Samedi 25 juillet :
Bonne nouvelle mon journal ! Me revoici pour de nouvelles aventures ! Je t'avais lâché depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois, ne pouvant plus utiliser mon ordinateur. J'ai pu ainsi enfin le récupérer. OUF ! Je vais pouvoir de nouveau vous raconter des anecdotes bien corrosives qui croustillent sous la dent. En effet, j'ai vu aussi que vous étiez de moins en moins à me lire ce qui me parait normal vu l'irrégularité de mes écrits ! Il s'en est passé des choses et je ne sais pas bien par quoi commencer.
Tout d'abord, je pense que vous vous demandez tous comment mes rapports avec la s½ur ont évolué. Depuis le dernier évènement en date que je vous ai raconté, nos relations n'avaient pu ainsi dire pas changées. En effet, nous étions toujours à couteaux tirés. Tellement, que la situation de crise a atteint un niveau que je n'aurais jamais imaginé, et ce à aucun moment depuis que je suis arrivé. Ce que je vais vous raconter là m'a profondément blessé. Jamais je n'aurais pensé vivre un tel évènement avec qui que ce soit et surtout pas avec quelqu'un avec qui, normalement je devrais partager les mêmes objectifs. Cette histoire s'est déroulée un samedi matin. Le weekend, je suis seul au sein de la fondation Béthanie, puisque les jeunes retournent dans leurs familles le samedi et dimanche. Ce fameux weekend donc, je m'apprêtais à partir retrouver les autres volontaires DCC. J'avais dit à ma copine de me rejoindre le matin afin de me conduire au bus afin de me rendre parmi mes amis. Soudain, Jouvence me dit que la s½ur est arrivée dans les murs de la fondation Béthanie. Quelques secondes plus tard je la vois débarquer. Elle était là pour me remettre une lettre que l'ambassade m'avait écrite. Comme à son habitude, elle commence son travail de sape en me disant qu'elle ne sait pas ce que je fais ici, que je suis un incapable, que je perd mon temps et que je devrais partir en France, d'ailleurs elle attend impatiemment le financeur pour lui dire à quel point je suis une mauvaise personne et qu'elle puisse enfin me virer de la fondation... Ayant l'habitude de toutes ces palabres, je la laisse dire. Je place seulement dans son monologue que j'ai signé un contrat et qu'il va falloir qu'elle me supporte encore longtemps car je compte bien partir en septembre 2010, au terme de ma mission. Voyant que tout ce qu'elle pouvait me dire ne m'atteignait pas le moins du monde, elle décide de m'attaquer sur ma vie personnelle, en présence de Jouvence. Là, elle prononce la phrase qu'il ne fallait pas dire : « Et en plus, tu ramène ta bordel !!! ». Jouvence réagit aussitôt à cette phrase assassine et les deux femmes commencent à s'insulter copieusement ! Jouvence lui dit ses quatre vérités en lui signifiant qu'elle est une mauvaise femme, qu'elle n'a pas à traiter les gens comme cela, qu'elle sait tout de son passé et qu'elle peut facilement détruire sa réputation dans la ville. La s½ur monte le ton et l'insulte de bordel à tout bout de champ, m'englobant également dans le champ des « bordels ». Jouvence, avec son sacré caractère lui répond sur le même ton qu'elle. Les deux femmes ont maintenant les visages à deux centimètres l'une de l'autre. Sentant que la rupture était proche, que ça allait surement finir par les poings, je m'interpose en glissant à Jouvence qu'il faut la laisser dire et qu'elle se foute de ce que cette vieille femme peut dire... Elle, ne l'entend pas cette oreille et continue à insulter la s½ur qui perd pied. Nous la voyons vraiment touchée. Elle décide de battre en retraite tout en n'omettant pas de nous dire que ça n'allait pas finir comme cela... Je pars avec Jouvence un quart d'heure après et commence à me diriger vers mes amis.
J'arrive chez eux, je m'attable de bonne humeur, heureux de retrouver la petite troupe de volontaire. Je commence à manger avec eux. Soudain, mon téléphone sonne, je décroche. Un des membres du conseil d'administration est à l'autre bout du fil et me dit apeuré que la s½ur est venue à la fondation avec quatre gendarmes ! En effet, le stagiaire qui était là depuis quelques temps était passé à la fondation et est tombé nez à nez avec la s½ur bien escorté... Le membre du conseil m'informe qu'ils étaient là pour m'incarcérer ! Je lui ai donc raconté l'évènement survenu quelques heures plus tôt. Lui commence à me chambouler la tête en me disant que je n'aurais jamais du inviter ma copine à venir dans la fondation. Pourtant, c'est le seul lieu où nous pouvons nous retrouver vu que la fondation est mon lieu de vie. Je décide donc de revenir sur Edéa en catastrophe et d'abréger mon weekend. Au final, je n'aurais vu mes amis que quelques minutes. Je reviens donc dans la ville et vais directement voir le membre du conseil qui m'avait appelé. Il me redit ce qu'il avait affirmé lors de notre entretien téléphonique. Il me signale que pour lui c'est de ma faute vu que ma copine ne devait en aucune manière se trouver au sein de la fondation. Je lui rétorque que le weekend, il n'y a pas de jeunes et que je suis totalement seul pendant les deux jours. Je ne suis pas au séminaire et que j'ai le droit d'avoir une vie privée. Ce n'est pas normal que je ne puisse inviter personne sur mon lieu privé. Pour finir, je lui dis que je ne comprends pas une telle réaction de la part de la s½ur, que je suis vraiment blessé et que ceci est la limite que je n'accepte pas. Je veux bien m'engager totalement dans le projet, travailler comme un damné comme je l'ai toujours fait mais là ça dépasse l'entendement ! Finalement, il me dit aussi qu'il est désolé car lui aussi trouve que cette réaction est démesurée. Il me laisse ensuite pour aller voir la s½ur et pour lui parler, essayer de la raisonner. Finalement, je le retrouve trois heures plus tard. Il me raconte son entrevue avec la s½ur. Elle était profondément choquée par l'évènement qui s'est déroulée ce matin là. Elle est allée voir les gendarmes pour porter plainte pour injures et violation d'un lieu privée. Là encore, j'argumente contre cela en disant que ce n'est pas une violation car Jouvence était venu me rendre visite sur mon lieu de résidence qui est un lieu privé... Par rapport aux injures, il fallait remettre les choses dans son contexte, c'était bien elle qui avait commencé à injurier Jouvence.
Comment ne pas réagir quand quelqu'un vous traite de « bordel » ?... Avec le membre du conseil, nous avons appelé le financeur qui n'a pas eu vraiment de réaction à proprement parlé. Il s'est contenté d'écouter et de le noter sur un calepin... Je suis parti de chez le membre du conseil en me demandant vraiment quelle suite donner à cette histoire. Aussi, je suis allé au cyber pour raconter cette histoire à mes parents et à mon chargé de mission. Mes parents ont très vite réagit en disant que c'était une histoire très grave et qu'il fallait agir. En effet, même si je n'avais rien à me reprocher, même si on ne m'avait pas condamné à la prison, la s½ur ayant ses fréquentations, j'aurais pu passer de longues heures au commissariat, dans une cellule. Rien que le fait d'être embarquer par les gendarmes aurait été un déshonneur pour le directeur d'une association qui vient en aide aux prisonniers. Le bruit de cet évènement aurait vite fait le tour de la ville... Prenant conscience, en lisant le mail de mes parents, de la gravité de la situation, j'ai aussitôt envoyé un mail à tous les membres du conseil en leur témoignant mon sentiment de colère, d'énervement. C'est vrai qu'avec cette histoire, j'étais au bord de l'implosion, prêt à tout abandonner. Je ne voulais pas prendre le moindre risque par rapport à la justice connaissant que trop bien le système... Le mail a porté ses fruits et les réactions n'ont pas tardé à me parvenir. Toutes, condamnait le comportement de la s½ur. Le financeur m'a d'ailleurs appelé en me disant qu'il fallait absolument provoquer une réunion du conseil pour prendre des décisions. Je lui ai dit le fond de ma pensée, il ne fallait plus continuer comme cela. J'ai témoigné de mon impossibilité de travailler avec la s½ur et même de la côtoyer. Je lui ai clairement fait comprendre qu'elle avait dépassé les bornes et que c'était soit moi soit elle. Soit on l'expulse de son poste de présidente soit je m'en vais. Le financeur m'a assuré de son soutien et de sa confiance et m'a affirmé qu'une décision en ma défaveur entrainerait son départ définitif. Ce qui veut dire qu'on fermerait Béthanie étant donné qu'il est le seul financeur dans cette affaire !...
L'aspect positif de cet évènement m'a au moins permis de lever le tabou de la distinction entre ma vie privée et professionnelle. En effet, en Afrique, c'est extrêmement difficile de faire la séparation. Comme dirait l'évêque, le directeur d'une association est le même homme où qu'il soit, qu'il soit dans sa fonction ou qu'il soit en train de boire une bière le samedi soir avec ses amis... Ma situation est un cas d'école puisque mon lieu professionnel est aussi mon espace privé. Comment faire dès lors clairement la distinction ? Pour moi, il fallait que le financeur accepte de me payer un logement pour que je ne sois pas 7 jours sur 7 à la même place. Vivre dans son lieu de travail n'est pas du tout la panacée car vous ne quittez jamais réellement le travail. Par exemple, il m'est arrivé plusieurs fois pendant le weekend de faire la police par rapport aux habitants du quartier qui viennent chercher de l'eau (en effet, nous mettons un libre accès aux habitants à la condition de payer une cotisation de 1000 FCFA par mois (à peu près 1.5 euro)), ou alors de recevoir des jeunes ou des partenaires pour faire visiter les lieux... Le fait de vivre sur son lieu de travail ne me permet pas de faire une coupure franche entre les deux aspects de ce qui fait ma vie au Cameroun.
Sentant que cette dame est très dangereuse, je me suis senti le besoin de me protéger. Ainsi, je ne voulais plus lui adresser la parole et j'ai tenu pendant très longtemps. Nous sommes restés dans ce mode de relation pendant une très longue période. Je pense que cela a été bénéfique car cela m'a évité d'avoir de nouveaux échauffourés avec elle. Informant tout les membres du conseil et également la DCC de cet évènement, tout le monde m'a montré leur soutien indéfectible. D'ailleurs, le financeur m'a appelé pour me dire de convoquer un conseil extraordinaire afin de prendre une décision claire pour résoudre mon problème relationnel avec la s½ur. En effet, le fait que le directeur et la présidente de l'association ne puisse pas « être ensemble », travailler sereinement l'un avec l'autre est un véritable handicap qui plombe totalement ce que nous essayons de mettre en ½uvre depuis que je suis ici. Sentant, les choses venir, je lui ai dit que ce n'était pas de mon ressort, que je ne pouvais pas convoquer un conseil étant donné que cela ne rentre pas dans mes fonctions et mes attributions. Je le faisais par le passé car comme dit mon ex chef de service : « la nature a horreur du vide », la présidente ne remplissant pas son rôle, et personne ne le faisant, j'étais obligé autrefois de convoquer les membres du conseil. Rôle et fonctions dévolus à la présidente qui ne l'a jamais fait. En attendant donc cette fameuse réunion, je me suis entendu avec le financeur pour qu'il n'y ait plus aucune de mes relations extérieures qui viennent à la fondation.
