si l'Etat camerounais met sur la table 5 milliards de francs CFA pour construire un pont par exemple, la moitié, si ce n'est plus reviendra aux différents intermédiaires de l'administration... Le Cameroun est un pays riche, qui pourrait se développer facilement mais ce fléau est un vrai boulet qui annihile tout espoir de développement...



vendredi 27 novembre 2009:

Il est temps maintenant de vous parler un peu des jeunes, de vous parler de ce pour quoi je suis venu ici... Depuis la dernière fois que je vous ai envoyé un article sur ce blog, nous avons reçu deux autres jeunes ce qui fait que nous avions 7 jeunes. Les deux derniers ont des parcours de vie identiques. Ils ont été élevés par leurs deux parents et tout se passait pour le mieux. Le drame de leur vie a été que leurs deux parents sont décédés. Comme cela se passent tout le temps ici lorsque les deux parents meurent, leurs familles respectives les ont pris en charge. Le malheur pour eux c'est qu'ils se sont trouvés dans des familles déjà nombreuses et qu'il a été difficile de les nourrir et plus encore de les scolariser. C'est ainsi qu'ils se sont trouvés déscolariser et sans aucune solution de s'en sortir et de trouver des réponses pour qu'ils envisagent de créer leur avenir. Pas de moyens pour l'école, pas de moyens pour trouver un apprentissage... Ces jeunes se sont donc trouver sans aucune autres solutions que de faire des petits boulots pour survivre, et ce très jeune...

Nous avons donc reçu ces deux jeunes au sein de la fondation Béthanie pour qu'ils puissent trouver leur avenir. Le premier de ces deux jeunes qui est arrivé a été élevé dans le nord du Cameroun. Nous avons pu observer que ce jeune est extrêmement respectueux de l'autorité et de ses ainés. Je pense qu'il a reçu une éducation assez stricte et cela se ressent dans son comportement. C'est le jeune qui nous montre vraiment de l'enthousiaste et qui s'est bien rendu compte de la chance qu'il avait de se retrouver ici. Il le dit lui-même, il était dans une impasse et la fondation lui fait entrevoir un avenir plus serein avec la possibilité pour lui de se construire l'avenir qu'il s'est choisi. Malgré qu'il soit bien intégré dans le groupe, il identifie très rapidement les différentes choses négatives que peuvent faire les autres et qu'il évite très consciencieusement. Ce jeune est pour nous un très bon recrutement car il nous a montré que l'on pouvait trouver ce genre de profil, avec un très bon comportement, contrairement aux autres...

Pour l'autre jeune, c'est un peu plus compliqué. Lui s'est retrouvé vraiment dans une situation critique, puisqu'après la mort de ses parents, tous les enfants de la fratrie ont été confiés à la famille. Lui est resté seul avec son frère dans la maison familiale construite par ses parents (sorte de cabanes faites de bric et de broc, de planche et de morceaux de tôles...). Etonnant que ses frères et s½urs aient trouvés une deuxième famille, étonnant que la famille ait pu trouvé de quoi payer les études de son grand frère mais que lui se soit trouvé sans rien à faire de ses journées... Nous avons compris en vivant quelques semaines avec lui que ce jeune est insupportable et d'après ce qu'on sait, il trainerait dans son quartier à la recherche de quelques méfaits journaliers... D'après ce qu'il nous a dit, il a été accueilli par son grand père qui l'a chassé de chez lui seulement quelques semaines après qu'il se soit installé. Il nous a dit qu'il avait eu des problèmes avec la femme de son ailleul. Ce n'est pas étonnant quand on le voit qui rechigne à faire tout ce qu'on peut lui demander. Au niveau du travail, c'est un jeune que l'on doit surveiller constamment sinon il en profite pour se reposer prétextant que le travail est vraiment trop dur... C'est un peu négatif tout ce que je dis mais en même temps c'est aussi pour cela que nous avons mis en place un tel centre, les jeunes sont ici pour changer leur comportement, pour travailler sur leurs difficultés. Nous n'accueillons pas des anges...