Le financeur m'a également avoué qu'il fallait changer de président... ou alors de directeur ! En gros c'était soit elle soit moi ! En l'occurrence, soit elle quittait son poste de présidente du conseil soit je devais quitter le mien. Si le conseil décidait de m'exclure, j'aurais été obligé de quitter le Cameroun et de rentrer en France... En cas de décision en ma défaveur, le financeur m'a déclaré qu'il quitterait l'association camerounaise. Ce qui veut dire qu'il ne financerait plus la fondation. D'où la fermeture du centre, puisque notre seul source de financement c'est lui ! Ceci est une décision importante qu'il ne fallait pas prendre à la légère. En me déclarant cela, le financeur me montrait son soutien indéfectible mais me mettait également sous une pression énorme. Le sort de la fondation, que j'ai contribué à développer que je suis ici, dépendait du mien ! Tout mes efforts, toute l'énergie que j'ai mise dans ce projet, tout mon travail depuis un an dépendait de la décision qu'allait prendre le conseil. Non seulement cela mais aussi l'énergie déployait depuis des années par tout le monde pour en arriver là où nous sommes aujourd'hui. Pensons également aux situations des jeunes que nous avons actuellement en charge et des autres qui pouvaient se construire un avenir au sein de la fondation, sans oublier mon équipe de salariés qui s'est totalement investie dans le projet depuis qu'ils sont employés dans la fondation Béthanie. Autant dire que j'avais un poids énorme sur mes épaules et qu'il fallait trouver rapidement une solution. Le conseil avait l'obligation de se réunir rapidement et de prendre très vite une décision.
La secrétaire s'était donc engagée à convoquer le conseil très rapidement. Malheureusement, celle-ci a énormément de travail et n'est que très peu disponible. Ce qui fait qu'il fallu que j'attende un mois et demi avant de voir les membres du conseil se réunir. Un mois et demi de statu quo ! Pourtant, je lui avais bien dit que je voulais que cette réunion soit faite très vite. Elle a donc convoqué le conseil mais elle a envoyé les convocations que deux jours avant cette fameuse réunion. Du coup, il n'y avait que trois membres présents sur huit convoqués ! Ce qui fait que nous avons reporté cette réunion à la semaine suivante. Nous étions beaucoup plus mais malheureusement, le conseil n'a pas pris de décisions au motif qu'il fallait qu'il attendait le financeur, qui est aussi le trésorier de l'association camerounaise. Cette prise de décision est logique car c'est bel et bien lui qui pour l'instant a le pouvoir décisionnaire. Le pouvoir de l'argent... C'est bête à dire mais on ne peut rien faire sans ce qui fait tourner le monde... Money, Money ! Surtout dans ce secteur, surtout ici au Cameroun. J'½uvre dans le secteur de l'action sociale. Celui-ci est principalement consommateur car il ne produit rien directement. Pourtant il faut bien vivre, il faut bien payer les salaires, donner à manger à nos ouailles, continuer de développer notre activité, finir les travaux... Sans l'argent nous pouvons fermer boutique et mettre la clé sous la porte. Nous ne produisons mais sommes quand même d'une grande importance au sein de la société économique. Nous faisons d'un individu anormé, un producteur et un... Consommateur ! Le financeur a donc un pouvoir énorme, d'autant plus qu'il est notre seule source de financement. Pour limiter cette dépendance il nous faut diversifier nos donateurs. Ce qui n'est pas encore réalisé. En même temps nous avons vraiment de la chance de l'avoir car dans 90% des cas, les bailleurs de fond sont prompts à financer des investissements mais une fois que le projet est réalisé, ils rechignent à mettre la main à la poche pour un budget de fonctionnement et développer l'activité qu'ils ont contribuée à mettre en place. Dès lors, la plupart des associations ne survivent pas et meurent petit à petit. C'est ce qui risque de nous arriver, nous verrons ça plus tard.
mercredi 12 août 2009 :
Le financeur est donc venu au Cameroun et nous avons pu enfin faire un conseil d'administration digne de ce nom. Comme d'habitude lorsque le financeur est là, tout le monde était au rendez vous, au garde à vous. Nous nous sommes donc réunis et pu prendre des décisions importantes. La première des premières : la s½ur n'est plus présidente de l'association ! Elle est maintenant présidente d'honneur et fondatrice de la fondation. La s½ur était contente de cette décision car au fond d'elle-même, elle savait très bien qu'elle ne pouvait pas jouer le rôle de présidente. Au bout du compte il aura fallu quelques 8 mois de galère et de prise de tête avec moi pour que les membres du conseil se décident enfin de la virer de son poste de présidente, alors que la plupart des membres pensaient dès le début qu'elle ne devait pas occuper ce poste... La nommer présidente était une idée du financeur qui avait passé un contrat moral avec elle. Au départ elle n'acceptait pas que l'on nomme un conseil d'administration pour prendre les décisions importantes de la fondation Béthanie. Le financeur avait négocié pour que ce conseil soit crée et qu'elle joue le premier rôle, c'est-à-dire celui de présidente du conseil et présidente de l'association... Aujourd'hui donc elle n'a plus qu'un rôle honorifique, ce qui lui laisse beaucoup de liberté. Comment elle agira dans ce nouveau rôle, dégagée des responsabilités ? Pour ma part, connaissant un peu le phénomène, je pense qu'elle aura toujours le même comportement, à vouloir tout régenter. D'ailleurs, depuis le conseil, elle n'a toujours pas compris qu'il faut travailler en équipe. En effet, je sens qu'en ce moment elle en train de mettre en place des démarches dont je ne suis pas informé et les autres membres du conseil non plus d'ailleurs...
Le nouveau président du conseil d'administration, et donc de l'association, est le curé de la cathédrale d'Edéa. Le président reste donc toujours un homme d'église. Espérons seulement que l'église ne s'attribuera pas le mérite de la réussite du projet. Espérons que la fondation ne sera pas récupérer par le diocèse. En effet, l'association, malgré sa forte consonance religieuse, est une institution laïque, et doit le rester. Là, il faut dire que la fondatrice est religieuse, le président est un homme d'église, nous faisons la catéchèse, j'ai été envoyé par la DCC (Délégation Catholique de Coopération)... Cela fait tout de même beaucoup de liens avec l'église, ce qui n'est pas un mal, cela peut nous apporter des aides, notamment financières, mais c'est un risque à prendre. En effet, nous avons vu plusieurs associations comme cela qui était laïque et que l'église a réussi à récupérer soit à son propre profit, soit pour modifier totalement le projet prévu au départ... Ne vous en faites, tant que je serai là, aidé par mon amie qui est la secrétaire, je veillerai à ce que cela n'arrive pas.
Voici donc un nouveau président. C'est sur qu'il sera d'une plus grande aide que la s½ur. Mais sera-t-il d'une véritable aide ? L'heure n'est pas au jugement de son apport au sein de la fondation Béthanie, mais je peux quand même vous faire part de mes premières observations. Au départ j'avais plutôt des bons à priori sur lui. C'est vrai que c'est quelqu'un qui s'est et qui sait très présenté. Je l'ai trouvé très à l'aise au sein des membres du conseil, faisant de très bonnes remarques mais sachant aussi utiliser l'humour quand il le faut... En tout cas, avec les notables de la ville, l'abbé se comporte très bien. Lors de la réunion du conseil, ils ont aussi décidé d'attribuer 80 000 Francs CFA à la s½ur pour qu'elle puisse vivre de la fondation. Lui, nous a alors déclaré qu'il avait 35 000 Francs par mois ce qui n'est pas grand chose. Pourtant, j'avais rendez vous avec lui la semaine suivante, et il a débarqué à l'improviste alors que nous étions en train de faire une réunion d'équipe. Il est arrivé avec une superbe Mercedes dernier cri, et fauteuil en cuir et tout et tout, s'il vous plait... Je disais en plaisantant à l'éducateur que ses 35 000 Francs doit lui servir à payer l'entretien de son véhicule... Là encore c'est encore une démonstration que les hommes d'église ne respectent le serment qu'ils ont présenté lors de leur ordination. En effet, les hommes (et femmes) d'église promettent de vivre dans la pauvreté. Ceci n'est pas respecté dans ce pays car s'investir dans la religion signifie souvent une montée dans l'élite sociale mais aussi au niveau de leur portefeuille. L'éducateur camerounais m'expliquait que les prêtres avaient certains privilèges mais faisaient aussi des affaires très rentables du fait de leurs réseaux. Bref, pour moi l'engagement qu'a pris cet abbé au sein de la fondation en tant que président est normalement un grand engagement. Je suis prêt à travailler avec lui, mais en est-il de même pour lui ? Après sa nomination, je l'ai approché pour que l'on se réunisse et que je lui explique dans les détails la prise en charge que l'on propose dans le centre, lui présenter les projets que l'on a mis en place... Je l'ai « harcelé » au téléphone pour que nous fixions enfin un rendez vous. Le jour de ce rendez vous, je l'ai attendu en vain... Lorsque je lui ai téléphoné, il s'est excusé platement et nous avons convenu d'un autre entretien le lendemain. J'ai pu enfin le voir pendant une heure et ai tenté de lui expliquer ce qui se passait au sein de la fondation Béthanie. Celui-ci, au lieu de se rendre intéressé par ce que je lui racontais, paraissait plus préoccupé par ses deux téléphones tout neuf dernier cri qui sonnaient tout le temps que ce que je lui racontais, voire pire... A certain moment il s'endormait carrément sur sa chaise !!! Comment faire du bon boulot avec quelqu'un comme ça ? Cela m'a posé beaucoup questions mais en y réfléchissant bien je me suis dit qu'en fait, vu la composition du conseil, pour lui, cela est une bonne occasion d'être parmi les notables de la ville, de tisser un peu plus son réseau et d'être un peu plus encré dans le pré carré sélect de l'élite de la ville. Là encore ne le jugeons pas trop vite et attendons de laisser un peu de temps pour juger de sa contribution à Béthanie...
Vendredi 14 aout 2009 :
Le financeur comme vous l'avez deviné en me lisant est passé pendant une semaine avec sa femme. Avant, lorsqu'il venait, cela me donnait de l'énergie de continuer à travailler comme je le fais tout les jours. J'étais plutôt optimiste lorsqu'ils sont arrivés car je me disais qu'ils verraient avec intérêt tout ce qui a été réalisé depuis qu'ils étaient venus la fois dernière, je pensais qu'ils allaient être enthousiasmé par la prise en charge éducative que nous avons mise en place. Et bien mon optimiste a été très vite déçu. En effet, leurs compliments ont été très mesurés par rapport à ce que j'escomptais. Plutôt que de souligner les avancées réalisées, ils se sont attachés à critiquer ce qui avait été plus ou moins mal fait. Tout d'abord, je dois vous raconter une histoire qui s'est passé juste avant leur arrivée. Cela s'est passé au début du mois de juillet et je devais, comme à chaque début de mois payer mes employés. Au moment de retirer l'argent de la banque, je me suis rendu compte qu'il n'y avait plus de liquidités sur le compte ! Je me suis donc retrouvé sans argent pour faire tourner le centre ! A tel point qu'à un moment donné je ne pouvais même plus mettre de l'essence dans la voiture. Heureusement, il me restait assez d'argent personnel pour payer l'alimentation. Le financeur m'a assuré que je pourrais avoir de quoi faire fonctionner le centre au bout de quelques jours. Attendant en vain, je me retrouvais de plus en plus mal vis-à-vis de mes employés, n'ayant même plus de quoi me déplacer ! Plus d'essence dans la voiture, plus rien dans la moto et même pas de quoi pour prendre la moto taxi... Finalement, j'ai décidé d'aller voir un des membres du conseil qui a pu me prêter de l'argent. Quelle honte pour moi d'aller le voir pour lui demander de m'aider, je l'ai vécu comme une défaite ! Ce monsieur, très gentil a pu me donner juste de quoi payer mon personnel ainsi que moi-même. Le financeur devait arriver la semaine suivante. Il m'a accusé de n'avoir pas pu prévenir cette crise et ne pas avoir transmis les comptes avant. Pourtant, je les envoie à chaque début de mois. J'étais donc dans les temps. Il devait s'en prendre à lui-même car lui aussi aurait du prévoir qu'au bout d'un moment il n'y aurait plus d'argent sur le compte. Pourtant, étant le directeur, c'est, d'après lui, à moi qui incombe de cette responsabilité... Il m'a aussi fait part de son questionnement vis-à-vis de mon travail. Il m'a révélé qu'il me sentait à bout de souffle, faisant face à toutes les urgences comme je le pouvais. Peut être étais je en train de me noyer... Je pense malgré ce qu'il dit qu'au contraire, j'ai tout fait depuis que je suis ici pour mener à bien son projet. Travailler comme je le fais, avoir des résultats, lents mais des résultats comme j'en ai obtenu et entendre ça !...
Ça m'a complètement scotché mais en même temps c'est un peu normal, ainsi va la vie d'un directeur. C'est lui qui essuie tout les plâtres, qui est en première ligne. C'est à lui qu'on demande des comptes quand tout va bien, quand tout va mal. Le financeur a été tellement critique sur mon travail, sur notre travail, que je me suis demandé au bout d'un moment ce qu'il était vraiment venu faire. Je l'ai su qu'au bout de deux ou trois jours. En fait il s'avère qu'en France, les adhérents de l'association qui nous finance ont disparu petit à petit, les uns derrière les autres. Au final, aujourd'hui il ne reste que lui qui supporte le cout de fonctionnement de l'association camerounaise... Autant dire que nous sommes dans une phase critique où il n'y a pas de perspective d'avenir. Bien entendu, les adhérents qui nous finançaient jusque là ont vu que les résultats espérés n'étaient pas au rendez vous. Malheureusement, ici, nous faisons tous ce que nous pouvons sans ménager nos efforts. Eux, n'ont pas une approche de terrain, ils ne sont pas les mains dans le cambouis. C'est normal, qu'avec tous les moyens déployés ils demandent des résultats. Cela fait presque 5 ans que l'association a commencé et a débuté les travaux. Si bien que lorsque je suis arrivé, il y avait les bâtiments, une super structure mais avec rien dedans... Mon travail aujourd'hui est d'occuper les locaux, de faire vivre des beaux bâtiments vides. Je pense qu'ils ont du mettre « les charrues avant les b½ufs ». Dans toutes les structures qui s'ouvrent ici, dans les établissements à vocation sociale, on commence petit, tout petit. Au fur et à mesure du temps, les besoins se font sentir, se font criants, et c'est à ce moment là qu'il est question de chercher des moyens pour y répondre. Dans notre cas, cela a été le contraire, les moyens ont été déployés pour pallier aux projets, aux rêves, notamment de la s½ur et des personnes qu'elle a embarquées dans son aventure. Si bien que nous nous retrouvons aujourd'hui avec une structure qui a une dimension énorme pour les quatre jeunes que nous accueillons actuellement. A force de promesses non tenues et d'utopies irréalisées, les adhérents de l'association française s'essoufflent et disparaissent, ce qui est bien normal... Aujourd'hui, nous, je, suis bien malheureux de payer les peaux casées de cette erreur stratégique. Je suis sous la pression d'obtenir des résultats pendant mes 2 ans de volontariat, résultats qui auraient demandé 2, voire 3 fois plus de temps dans une autre association qui auraient débuté autrement. Ce n'est pas ma faute mais il me faut faire avec ça, et avoir conscience de ce paramètre dans mon travail de tous les jours. Je suis sous pression, le financeur est sous pression et il n'a que moi sur qui se la « décharger », si je peux m'exprimer ainsi.
Le deuxième point de désaccord que nous avons eu, et qui n'est pas des moindre, c'est à propos du technicien agricole. En effet, dans le projet, il est prévu l'embauche d'une personne à vocation technique qui encadre les jeunes le matin dans l'activité de travail pour... 80 000 Francs CFA (soit 122 euros). J'ai longtemps cherché un employé qui ait des notions techniques diverses, qui puisse être polyvalent et pouvoir encadré des ateliers d'agriculture, de menuiserie, de soudure... J'ai trouvé des personnes prêtes à s'investir dans le projet qui avaient ce profil et qui étaient disponibles. Seulement toutes ces personnes n'auraient jamais travaillé pour un tel salaire ! Comme j'ai du le dire avant, avant la saison des pluies, vers avril, nous devions défricher le terrain, qui, auparavant était laissé à l'abandon. Nous avons cherché plusieurs techniciens agricoles qui défrichent ce terrain, après plusieurs tentatives avortées, nous avons enfin trouvé une personne digne de confiance qui nous a impressionnés par sa force de travail. Cet homme a travaillé d'arrache pied pendant près d'un mois sous un soleil de plomb, seul devant l'énorme travail qu'on lui avait confié. Il travaillait douze heures par jour sans relâche. Il a fini le travail et j'en ai profité pour lui proposer de travailler pour nous afin d'encadrer les jeunes par rapport au travail du matin. Il a tout d'abord négocié âprement son salaire mais a accepté quand même au bout du compte de travailler pour nous. Cet employé a continué à travailler à fond pour notre projet, montrant qu'il avait un intérêt certain à travailler avec les jeunes. Il ½uvre donc avec eux le matin et peut se consacrer entièrement au champ l'après midi. Normalement, son travail se finit à 16h30, mais il finit tout les jours à la nuit tombante, c'est-à-dire vers 18h30, 19h. Cet exemple est un bon exemple pour montrer la différence qu'il peut y avoir entre les acteurs de terrain et les bailleurs de fond. La demande du financeur vis-à-vis de ce poste est énorme car il veut que des ateliers productifs soient mis en place. Il veut aussi utiliser le terrain pour de l'agriculture. Le terrain que nous avons demande un énorme investissement au niveau humain. Le technicien agricole y travaille d'arrache pied comme les jeunes et le personnel éducatif d'ailleurs. En effet, nous n'avons pour l'instant que quatre jeunes et je pense que nous pourrons entrevoir de bonnes perspectives financières au niveau des activités rémunératrices que nous voulons développer lorsque nous serons à plein. Seulement, en attendant, le financeur n'a pas du tout évaluer quels avantages il pouvait tirer de notre actuel technicien agricole... Certes, il n'a pas de formation technique ni éducative mais il apprend tout les jours parmi nous et cela serait dommage qu'il ne travaille plus Béthanie alors qu'il commence à bien appréhender le travail avec le jeune. L'exclure de notre structure voudrait dire qu'il faudrait recommencer à zéro la formation d'un autre technicien...
lundi 24 août 2009 :
Assez parlé des luttes de pouvoirs, des problèmes de gouvernance, et autres soucis décisionnels. J'aimerais aujourd'hui vous faire partager le travail qu'on a mis en place avec les jeunes, ce pour quoi je suis venu ici. Cela fait donc quatre mois que nous avons accueilli notre premier jeune au sein de la fondation. Je vous ai parlé des quatre jeunes que nous avons accueillis et avec lesquels nous travaillons tous les jours. « Petit à petit » comme on dit, « l'oiseau fait son nid ». En effet, nous prenons au fur et à mesure du temps la mesure de ce que nous avons à accomplir avec chacun d'entre eux. Et le chemin est semé d'embuches car nous partons souvent de loin. Ce sont des jeunes qui n'ont jamais eu de cadres et il faut qu'ils s'adaptent à notre encadrement, à obéir à l'autorité ce qui est très difficile dans leur situation. Ils ont réussi à vivre, à survivre tout seuls, à se débrouiller par eux même. Ces jeunes ont vécu des situations très difficiles et se sont retrouvés, pour la grande majorité d'entre eux entre quatre murs. La prison a été vécue pour ces jeunes comme une période très dure avec la violence qui découle de leur séjour pénitencier. D'ailleurs, nous avons très vite remarqué que l'un d'entre eux répondait quasi systématiquement par la violence à une situation de conflit. Il m'a expliqué qu'il ne réagissait pas comme cela avant d'être incarcéré. En effet, dans la prison, il avait un rôle central mais très dur, il était chargé de répartir les portions de nourriture entre ses codétenus. Comme vous l'imaginez bien, le partage se passait rarement bien et il était obligé de jouer des points pour se faire respecter !... Vous le voyez, la prison laisse des traces, souvent indélébiles dans la vie de ces jeunes. Les habitudes prisent dans l'institution pénitentiaire sont difficiles à corriger.
Quand un jeune arrive à la fondation Béthanie, une autre vie s'offre à lui. Les journées sont rythmées par les activités que nous avons mises en place si bien qu'ils n'arrêtent pratiquement pas de la journée.