Le 5 eme jeune que nous avons accueilli est un jeune sortant de prison d'Edéa. Il a été accusé de vol dans une sombre histoire de vol de télévision dans son quartier. Depuis quelques années avant cet évènement, ce jeune avait arrêté l'école volontairement et ne passait ses journées qu'à trainer avec ces copains à la recherche de quelques amusements un peu douteux. C'est lorsqu'un de ses amis a été arrêté par la police pour avoir volé un téléviseur chez un vieux du quartier qu'il a été accusé. Lui nous a déclaré que ce jeune l'avait accusé d'être complice dans cette histoire que les gens du quartier l'avait arrêté et emmené au commissariat. Là bas, son ami lui a fait pression pour qu'il déclare avoir été complice dans cette histoire. Bien sur, il nous a dit qu'il n'était en rien dans toute cette affaire... Nous l'avons accueilli il y a de cela 2 mois.

Très vite nous avons remarqué que ce jeune homme avait un problème de dépendance cannabique. Nous l'avons surpris plusieurs fois en train de fumer le chanvre indien au sein même de la fondation. Nous avons tout, nous avons fait de la prévention en lui signifiant les dangers de ce produit, que ce soit au niveau pénal comme au niveau sanitaire. En effet, cette drogue fait beaucoup de ravages ici. Les camerounais fume le cannabis pure, c'est-à-dire qu'il ne mélange pas avec le tabac comme c'est de coutume en France ou en Europe. Ceux qui sont des fumeurs réguliers deviennent de plus en plus dépendant de ce produit. Celui-ci a de graves conséquences mentales. C'est ainsi que l'on retrouve souvent d'anciens fumeurs de chanvre ici dans la rue. Ces personnes sont devenus folles et au bout d'un moment, ils deviennent des rebus de la société, chassés de leur famille ils n'ont pas de solution autre que de se retrouver dans la rue et de survivre de la manche. Au niveau légal, la consommation, la détention du cannabis est très sévèrement réprimée. Ainsi, beaucoup de jeunes se retrouvent en prison pour cela. Edéa est une exception au Cameroun car la consommation est tolérée ici. En effet, beaucoup d'habitants le savent, l'ancien procureur était le pire des consommateurs, il fumait même avec ses employés. Ce qui fait que la tolérance vis-à-vis de la consommation de cette drogue a perduré même après son départ. Bien sur, nous avons lourdement sanctionné le jeune de la fondation. Celui-ci a, je pense, compris les dangerosités de la consommation du chanvre indien, grâce notamment à notre travail avec sa famille. Finalement, nous avons remarqué qu'il ne fumait plus ou peut être encore qu'il se cache plus efficacement... Le jeune nous a déclaré qu'il avait commencé à fumer quand il était en prison. Beaucoup de détenus fument là bas car ils n'ont rien à faire de leur journée. Le fait de rester inactif a pour conséquence d'entrainer souvent des pensées qui reviennent sans cesse et qui, à force, deviennent obsessionnelles. La « seule » échappatoire à cette souffrance mentale est la consommation de cette drogue qui est monnaie courante au sein de la prison. C'est ainsi que beaucoup de jeunes lorsqu'ils sortent des barreaux continuent à fumer comme cela a été le cas pour ce jeune...

Cela ne fait que deux mois qu'il a intégré la fondation mais il nous a causé pas mal de problèmes ces derniers temps mis à part sa consommation de cannabis. Après une courte période où il observait tout ce qui se passait à la fondation, il a commencé à devenir de plus en plus rebelle. Nous avons réussi à le contrôler, jusqu'au jour où un des jeunes arrive dans mon bureau en me disant que les jeunes ont vu la maitresse de maison et le gardien de nuit avoir une relation à l'arrière du bâtiment. J'écoute mais dernièrement, j'écoute ce jeune e »t prend en entretien le gardien nuit le soir suivant. Lui m'explique que ce n'est pas vrai, que ce sont des fausses rumeurs. Je lui de m'attendre le lendemain et je prends en entretien le jeune qui m'a fait vent de cette histoire. Après une longue et fatigante enquête, nous découvrons qu'en fait les jeunes n'ont pas été directement témoin de la scène mais que celui dont je vous ai parlé ci-dessus a été le seul à voir les deux amoureux se bécoter derrière le bâtiment. Nous faisons venir le jeune en question et le confrontons aux témoignages de ses camarades. Lui ne connaissait rien et n'a jamais rien vu... Nous le confrontons donc à l'ensemble des jeunes et découvrons que tous ont la même version de l'histoire sauf lui. Ils n'ont pas été témoins des ébats amoureux décrits par eux même mais ils ont tous cru ce jeune qui disait avoir été témoin de cette scène. Malgré tout ce que pouvait dire les jeunes, le menteur n'a jamais pu avoué que c'était lui qui avait inventé ces fausses rumeurs. J'ai décidé de l'exclure pendant une semaine car ceci est un acte très grave d'autant plus que nous avons su qu'il avait fait pression à la maitresse de maison en la menaçant de tout me dévoiler si elle ne lui donné pas de menus monnaies... Attaquer la personne qui vient faire son travail est quelque chose qui touche fortement le professionnel qui est victime des fausses rumeurs. Tout ça pour faire chanter sa victime... J'ai réagi très vite et fermement à cet acte que je n'admets pas.