On se lève à 6 heures du matin. Après le petit déjeuner, nous commençons à travailler à 7 heure jusqu'à 11 heure. Le travail, est destiné à remettre ou mettre le jeune dans l'effort, à réapprendre le gout de travailler et de voir quelles sont les bénéfices de cet effort. Nous avons monté plusieurs activités mais d'autres sont en projet. Par exemple, il y a l'agriculture. Cette activité leur permet de voir les fruits (et les légumes) de leur travail. Manger quelque chose que l'on a planté est pour eux une grande marque de fierté. Ils pourront aussi reprendre ça dans leur vie future. Nous continuons toujours d'aménager l'établissement. Par exemple, nous sommes en train de poser « les faux plafonds », ou encore, nous avons terminé l'aménagement d'une cuisine traditionnelle. Cette activité leur permet aussi de s'investir entièrement dans la structure, être fier de leur travail et revendiquer leur appartenance à la fondation. Nous avons également reçu un don d'Alucam qui nous a offert un énorme tas de briques (en fait de déchets) qu'il a fallu trier pour récupérer les bonnes briques. Avec cela, nous allons aménager l'entrée de notre fondation et allons aussi faire une terrasse dans notre cour...
Nous mangeons à midi et après le repas, les jeunes ont deux heures de temps libre où ils peuvent se reposer ou faire ce qu'ils veulent (par exemple, les jeunes ont fabriqué un damier avec lequel ils jouent tout le temps). Ils peuvent aussi fabriquer des sacs. Nous récupérons les sacs de riz de 50 kilos sur lesquelles ils tissent des figures de leurs choix. Nous allons vendre ces sacs et récupérer les bénéfices. Nous reverserons ensuite cet argent au jeune lors de sa sortie pour que cela puisse l'aider vis-à-vis de son projet. Cet argent pourra lui servir par exemple à acheter leurs outils pour leur futur métier, acquérir une moto, un vélo pour se rendre au travail le matin... Ainsi, le jeune a la possibilité d'épargner et de profiter du temps libre qu'il aurait consacré à cette activité...
Vers 15 heures, nous faisons l'instruction. Chaque jour, nous consacrons 2 heures pour apporter aux jeunes les bases de connaissances à savoir lire, écrire et calculer. En effet, nous pensons que dans le moindre métier il faut un minimum de connaissances, notamment pour lire ou écrire un devis. Ce temps est important car les jeunes ont souvent un niveau très faible. En effet, certains ont arrêté l'école par manque d'intérêt et d'autres aussi par manque de moyens. De nombreux jeunes se retrouvent sans activité très jeune car les parents n'ont pas les moyens de leur payer les études. Ici, les études sont payantes, si bien tous ceux qui réussissent leur vie scolaire sont de familles aisées. Lorsque la famille est nombreuse, les parents ne peuvent payer les études de tous leurs enfants, sachant que plus l'enfant avance dans le cursus scolaire, plus l'école est chère. Par exemple, un an au lycée technique pour préparer un CAP coute 70 000 Francs CFA, ce qui est une grosse somme ici. N'oublions pas que les jeunes que nous recevons dans notre fondation viennent tous d'un milieu difficile. Si bien que la plupart ne savent pas écrire ou font d'énormes fautes d'orthographe. Ce temps d'instruction est précieux d'autant plus que nous en profitons pour les ouvrir sur des connaissances auxquelles ils n'auraient pas eu accès en temps normal comme par exemple l'histoire géographie, ou encore l'art plastique...
Vers 17 heures, 17 heures 30, nous arrêtons l'instruction. Entre l'instruction et le repas à 19 heures, nous avons mis en place des activités différentes chaque jour, ludiques, sportives ou spirituelles. Le mardi et jeudi nous allons faire du foot sur un terrain à coté de la fondation. Nous jouons avec les jeunes du quartier. Ceci participe à notre intégration dans le quartier et dans la ville. Cela permet aussi aux jeunes de se tenir en forme, Le mercredi, nous avons une bénévole qui anime un temps de catéchèse. En effet, même si les jeunes revendique appartenir à telle ou telle religion, nous nous sommes rendus compte qu'il n'avait que de petites connaissances sur leur croyance. Ce temps permet de faire connaissance avec la religion catholique mais elle est aussi une ouverture philosophique sur la religion. Ainsi, la jeune bénévole parle de certains thèmes bibliques qui ouvre les jeunes sur une discussion à bâton rompu sur tel ou tel précepte religieux (exemple : le don, le respect d'autrui, le vol...). Nous avons aussi le projet de mettre en place une activité musique. En effet, mon ami camerounais, qui est musicien m'a proposé d'animer un atelier percussion. L'un des intérêts de cette activité est qu'il utilise des percussions traditionnelles, ce qui permettra aux jeunes de connaitre un peu de leur culture. En effet, ici, dans le pays Bassa, la culture traditionnelle a complètement disparu des m½urs et coutumes de la nouvelle génération.
mercredi 26 août 2009 :
Comme je vous l'ai dit, nous avons reçu le premier jeune il y a quatre mois. Ce jeune était dans une situation très difficile car il est orphelin de père et de mère et il s'est retrouvé seule avec sa s½ur pour s'en sortir. Ce jeune a très longtemps vécu seul sans famille à proprement parler. Il a du grandir seul, sans autorité parentale, sans cadre. Il a vécu pendant un mois avec nous sans qu'un autre jeune soit intégré à la fondation Béthanie. Il avait toute les attentions portées sur lui, ce qui ne lui d'ai plaisait guère. Jamais il n'avait eu personne, depuis longtemps qui se préoccupait de lui. Cela lui apportait une grande joie et il avait même du mal à retourner chez lui le weekend. Il travaillait chaque jour d'arrache pied pour mériter cette attention de tout les instants portée sur lui. Au bout d'un mois qu'il était là, un jeune sortant de la prison de Douala est arrivé. Ils se sont très bien entendus dès les premiers instants. Une grande amitié est née entre eux. On pourrait même dire une réelle fraternité. C'est vrai qu'à cette époque, on était comme une petite famille. Les jeunes appelaient même l'éducateur « Tonton Gilbert », et la maitresse de maison « Tata Sophie », moi je n'ai jamais accepté ce genre de sobriquet. Le deuxième jeune s'est très vite intégré au centre et on a vu qu'il avait de belles capacités, que ce soit au niveau du travail ou au niveau de l'instruction. Le premier jeune a lui aussi vu cela et a arrêté les beaux efforts qu'il faisait depuis qu'il est arrivé. Nous avons fait l'erreur de les comparer ce qui n'a pas du tout plu à l'orphelin qui nous a reproché cela. Le fait qu'il ne veuille plus du tout avancer nous a surpris et nous l'avons poussé pour qu'il continue à travailler mais sans résultats.
Nous avons passé quelques semaines avec les deux gars. Ensuite sont arrivés quasi simultanément deux anciens prisonniers d'Edéa. Le premier ne s'est bien intégré dans la structure mais pas avec les deux premiers jeunes. En effet, ce jeune souffre d'une déficience intellectuelle, les autres l'ont très vite vu et sont restés entre eux ne l'incluant pas dans leur jeux ou dans leur discussion. Celui-ci est aussi plus sage que les autres, malgré sa déficience. Il ne veut pas rentrer dans leurs bêtises et les condamne même, ce qui est encore plus facteur d'exclusion pour lui, je parle au niveau des jeunes. C'est vrai que nous avons identifié dès que nous l'avons rencontré à la prison qu'il n'avait pas beaucoup de personnalité. Souvenez vous je vous avais parlé de son motif d'incarcération. Il est entré en prison suite à une tentative de viol causé par un de ses amis en sa présence. Les habitants des environs leur sont tombés dessus et lui n'a pas su expliquer qu'il n'était pour rien dans cette situation. Il n'a pas su davantage empêcher son ami de commettre cet acte délictuel. Nous avons senti dès le départ que ce jeune homme avait du mal à s'imposer et surtout à dire non. Lorsqu'il est arrivé je lui ai signalé ces observations et ai réfléchi avec lui sur comment changer ce comportement. En travaillant ce « problème » de comportement avec lui, il a su finalement s'imposer au sein de la fondation Béthanie. Mais il ne réussit toujours pas à s'intégrer avec les jeunes car il reste souvent seul pendant les moments de temps libre, à l'écart des autres...
Très vite après lui, est arrivé le quatrième jeune qui sortait également de la prison d'Edéa. Celui-ci s'est bien intégré à la structure mais a aussi crée des liens forts avec les deux premiers jeunes. Le problème c'est que ses deux acolytes formaient comme qui dirait un « couple infernal », et il a fallu qu'il s'impose, qu'il trouve sa place parmi eux, ce qu'il a réussi assez facilement. Mais cela n'a pas été sans heurt. En effet, on a très vite vu qu'il était en conflit ouvert avec le premier jeune. Cette période a été difficile car les deux cherchaient l'approbation du deuxième, qui est un peu comme qui dirait, « le leader du groupe ». Lorsqu'il est arrivé, la relation entre le premier et le deuxième jeune a été dès lors modifiée car le nouvel arrivant avait aussi à faire sa place. Le premier jeune n'a pas accepté cela. Ca fait aussi partie de sa problématique, étant abandonné par les autres. Il met beaucoup d'enjeux dans les relations qu'il peut créer et cela est compréhensible. Ce jeune a peur de l'abandon et peut être « dangereux » s'il sent qu'une relation lui échappe. Il fera tout pour garder intact les relations intenses qu'il peut entretenir avec qui que ce soit. Cela a crée une tension extrême à la fondation surtout entre le premier et le dernier jeune. On a vu la naissance de la violence au sein de la fondation Béthanie, que ce soit au niveau verbale comme au niveau physique. Bien sur, nous avons lutté contre cela mais la tension se faisait de plus en plus grande au fur et à mesure que les semaines passaient. A tel point que nous avons du exclure le premier jeune pendant une semaine. En effet, celui-ci menait une vie impossible à l'autre qui ne savait plus comment réagir face à une telle pression. Le premier jeune est donc parti pendant une semaine et le centre a vécu tranquillement pendant toute cette exclusion. La vie était sereine. Nous avons vu aussi que cela faisait du bien aux autres qui en ont profité pour se remettre au travail. Quand il est revenu, nous avons eu un répit de quelques semaines qui n'a pas duré. En effet, au fur et à mesure du temps, les mauvaises habitudes ont repris leur droit. C'était même pire que la période de tension qui est née quand le quatrième jeune est arrivé. Malgré tout nos efforts, nous ne savions pas comment faire pour que le calme revienne au sein de la fondation. Chaque jour, de nouvelles choses se passaient. Les jeunes s'insultaient, se montraient de l'irrespect ainsi qu'au personnel...
Ceci a été une période très difficile pour nous et particulièrement pour la maitresse de maison et le technicien agricole qui, n'étant pas formés, ne savaient pas comment répondre aux insultes et aux provocations des jeunes. Je sentais qu'ils allaient craquer. Une fois par exemple, ils ont traité les jeunes comme ils n'auraient pas du, en leur disant que c'était des petits brigands, qu'ils n'allaient jamais réussir dans leur vie et qu'ils seraient bientôt de retour dans la prison... Evidemment, cela a crée un fossé encore plus grand entre eux et les jeunes. Heureusement, nous avons mis en place une réunion d'équipe régulière où ils peuvent parler des situations qui leur sont difficiles, parler des évènements qui n'ont pas réussi à gérer. Nous avons une bonne entente et un esprit de solidarité et de communication entre les membres de l'équipe. Nous, les éducateurs les formons aussi à prendre en charge des jeunes en difficultés, qui ne sont pas des anges, loin de là... C'est vrai aussi qu'ils n'ont jamais été préparé pour encadrer les jeunes en difficultés et c'est très difficile de savoir comment réagir avec eux dans telle ou telle situation, même pour nous qui sommes des professionnels, qui avons été formés et qui avons l'expérience... En faisant les réunions régulières, en les prenant régulièrement ces deux professionnels dans mon bureau, nous avons réussi à maintenir l'équipe soudée voire même plus qu'auparavant. Par rapport à eux, les choses se sont petit à petit améliorées.
Malgré tout, nous n'avions pas à trouver un climat serein et à faire comprendre aux jeunes que leurs écarts de comportement étaient difficiles à supporter. En effet, les jeunes, et c'est bien normal dans leurs problématiques, cherchent à avoir le pouvoir sur l'adulte. Ils cherchent les failles des personnes mais aussi de la fondation Béthanie, cela fait partie de leur problématique. Avec nous, les éducateurs, ils ont très vite vu qu'ils ne pouvaient pas nous atteindre, habitués que l'on est à prendre en charge des personnes en difficultés mais ils ont vu aussi que malgré leurs provocations, nous avions toujours les réponses adéquates et qu'ils ne pouvaient pas nous faire craquer... En attaquant le personnel « technique » (qui a aussi un rôle éducatif), ils s'attaquaient « aux faiblesses de la fondation Béthanie ». Dès lors, ils ont mis en place un travail de sape très dur pour ces deux professionnels. A un tel point que nous sentions qu'ils pouvaient craquer à tout moment. Ces jeunes savent très bien exploiter toutes les failles qu'ils trouvent sur leur passage. La maitresse de maison était vraiment mal à un moment donné. Ne sachant quelle attitude adoptée, elle avait décidé de se réfugier dans le silence, dans l'indifférence vis-à-vis des jeunes, ce qui creusait encore plus le fossé creusait entre elle et eux... Par exemple, elle avait la bêtise de laisser échapper des éléments personnels au premier jeune qui en a profité pour l'exploiter. Elle était vraiment meurtrie par certaines de ses paroles qui la faisaient souffrir dans son fort intérieur. Le silence et l'indifférence qu'elle montrait n'était qu'une façon bien naturelle de se protéger. En faisant la part belle à la communication dans l'équipe, en étant soudés, en la prenant régulièrement dans mon bureau, elle a réussit à comprendre les choses et s'est « ré » ouverte aux relations de proximité qu'elle avait entretenu auparavant avec les jeunes. Les choses se sont petit à petit amélioré et je la sens aujourd'hui épanouie à travailler tout les jours au sein de la fondation. En effet, il faut dire qu'elle joue un rôle central dans notre centre. C'est un peu « la maman » de la structure, la seule présence féminine dans un milieu masculin. Elle prend soin de chacun comme le ferait une mère dans son foyer... Pour ce qu'il s'agit de notre technicien agricole, c'est un peu plus dur pour lui. En effet, il a le dur rôle de faire travailler les jeunes (même si nous sommes avec lui tout les matins pour travailler avec les jeunes et lui). Il ne sait pas trop les prendre pour les inciter à travailler. Au départ, quand il est arrivé, il a su très vite avoir une relation de proximité avec eux. Cette relation peut être trop proche l'a desservi après car il a fallu qu'il s'impose aux jeunes et peut être qu'il l'a fait avec maladresse. En effet, changeant son comportement, il est devenu sévère avec eux. Trop même ce qui a rendu les jeunes orgueilleux et ils lui ont reproché ce changement de comportement. Comme je vous l'ai dit plus en haut, c'est un travailleur qui est désireux de bien faire, perfectionniste. Il ne comprend pas que les jeunes ne veulent travailler comme lui le fait. Si bien qu'il s'énerve, et en a marre de voir que les jeunes ne veulent travailler selon ses directives. Souvent même, il ne répond pas à leurs provocations ou à leurs insultes, comme l'a fait à un moment donné la maitresse de maison. De temps en temps même il vient me voir ou voir l'autre éducateur pour dénouer les situations qu'il a du mal à solutionner par lui-même. L'intervention extérieure qu'il demande montre aux jeunes des signes d'impuissance, évidemment, les jeunes en jouent. Comme je vous l'ai dit, ils cherchent les failles. Ça c'est le moindre pouvoir qu'ils ont. Le faire craquer pour arriver à le contrôler... C'est dur pour lui, et pour nous qui devons régler les conflits qu'il peut avoir avec les jeunes. On va dire qu'on est quand meme parti de loin et qu'il commence, grace à notre aide à comprendre le travail qui lui est demandé et la façon qu'il doit travailler avec eux. Il a pour lui son énorme force de travail et sa réelle motivation à ce que la fondation Béthanie soit opérante et qu'il soit d'une réel aide pour ces jeunes... C'est aussi un homme qui ne refuse pas d'apprendre et qui veut s'enrichir par C'est pour ça que ça serait dommage de se séparer de lui, comme le veut le financeur. Tout le travail de formation que l'on a mis en place avec lui serait perdu à son départ de la fondation Béthanie...
En tout cas, un beau jour, alors que les jeunes continuaient encore et toujours leurs jeux de provocations et d'insultes, j'ai décidé « de prendre le taureau par les cornes ». J'ai convié les trois « rebelles » de la fondation à un entretien chacun leur tour, en leur signifiant un rappel au règlement. En fait, chaque jeune à son entrée dans le centre signe un règlement intérieur qui définit les règles en cours au sein de l'établissement. Ainsi, nous pouvons leur faire un « rappel au règlement » qui est une lettre par laquelle il est stipulé les règles que les jeune n'a pas suivi. Au bout de trois rappels nous prononçons une exclusion temporaire, au bout de trois exclusions c'est le renvoi définitif de la fondation. Ce rappel au règlement est une sanction grave, un avertissement fait au jeune. Je les ai donc convié chacun leur tour à un entretien où je leur ai dit leurs quatre vérités. Je leur ai dit tout ce que j'avais observé d'eux pour leur faire prendre conscience de leurs problèmes et ceux qu'ils posent à la fondation. Nous avions également fait une réunion d'équipe pour discuter des moyens à mettre en place pour combattre ces mauvais comportements. Il en est ressorti qu'il était temps d'orienter un jeune en apprentissage. En effet, pour l'instant, les jeunes n'avaient pas de visibilité quant à notre capacité à les orienter dans différents ateliers d'apprentissage, sachant que nous n'avions pas encore évalué qu'un de nos jeunes soit prêt à intégrer un milieu professionnel quel qu'il soit... Notre choix s'est porté sur le deuxième jeune qui montre vraiment de la motivation et de grandes capacités dans le travail et dans l'instruction. Nous avons senti ce jeune prêt et avons pensé que ça remettrai aussi les autres dans le travail et dans le respect vis-à-vis de toutes les personnes vivant ou intervenant dans le centre. J'ai donc annoncé à ce jeune qu'il allait être orienté dans un atelier d'apprentissage. Bien sur, il s'est empressé de l'annoncer à ses petits camarades. Cette annonce, les entretiens et les rappels au règlement ont eu un effet miraculeusement positif sur l'ensemble des jeunes. Tous se sont mis au travail comme on ne les a jamais vus faire depuis l'accueil du premier pensionnaire. Le calme était revenu au sein de la structure et toute l'équipe prenait plaisir à travailler chaque jour, voyant que les jeunes avançaient un peu plus chaque jour.
samedi 12 septembre 2009 :
Malheureusement, cette période de grâce n'a pas duré. En effet, depuis plusieurs semaines nous avons vu des mauvaises habitudes resurgir. Nous n'avons plus entendu d'injures, à part dans de rares exceptions dues à la force de l'habitude. Par contre, depuis plusieurs semaines, les jeunes ont repris leur travail de sape avec les deux professionnels techniques de la fondation Béthanie. Il nous a fallu, en tant qu'éducateur être un soutien pour eux comme nous l'avons fait auparavant et intervenir quand il le fallait. Depuis quelques semaines par contre, nous avons vu arriver un nouveau phénomène : celui du vol de la fondation par les jeunes eux même. Pas des vols graves mais ce genre de choses n'aurait pas du leur arrivé et nous alertent sur la difficulté de travailler avec ce genre de population. Ces jeunes avaient en effet pour habitude, avant leur arrivée dans notre centre d'identifier ce qu'il pouvait gagner s'ils faisaient telle chose ou telle autre, s'ils pouvaient gratiller quelques argents de leurs proches ou de ce qu'ils pouvaient retirer de leur environnement proche (ex : voler de la ferraille dans un chantier,...). La fondation Béthanie a été épargné de leurs intérêts pendant quelques mois mais au final, ce phénomène n'a pas manqué de se répercuter chez nous.
Ainsi, le premier vol dont nous avons été victime c'est le vol de deux scies. Un beau matin, alors que je me lève, l'éducateur m'arrête sur le seuil de la porte pour m'apprendre ce méfait. Nous interrogeons dès lors les jeunes présents pour leur demander s'ils connaissent l'auteur de ce vol. Très vite, un des jeunes accuse un autre d'avoir commis ce méfait, en ayant des arguments très solides. Nous n'avons fait que « chauffer la tête » comme ils disent ici à ce jeune pour au bout du compte, au bout de trois heures de pression psychologique, il avoue son délit. Il nous dit que ces deux scies, il les a cachées dans un champ juste derrière la fondation... Il part seul les récupérer mais, bien sur, revient bredouille. Il explique alors qu'il pense que c'est l'un des jeunes qui les a récupérées, ce jeune étant absent puisque parti dans un deuil dans sa famille... Le temps passe, les vacances passent... Entre temps, je réussi à voir le jeune absent pendant la découverte de la disparition des deux outils. Lui me dit qu'il n'est pas du tout responsable de ce vol, qu'on l'a accusé étant donné qu'il n'était pas là pour se défendre, ce qui est très plausible. Lorsque les deux protagonistes de cette histoire sont revenus de leurs vacances, je les prends en entretien dans mon bureau. En les confrontant, le jeune ayant avoué avoir commis le vol m'avoue que c'est lui seul l'auteur de ce vol et que l'autre n'a rien fait. Je lui demande donc, seul à seul, pourquoi avoir volé ces deux scies et pourquoi avoir accusé son camarade. Il me répond qu'il a volé car il n'avait pas de solution pour se nourrir le temps des vacances et qu'il les a caché dans le champ pensant qu'il pourrait les récupérer pendant la semaine, seulement lorsqu'on l'a démasqué, ces deux scies n'étaient effectivement pas là. Il a accusé l'autre jeune qui était absent car il était au courant de ce vol et qu'il a du passer avant lui pour les récupérer. Je lui ai alors demandé de m'amener là où il avait caché l'objet de son vol. Il me montre, et nous retrouvons ensemble le propriétaire du champ. Lui me dit qu'en fait il ne s'occupe pas de ce champ, qu'il a un ami à lui qui s'occupe d'entretenir des palmiers et récolter chaque année. Quelques temps après, je rencontre ce monsieur qui me dit qu'il n'a jamais vu ces deux scies... J'ai donc repris le jeune en lui disant qu'il fallait bien que l'on soit indemnisé de son vol. Pour ce faire, étant donné qu'il n'a pas d'argent, je lui ai demandais de travailler pendant deux semaines au sein de la fondation (c'est-à-dire 5h levée, 5h30 travail jusqu'au repas, 30 minutes de repas et travail jusqu'à l'instruction jusqu'à l'instruction, à peu près 15h, 15h 30...). Le jeune a bien sur trouvé la punition dure et a voulu négocier en me disant qu'il me redonnerait les mêmes scies si je lève ma punition. Devant mon refus, le dimanche soir, il a quand même rapporté deux scies, de la même marque ! Le lundi matin je lui ai dit qu'il s'était en partie pardonné sa faute mais que la punition serait maintenue. Par contre, sa punition a été divisé par deux, c'est-à-dire qu'il n'a fait qu'une semaine au lieu de deux initialement prévu...