Samedi 5 décembre 2009 :

Le jeune a fait son sac et est sorti de la fondation. Au même moment, l'éducateur s'est rendu compte que deux dictionnaires avaient été volés. Il a fait forte pression sur les jeunes pour qu'enfin l'un des jeunes lui déclare qu'il avait entendu parler d'une drôle histoire. Le jeune qui a été exclu de la fondation quelques jours avant étant puni pendant que les autres se reposaient ou vaquer à leurs occupations pendant leurs temps libre. Il travaillait juste devant la fondation et il a vu débarquer un écolier du collège se trouvant juste à coté de chez nous. Ce dernier lui explique qu'il a été exclu du collège car il a fait l'école buissonnière. Le collège lui a demandé de fournir 3 sacs de ciment pour qu'il soit réintégré dans l'école. Un jeune du quartier lui a dit que nous vendions justement des sacs à moindre prix. N'ayant que 10 000 F (ce qui représente quand même une petite somme pour un jeune camerounais), cette somme ne suffisait pas à acheter les sacs convoités. Quand le jeune a vu l'écolier sortir ses 10 000 F, « des dollars lui sont apparus dans les yeux ». Il avait trouvé un moyen de gagner facilement de l'argent. Il a alors appelé un autre jeune qui se trouvait non loin de là, qui avait fait aussi de la prison. Il l'a exhorté à apporter avec lui ses clés. Quand il s'est présenté devant le jeune du collège, accompagné de son complice d'escroquerie, il a déclaré à leur victime que celui-ci était le chef du chantier, qu'il avait la clé du magasin où on stocke les sacs de ciment. Malheureusement, l'autre jeune de la fondation a vite senti l'embrouille et l'a pris en aparté en lui disant qu'il n'était pas dans ses histoires. L'autre, voyant que son camarade pouvait lui faire perdre l'affaire, a accompagné pendant une demi-heure l'écolier. Seul, il a eu tout le loisir de faire ce qu'il voulait. Aussitôt après avoir eu vent de cette scène, nous nous sommes rendus directement chez le jeune pour le confronter à l'autre à qui il avait proposé de rentrer dans l'escroquerie. La confrontation n'a pas donné grand-chose mis à part que quand nous l'avons questionné par rapport à cette histoire, il a aussitôt avoué qu'il voulait dès le départ extorqué le « pauvre » écolier.

Naturellement, je me suis vite rendu au collège pour connaitre la version de l'histoire de la victime. Lui m'a dit qu'il était en effet allé à la fondation Béthanie suite à son renvoi temporaire du collège. Un jeune du quartier lui avait dit que l'on pouvait acheter des sacs de ciment à très moins cher chez nous... Lorsqu'il est arrivé il est effectivement tombé sur le jeune qui travaillait, qui, aidé de son complice lui avait promis de lui livrer les 3 sacs de ciment contre la somme qu'il avait en poche c'est-à-dire 10 000 francs CFA (15 euros). Le jeune avec qui il a traité cette affaire lui a promis de livrer la marchandise l'après midi même de la transaction. Il lui a aussi dit de lui verser une avance de 3 000 francs (soit 4.5 euros). Malheureusement quand il est arrivé au rendez vous, il n'y avait pas les sacs et il a attendu pratiquement deux heures avant d'abandonné la partie. Un vieil homme du quartier qui passait par là lui a dit qu'il ne fallait pas traiter avec les jeunes de la fondation qui sont « des petits brigands ». Là, sentant la menace et ne voulant pas prendre de coups, il a préféré laisser tomber l'argent qu'il avait déboursé sans demander son reste... C'est ainsi qu'il nous a déclaré solennellement qu'il n'avait pas eu de compensation de la transaction effectuée le matin même. Pourtant, nous avons lourdement insisté, sans résultats, pour qu'il nous dise s'il avait été effectivement dédommagé de la somme qu'il avait donné au jeune de la fondation. Ce quoi est bizarre dans cette histoire c'est que les deux dictionnaires ont disparu en même temps que se déroulait cette histoire. Chose plus étrange encore, le jeune collégien aurait perdu ses 3000 francs sans rien demandé en retour, alors que c'est une somme importante pour un camerounais qui est encore en étude et qui n'a donc pas de salaire... Mais qui croire dans cette histoire ? Le jeune escroqueur, le collégien ou l'autre jeune de la fondation qui a été embarqué dans cette histoire « involontairement » ? La vérité est difficile à cerner et nous laisse faire croire à toutes hypothèses. La plus semblable serait qu'ils ont effectivement fait leurs affaires mais que n'ayant pas les sacs de ciments, les jeunes de <Béthanie ont dédommagé le collégien des deux dictionnaires.