Les deux vols suivants ont été commis par le deuxième jeune, un soir où je prenais ma douche, j'ai malencontreusement oublié mon shampoing dans la douche. Ce jeune en a profité pour se l'approprié. Il a également pris les DVD qu'avait ramenés le financeur, sans nous en demander l'autorisation. Même acte, même sanction, j'ai décidé qu'il travaillerait avec le voleur de scie pendant une semaine. Ces actes même s'ils ne sont pas grave en soit, sont des actes répétées et il fallait les punir sévèrement pour que cela ne se reproduise plus. Pour moi, cette situation est plus grave que celle du premier jeune qui a avoué ce qu'il avait fait, s'est repenti et à chercher à indemniser le préjudice subi. Là, malgré nos interrogations répétées, il a fallu sanctionner l'ensemble des jeunes pour récupérer les DVD et fouiller toutes les armoires pour découvrir que c'était lui le voleur de shampoing...
Le troisième vol est venu du premier jeune qui a volé de la peinture pour l'utiliser chez lui. C'est le voleur des scies qui nous a alerté sur ce vol, peut être par vengeance vis-à-vis de son accusateur. Auparavant, il avait essayé de subtilisé le ballon qu'on utilise pour jouer au foot, alors même qu'il avait empêché le même vol au voleur de DVD une semaine avant... Même acte, même sanction...
Tout ces actes répétées nous fatiguent et nous a mis en vigilance par rapport à tout ce dont a accès les jeunes. Nous avons vu que nous ne pouvions pas avoir confiance en eux ce qui est bien dommage pour l'ensemble de la structure. Il y a peu encore, la cuisine était ouverte tout le temps mais nous avons constaté qu'il y avait aussi des vols de nourriture... Maintenant, il doit y avoir un adulte encadrant dans la cuisine quand les jeunes ont besoin de quoique ce soit dans ce lieu. Le positif dans tout ça c'est que nous ne sommes malgré tout pas dupe et nous nous rendons compte assez rapidement des choses qui disparaissent inopportunément. Ce phénomène fait partie de leur problématique et nous pouvons travailler sur cela. Je pense que c'est le bon lieu pour le faire les jeunes doivent régler ce problème dans leur comportement ici pour ne pas avoir de problème à l'extérieur. Même si les punitions peuvent vous paraitre sévères, il en serait autrement au dehors de la fondation. En effet, nous avons entendu parler d'un jeune qui avait pénétré dans le champ d'à coté pour cueillir des mangues. L'ouvrier qui travaillait dans le champ l'a intercepté et l'a « corrigé mal ». Il voulait ensuite l'amener au commissariat mais les voisins alertés l'en ont empêché. Lorsqu'on sait qu'un vol d'une caisse de bières vides ici peut vous amener à faire deux ans de prison...
dimanche 13 septembre 2009 :
Lorsque les problèmes ne sont pas les vols, c'est autre chose. Ainsi, en début de semaine, le deuxième jeune a exhibé à tout le monde son nouveau portable semblant neuf. Lorsque nous nous sommes rendu compte de quel type de portable il s'agissait, on a halluciné. En effet, il avait le portable dernier cri, avec toutes les options possibles et imaginables. Nous nous sommes bien sur inquiétiez de savoir combien coutait ce petit bijou et de savoir aussi où se l'était il procuré. Il nous a dit qu'il coutait 150 000 Francs CFA, soit plus que mon salaire d'un mois !... Il nous a aussi juré qu'il se l'était procuré dans un magasin de portable sur Douala. Comment un jeune de la fondation Béthanie peut il accéder à un tel objet alors qu'aucun professionnel de l'équipe ne pourrait se le payer, même le directeur ?... Nous l'avons questionné pour savoir d'où venait cette somme d'argent qu'il avait donné pour acquérir ce portable. Il n'a pas voulu nous répondre malgré notre insistance. Deux version est alors plausible : soit, comme il nous a dit, il l'a acheté dans un magasin. Mais d'où vient l'argent ? Soit il l'a eu par des réseaux souterrains délictuels. Dans les deux cas, cette situation nous inquiète car ce genre d'histoire nous dévoile qu'il n'a pas fait le deuil de ses anciennes relations. Rappelons que ce jeune a fait la prison à Douala et qu'il a été incarcéré pour vol de ferraille dans un chantier. S'il a réussi à avoir l'argent comme il le prétend, il l'a forcément fait d'une manière délictuelle car il n'a pas pu obtenir cette somme de 150 000 Francs CFA en travaillant deux jours par semaine pendant le weekend. Il l'a surement du l'avoir en l'achetant à un de ses amis qui a du le récupérer comme on dit « tombé du camion »... Bref, nous l'avons sommé de nous donner ce portable pour qu'on vérifie sa provenance et sinon savoir comment il a fait pour se procurer les 150 000 Francs CFA utiles à un tel achat. Ce jeune a radicalement refusé tout ce qu'on lui donnait comme ordre. Nous ne pouvions pas utiliser la violence pour l'obliger à nous obéir. J'ai donc décidé qu'il s'installe sur un banc toute l'après midi jusqu'à ce qu'il nous le remette. Peine perdu, il est resté là et s'en est suivi une guerre psychologique entre lui et moi. Le jeune partait toutes les 5 minutes prétextant qu'il devait aller aux toilettes. Il n'a pas respecté mes ordres et ma « punition ». Excédé comme je l'étais nous nous en sommes presque venus aux mains. Dans une colère noire j'ai donc décidé de le renvoyer pendant une semaine. Cet épisode a été la goutte qui a fait le vase. En effet, depuis quelques semaines, ce jeune nous montrait constamment de la rébellion, surtout devant les autres. Comme je vous l'ai dit plus haut les jeunes cherchent un leader et c'est celui qui aura la plus forte tete, qui se démarquera des autres. Ceci est bien dommage pour lui car nous lui avions proposé un apprentissage, souvenez vous. Le fait qu'il mette à son actif autant d'actes, en si peu de temps nous fait prendre conscience que c'est un jeune qui n'a pas encore compris ce qu'on veut lui apporter ici et qu'il doit changer de comportement s'il veut changer de vie. En acquérant un portable de 150 000, en étant en rébellion permanente face au personnel de la fondation, en volant son directeur, en volant des DVD de la fondation, alors même qu'il est sur le point de rentrer en apprentissage nous fait poser la question de savoir ce que veut vraiment ce jeune. Là, il est à un carrefour décisif dans sa vie où il a la possibilité de s'en sortir ou de décider de rester dans ce qu'il a connu auparavant et qui l'a amené en prison...
Tout au long de ma prise de tête avec lui, le premier jeune se délectait de voir mes, nos difficultés et entretenait même la zizanie entre nous deux. Au final, quand je me suis vraiment mis en colère et que j'ai viré son acolyte, il a tout fait pour qu'une telle chose n'arrive pas. Après le départ de son camarade, il m'a reproché mon geste et s'en est très vite pris à la maitresse de maison pour une histoire de pierre à écraser le piment qui lui avait donné. Elle lui avait promis de lui donner 250 Francs CFA en échange... Etait ce un prétexte pour se venger de l'exclusion de son « frère » ?... En tout cas, il s'est arrangé les deux jours suivants pour nous faire sortir de nos gonds très régulièrement. Deux jours après l'exclusion de son ami, il a profité du déjeuner pour encore nous énerver, surtout moi. Il voulait garder le reste de son repas qu'il n'avait pas mangé pour pouvoir s'attabler dans l'après midi. Or, nous avons prévu des moments bien précis pour se mettre à table : c'est-à-dire : à 6 heures au lever, à midi et à 19 heures. Ceci, pour apprendre aux jeunes à avoir un certain rythme de vie. Devant notre refus de l'autoriser à garder ce repas, il a continué à manger grain de riz par grain de riz, par pur provocation et pour échapper au travail qui l'attendait (vu qu'il était puni comme les autres pour le vol de la peinture)... Je me suis levé en lui demandant de me remettre l'assiette ce qu'il a refusé. Ensuite, quelques secondes après, il s'est levé de table pour garder ce repas dans le dortoir ce qui est totalement interdit. Je l'ai donc arrêté pour qu'il me remette le plat ce qu'il a refusé une fois de plus. Il a fallu pratiquement en venir aux mains pour, en fin de compte que le plat se retrouve à terre... Devant cette rébellion et cette provocation à peine cachée, j'ai encore une fois pris « le taureau par les cornes » et décidé de l'exclure comme son camarade pendant une semaine. Le lendemain après midi suivant, je me suis rendu avec les jeunes au terrain de foot pour disputer une partie avec les jeunes du quartier comme nous le faisons tout les mardis et les jeudis. Le jeune que j'avais exclu la veille était là pour jouer. Bien sur, je ne pouvais pas lui dire de partir vu que c'est un terrain public où tout le monde peut jouer. Malheureusement, je me suis retrouvé dans l'équipe opposée. Il m'a tenu à la culotte tout le long de la partie. Chaque ballon qui m'a été donné de jouer, je l'ai retrouvé sur mon chemin. Inutile de vous dire qu'il n'y a pas été de main morte. C'est ainsi que j'ai subi des agressions perpétuelles de sa part. A un tel point que j'étais prêt à me battre sur le terrain avec lui et que les gars du quartier, à chaque agression étaient sur lui, le menaçant de lui tomber dessus et qu'il ne finirait pas le match sur ses deux jambes... Là j'étais vraiment excédé, heureusement, il me reste un peu d'endurance, je l'ai donc baladé sur tout le terrain. Quand il en a eu barre, et qu'il ne pouvait plus me suivre, il a décidé de rester dans une partie du terrain mais a quand même réussi à m'agresser une ou deux fois de plus, ce qui n'a apaisé les tensions. J'étais tellement en rogne qu'il a fallu que je quitte le jeu pour me calmer sinon, je ne sais pas ce qu'il ses serait passé. En revenant à la fondation, un jeune m'a raconté qu'il l'avait prévenu avant la match qu'il allait être sur moi pendant tout le match et qu'il « allait me casser les pieds », ce qui veut dire ici qu'il était là pour m'agresser... Son acte était prémédité et il a pris le prétexte du football pour régler les affaires personnelles qu'il avait avec moi. Le lendemain du match, je suis allé voir son oncle, qui est son tuteur, pour lui expliquer toute l'histoire. Il m'a dit qu'il n'était pas surpris par ces gestes. Ce jeune a vécu dans un milieu très défavorisé. Son feu père avaient le même comportement. Le père comme le fils était et est très intelligents. Malheureusement, son père utilisait cette intelligence pour du négatif, ce qui fait qu'il avait plein de problèmes où que ce soit, hormis dans son travail. Le fils aujourd'hui suit la même voix. Il m'a révélé aussi que ce jeune était en quelque sorte « un enfant roi », il sait que chez lui, sa belle mère ne le laisserait pas mourir de faim. Il sait aussi qu'il peut venir chez son oncle s'il n'a rien à manger, il y a aussi son autre oncle qui habite juste à coté de chez lui où il peut venir quand il le veut... Il habite dans la maison de son père où il se conduit en maitre de maison, il sait qu'un jour ou l'autre, il récupérera cette habitation. Son père a cotisé pendant toute sa vie professionnelle à la CNPS, sorte de sécurité sociale à la camerounaise, normalement, d'ici décembre, il devrait toucher une pension. . Toutes ses informations nous font penser qu'il réussisse ou pas ici, ce n'est de toute façon pas son problème puisqu'il sait qu'il aura d'une manière ou d'une autre les moyens de satisfaire ses besoins... C'est son oncle qui a fait les papiers pour qu'il touche la pension. La CNPS lui a demandé une attestation comme quoi le jeune fréquente un établissement scolaire ou un centre de formation. Nous avons eu en effet une visite d'une assistante sociale de cette institution qui voulait vérifier si le jeune était bien accueilli dans notre centre. Ce que le jeune n'a pas prévu c'est que s'il se fait exclure définitivement de la fondation, il n'aurait pas droit à la pension CNPS étant donné qu'ils demandent que le bénéficiaire soit mineur et fréquente un établissement scolaire ou un centre de formation... Autant dire que sa situation est précaire car c'est la deuxième exclusion temporaire et qu'à la prochaine, c'est un renvoi définitif et automatique que je signerai...
Sinon, nous avons reçu enfin un cinquième jeune au sein de la fondation Béthanie. Il vient de la prison d'Edéa. Il a été incarcéré pour complicité de vol. Sa mère est institutrice et, n'ayant pas de père, son tuteur fait aussi office de professeur dans le même établissement que sa mère. Malgré l'emploi de ses parents, il a abandonné l'école par commodité personnel. C'est dommage car il suivait une formation en électronique et était en dernière année. En effet, il voulu suivre l'école de la débrouille avec ses fréquentations plus que douteuses plutôt que de suivre les dures lois des bans d'école... D'ailleurs, son tuteur l'avait renvoyé de chez lui et le jeune homme dormait sous la terrasse de sa maison. Seulement, sa mère ayant pitié de sa progéniture, le faisait rentrer pour qu'il dorme au salon... Je disais donc qu'il a été condamné à six mois de prison pour complicité de vol. En effet, un jour qu'il rentrait tard le soir, des voisins l'ont arrêté et conduit au poste de police car le vol d'une télévision avait été commis. Un de ses amis a été arrêté avec lui. Le jeune a accusé d'abord son collègue prétendant qu'il n'y était pour rien dans cette histoire. L'autre l'a alors menacé gravement ce qui lui a fait changer d'avis et il a avoué le délit qu'il n'avait pas commis... Son projet n'est pas encore tout à fait arrêté car il voudrait être mécanicien ou conducteur, comme le font beaucoup.
Lundi 14 septembre 2009 :
Je ne vous ai pas dit mais mes s½urs sont passées me visiter. Cela m'a fait le plus grand bien de les voir. Elles ont pu me raconter ce qui leur étaient arrivées depuis mon départ et j'ai pu, par leur intermédiaire être au courant de tout les petits potins de la famille. Pour moi, c'est important d'avoir ce genre de visites car cela me permet de toujours être au fait de ce qui se passe parmi les miens. J'ai cette chance que mes parents et mes s½urs soient des voyageurs et qu'ils aient consacré du temps et de l'argent pour venir voir leur fils, leur frère. C'est une chance car je me rends compte que peu de volontaires ont ce luxe de pouvoir accueillir leurs proches dans leurs lieux de missions respectifs. Au-delà du plaisir d'avoir un peu des nouvelles de France, il y a aussi la possibilité que mes proches puissent connaitre ce que je fais ici, quels sont les gens que je côtoie tout les jours, les lieux que je fréquente... Cela leur permet de se rendre compte plus concrètement de ce que je vis ici. Ils peuvent se rendre compte de leurs propres yeux les difficultés, les bonheurs que je peux vivre ici. Ceci est, je pense très important pour eux, mais aussi primordiale pour moi. Leur faire partager un peu de ce que je vis ici est un vrai objectif pour moi.
J'ai fait le choix de ne pas repartir du tout chez moi pendant les deux ans que je vais faire ici. Beaucoup de volontaires reviennent souvent en France pour recharger les batteries. Certains m'ont dit que c'était très difficile. Ce sont deux mondes qui nous différencient. Lorsque l'on revient en France, il faut se réadapter à la vie française, à quoi cela sert si on sait que l'on est chez soi pendant un mois voire deux ? Il y a aussi l'accueil des gens que l'on connait qui sont plus ou moins intéressés par ce que l'on vit dans nos pays de mission. Les deux volontaires de Pouma m'ont dit qu'à leur retour en France ils n'avaient pas trouvé énormément d'interlocuteurs prêts à les écouter et intéressés par leur expérience. En effet, le monde continue de tourner en notre absence, les amis, la famille ne nous attendent pas pour continuer leur vie. Ils ont d'autres genres de préoccupations que de connaitre la situation des prisonniers au Cameroun ou du système scolaire de Madagascar ou encore de l'approvisionnement en eau potable au Tchad... C'est pour cela que c'est important que mes parents et mes s½urs viennent me voir pour se rendre compte de l'environnement dans lequel j'évolue et aussi ce que je suis en train de vivre. Je sais qu'à mon retour je pourrai compter sur eux pour être des interlocuteurs privilégiés. Les mails, le blog est important mais je pense qu'il faut aussi se déplacer pour connaitre la réalité des choses. Le sentiment d'abondance des volontaires qui reviennent en France pendant leurs vacances leur fait mal au c½ur. Dans la plupart des pays où nous sommes affectés, la plupart des populations n'ont pas de quoi subvenir à leur besoin. Pour ma part, je pense qu'il serait mal venu de repartir en France pour les vacances à causes toutes ses raisons. Peut être aussi que je ne voudrai pas revenir ici finir ma mission, elle est tellement dure. Et puis je n'ai pas beaucoup de vacances non plus. Je préfère les consacrer pour visiter le pays. Revenir en France est très onéreux quand on prend en compte las faibles indemnités que nous octroie nos différents lieux de missions. Il faut bien payer le billet d'avion...Quand je repartirai en France se sera un retour, ou un départ, définitif. Si je n'ai pas épuisé toutes mes vacances je reviendrai avant pour le plus grand plaisir de chacun de vous je l'espère.
Mes s½urs ont donc vécu avec moi pendant près de trois semaines. Elles ont pu vivre ce que je vis depuis un an que je suis ici. Elles ont surtout découvert mon travail et les difficultés que j'avais vis-à-vis des rapports que j'entretiens avec l'ensemble du conseil d'administration et surtout avec la s½ur. Elles ont vu la difficulté de travailler tout les jours avec la population que je prends en charge dans le centre, d'ailleurs nous avons eu le plaisir de travailler ensemble. Elles étaient très investies dans l'instruction, nous avons aussi été plusieurs fois en prison pour qu'elles découvrent le travail que je fais dans cette institution et puis elles ont partagé un brin de vie avec les jeunes, ce qui était une grande expérience tant pour elles que pour eux. Elles ont vu combien c'était difficile d'entretenir des rapports privilégiés avec les camerounais. Elles ont pu appréhender les difficultés de faire la distinction entre ma vie personnelle et professionnelle étant donné que « je vis dans mon travail »... Elles m'ont félicité du travail que je peux effectuer tout les jours ici, sans jamais baisser les bras. Elles ont admiré le courage que j'avais de faire ce que je fais, avec toutes les difficultés que je vous ai décrites tout au long de mon récit. Je pense qu'elles pourront réagir dans les commentaires si j'ai omis de vous dire quelque chose.
Nous devions voyager. Elles étaient venues pour 5 semaines. Malheureusement, ma plus petite s½ur, Mélisande est tombée malade, de la maladie qui est un fléau ici en Afrique : le palu ! Et oui encore lui... Heureusement, elle connaissait bien cette maladie car elle n'est pas vraiment veinarde avec elle. C'était son quatrième voyage en Afrique, et elle l'a eu trois fois ! Du coup, elle s'est très vite rendu compte de ce qui lui arrivait. Nous avons donc pu effectuer les démarches rapidement pour combattre la maladie. Très vite, nous avons pris la décision ensemble qu'elle devait se faire rapatrier. En effet, le docteur qu'elle a vu n'avait pas jugé bon de l'hospitaliser. La fondation Béthanie, avec toute l'énergie des jeunes n'était pas vraiment le meilleur endroit pour une guérison digne de ce nom, surtout avec cette maladie. Nous avons donc préféré qu'elle rentre en France, qu'elle se fasse dorloter par la maman et qu'elle retrouve l'environnement qui est le sien... Solenne, a préféré repartir avec elle pour l'accompagner et prendre bien soin d'elle pendant le transport. Je les ai donc accompagnés à l'aéroport. Leur dernier mot a été de me dire qu'elles me trouvaient fatigué et qu'il fallait que je prenne soin de moi. Nous avons donc fait trois semaines ensemble au lieu de cinq initialement prévues à cause de cette satanée maladie !