Au moment de la réintégration du jeune escroqueur en notre sein, nous lui avons posé comme condition pour revenir à la fondation de nous ramener les deux dictionnaires, malgré qu'il plaide son innocence. En fait, 5 jours après je l'ai croisé et il m' dit qu'il était prêt à payer deux autres dictionnaires pour revenir à la fondation. Est-ce un aveu de culpabilité ? En tout cas moi si j'avais été innocent dans toute cette affaire, j'aurais tout fait pour que la vérité ressurgisse de tout ses méandres et de toutes ses vérités différentes. Je serais allé voir le jeune collégien qu'on puisse s'expliquer tous ensemble, mais cela n'a pas été le cas. Nous attendons toujours les deux dictionnaires et de faire émerger la vérité dans toute cette histoire.

Vous voyez avec ces deux histoires pour un seul homme combien notre travail est difficile. En plus du travail quotidien que nous avons à fournir, le travail de la fondation, ce genre d'histoire peut survenir tout moment. Cela nous fait perdre du temps, de l'énergie mais c'est un travail indispensable à faire pour les jeunes que nous recevons. Voyez combien ils tissent des histoires pas possibles et comment ils se mettent dans des affaires pas croyables pour de la menue monnaie ! Cela fait partie de leurs problématiques et nous devons faire face régulièrement à ce genre d'histoire. Le tout pour nous c'est bel et bien de leur faire retirer des leçons de ces histoires. L'honnêteté paye. Allez faire comprendre cela à un jeune qui est depuis longtemps dans ce mode de vie. C'est difficile et ça prend énormément de temps. C'est à nous de leur faire comprendre qu'ils doivent faire le deuil de toutes ces embrouilles, tourner le dos à toutes ces arnaques, ce qui n'est pas facile quand ils sont depuis très longtemps dans cette mode de vie de petite délinquance...

samedi 12 décembre 2009 :

Voyez, avec cet article, ce qui fait ma vie actuellement au Cameroun. Il y a d'une part les difficultés que j'ai à me battre pour que le projet avance encore et toujours et la difficulté de mon métier d'éducateur où je dois être tout les jours vigilants et faire du travail du fond avec les jeunes pour qu'ils commencent à changer leur manières de voir, de se comporter, de vivre !

Malgré toutes ses difficultés, ces hauts et ces bas au niveau du moral, j'ai l'impression d'avancer chaque jour, de faire un petit pas et quand je me reviens en septembre 2010 quand je suis arrivé, je me dis que la fondation Béthanie, en faisant des petits pas tout les jours a fait un grand bond en avant. Quelle satisfaction, même si cela ne reste pas encore idéal, de voir que le centre était sans vie et que maintenant il y a des jeunes, qui évoluent, qui avancent ! Quelle satisfaction de voir éclore un tel projet et de voir au jour le jour que la fondation Béthanie grandit ! C'est comme (à toutes raisons gardées), de voir naitre et de voir grandir un bébé, comme je le disais avant, de planter une graine et de voir pousser un arbre, d'y prêter attention, de l'arroser tout les jours, de lui mettre de l'engrais, et un jour de manger ses fruits ! Quelle satisfaction de connaitre une telle expérience de vie ! Le tout maintenant que le bébé devient grand, que l'arbre commence à avoir fière allure est de continuer pour que bébé devienne un homme, autonome et indépendant, que l'arbre puisse vivre par lui-même... Suis-je en train d'y arriver ? C'est encore trop tôt pour le dire...

# Posté le dimanche 13 décembre 2009 08:42