Le départ de mes s½urs m'a laissé un peu un sentiment de perplexité, de frustration. Leurs dernières paroles m'ont fait réfléchir. En effet, il était grand temps que je me repose un peu, que je prenne du recul par rapport à tout ce que j'ai vécu depuis un an. C'est vrai que j'étais à bout physiquement et psychologiquement. Je n'avais pas pris de vacances depuis que j'étais arrivé (mis à part deux jours quand mes parents sont venus me visiter). Il me fallait un nouveau départ. Heureusement, deux semaines après leur rapatriement, nous avons fermé le centre pour une semaine. Les jeunes ont ainsi pu prendre des vacances et le personnel a pu faire un break. Cette semaine a été profitable à tout le monde. La structure avait besoin de ce temps de repos pour repartir sur de bonnes bases. Pour ma part, je n'ai toujours pas pris de vacances. Cette semaine sans les jeunes m'a été grandement profitable. J'ai pu faire tout ce que je n'avais pas eu le temps de faire quand les jeunes sont là mais cette semaine m'a surtout permise de me reposer. J'ai dormi à peu près 15 heures par jour ! J'ai pu aussi prendre du temps pour moi et de faire un petit bilan du temps écoulé depuis mon arrivée.
En effet, me voici à la moitié de mon voyage, cela fait un an que je suis ici et il me reste la même durée pour vous serrer dans mes bras, pour revoir mon pays et tous les êtres qui me sont chers. Depuis que je suis arrivé, je porte un peu tout sur mes frêles épaules, et c'est éprouvant au niveau du physique comme au niveau moral. Il faut que je prenne du temps pour moi. En même temps c'est difficile, quand on vit 7 jours sur 7 sur son lieu de travail... Mais c'est ainsi. La fonction de direction est un rôle très complexe et très exigeant, je dois être sur tous les fronts en même temps. Comme je l'ai dit avant, je suis entre les jeunes, les membres de l'équipe, le conseil d'administration, le financeur et l'environnement autour de la structure. Cela demande beaucoup de disponibilité et de clairvoyance. Je suis toujours en équilibre instable entre tous ses protagonistes qui n'ont pas forcément les mêmes objectifs et la même vision de la fondation. En plus de cela, je dois aussi jouer un rôle éducatif car je m'efforce de toujours passer du temps avec les jeunes, c'est ce pour quoi je suis venu ici et ça je ne pourrai pas faire sans. C'est moi également qui fait toutes les démarches concernant les « recrutements » des jeunes. Autant dire que c'est un boulot de dingue que j'abats tout les jours, tout les mois, tout au long de l'année.
Mis à part l'équipe que j'ai autour de moi, je suis un peu seul et je ne reçois quasiment aucune aide de l'extérieur. Je suis déçu de voir combien les membres du conseil d'administration ne sont pas investis dans le projet. Nous avons formé un conseil de sages et de notables de la ville qui donne des réunions de conseil très intéressante. En même temps, j'ai l'impression qu'ils ne peuvent pas s'investir au quotidien, ou tout du moins assez régulièrement dans la fondation Béthanie. Je leur demande juste d'être un peu plus concernés par le projet, plus qu'exclusivement pendant les réunions trimestrielles. Par exemple, pour qu'ils aient une petite visibilité de notre travail, je les ai invité à venir manger un midi chacun son tour. Personne n'est venu depuis mis à part mon ami docteur et le président. Par contre nous avons toujours la visite de la s½ur qui vient une fois par semaine, mais ce n'est que pour manger... Vous êtes au courant des problèmes internes qui a émaillé tout le long de mon année passé ici. Il y avait de gros problèmes avec la s½ur qui ont été en partie résolus avec l'élection d'un nouveau président. J'ai su faire mon mea culpa pour améliorer nos relations. Je la trouve aussi plus sereine, plus tranquille depuis qu'elle n'est plus présidente. En même temps, comme vous l'avez vu, ce nouveau président n'est pas du tout investi et concerné par la fondation... Moi ce que je demandais, et notamment au financeur, c'est qu'ils trouvent quelqu'un qui puisse m'épauler, m'être de bons conseils et être assez présents pour être au fait des évolutions de notre structure, peut être pas au niveau hebdomadaire, mais au moins au niveau mensuel. Tel n'est pas le cas et ce n'est pas normal. Pour l'instant j'attends qu'il me contacte, apparemment il voudrait faire prochainement une réunion. Mais sur quoi vu qu'il n'est au courant de rien ?... J'en parlais à l'éducateur qui me disait qu'ici, tel était le cas, c'était les hommes du terrain qui devaient se démmerder seuls pour faire émerger une structure comme celle que l'on essai de mettre en place. Lorsqu'un président d'une association est le fondateur, celui-ci était très investi. Malheureusement, ici on a bien vu que l'investissement de la s½ur ne servait pas à grand-chose sinon de faire perdre de l'énergie inutilement et de faire reculer le projet de la fondation. Comme vous avez vu dans cet article, le financeur me met de plus en plus la pression pour avoir des résultats. Nous payons les peaux cassés de l'appétit de certains acteurs qui sont intervenus pendant la construction de l'établissement. Certaines erreurs stratégiques et l'appétit de ces gourmands ont retardé l'avancée de la fondation Béthanie. En effet, comme je viens de le dire, beaucoup se sont engraissés grâce à notre structure. Tous ces paramètres font qu'aujourd'hui nous sommes étranglés par le temps et les moyens qui vont en se décroissant, le financeur a de plus en plus de mal à trouver des fonds, les donateurs se sont petit à petit échappés étant donné qu'ils ne voyaient pas le projet de la fondation avancer. En tant que directeur, je dois prendre en compte ces difficultés et faire en sorte qu'à mon départ, la fondation soit bien mise en place et puisse continuer à vivre.
J'ai du faire face à tant de difficultés cette première année. Notamment celle de s'intégrer dans le paysage de la ville, celle de rentrer au sein de la prison et d'être accepté par tous ses acteurs internes ce qui n'a pas été chose facile. Avec le fléau de la corruption endémique que nous connaissons dans ce pays, il y a de quoi faire pleurer, et la prison en est un « brillant » exemple. Je n'ai pas été épargné par ce phénomène mais j'ai quand même su ne pas répondre aux sirènes de la facilité. Cela m'a attiré des ennuis, ou tout du moins fait perdre énormément de temps. Telle est la difficulté d'un étranger, venu d'un autre continent, avec d'autres m½urs, qui arrive pour travailler dans ce pays. Il faut prendre en compte les aspects culturels de l'environnement dans lequel nous évoluons. Comment avancer en faisant avec tous ses aspects sans se perdre de vue, sans bouleverser notre éthique personnelle ? Trouver un équilibre est une prouesse. Ça me fait toujours penser à l'équilibriste qui est sur son fil, il doit prendre en compte cette difficulté tout en ayant en tête les figures qu'il doit effectuer, et sans tomber !... La corruption fait partie de cette problématique. Il faut bien faire avec, chose que j'ai toujours refusé. Finalement avec de la patience, du bagout, de la persévérance, souvent de l'humour mais aussi de la fermeté lorsque c'est nécessaire, on arrive toujours à ses fins. La corruption est révélatrice d'un certain état d'esprit que j'ai remarqué ici. Les gens (pas tous à de rares exceptions prêt) sont arrivistes ! Je pensais arriver dans un pays où la solidarité est de mise. Je me suis trompé. Personne ne fait rien pour rien. Pour moi c'est usant et m'entretien dans ma solitude à mettre en place une telle structure. Personne ne nous aide (comme je l'ai dit à de rares exceptions prêt). Nous sommes arrivés, les allemands puis les français pour imposer notre mode de vie à ces populations. Finalement, je me rends compte qu'ils ont pris le pouvoir de l'argent, le système capitaliste à leur propre compte. Ce qui est malheureux c'est qu'aujourd'hui, pour la fondation mais aussi pour tout le secteur social, l'argent vient exclusivement du monde occidental. Comment faire autrement ? L'Etat est inexistant, les élites politiques se versent bien copieusement dans les finances publiques et les entreprises locales ont « d'autres chats à fouetter »... D'un autre coté, c'est vrai que je ne connais pas de multinationales africaines. Nous exploitons toutes les ressources de l'Afrique à nos propres profits et nous arrosons bien copieusement les leaders pour qu'il en soit ainsi pendant encore longtemps... C'est le poisson qui se mord la queue ! Quelles sont les solutions, les réponses pour régler ses soucis ? Je pense que le salut ne viendra que de la société civile comme toujours. C'est aussi pour cela que je suis ici. Des initiatives comme celles de la fondation j'espère aux camerounais de prendre conscience de certains phénomènes de société qu'ils peuvent résoudre. Le tout c'est d'avoir des relais sur le terrain et vu ce que je vous ai dit, c'est très dur. L'arrivisme des autochtones ne les feront bouger que s'ils voient que c'est un établissement qui marche et où ils peuvent y gagner quelque chose, ce ne sera pas par convictions... Comment parler de développement dans une telle situation ? Le sort de l'Afrique, du Cameroun doit tous nous préoccuper mais il faut aussi que les africains trouvent eux même les solutions pour se sortir des problèmes qui les enlisent depuis trop longtemps. Ceci ne viendra que d'une prise de conscience collective.
Au Cameroun, l'esprit de citoyenneté n'existe pas, les gens ne s'intéressent pour ainsi dire exclusivement qu'à leur propre existence, leurs intérêts personnels. Ceci est alarmant, je sais chez nous, les gens sont à peu près dans la même veine. Seulement, l'Etat est fort et réalise bien des choses. Il joue sa fonction régalienne. Ici ce n'est pas le cas. Prenons l'exemple des routes. Mis à part les quelques grands axes reliant les principales villes, l'état de ces routes est déplorables. A tel point que certaines régions sont carrément coupés des autres car la population n'a pas la possibilité de se déplacer. Les gens vivent donc en vase clos !... Dans certains quartiers d'Edéa, les routes sont impraticables. Tout le monde trouve ça intolérable et ce sont les réparateurs de voitures et de motos qui en profitent bien. Seulement personne n'est prêt à prendre sa pioche et sa pelle pour boucher les trous devant chez soi. Avec un peu solidarité on arrive à tout, et si les voisins d'une même rue prenaient tous une journée pour travailler main dans la main, les rues et les routes changeraient de visage. Non, c'est à l'Etat ou la commune de faire ça, mais puisqu'ils ne font rien, personne ne bouge... Tel est le cas pour tout, c'est désolant, c'est éc½urant et très fatiguant quand on n'est pas dans cette état d'esprit. L'exemple de notre structure est aussi un bel exemple. Nous avons un rôle qui normalement est destiné à l'Etat. Mais il ne faut pas compter sur lui, nous n'aurons jamais rien de sa part. Il faut faire bouger les consciences mais c'est très difficile ! Les gens comme je l'ai dit ne se bougeront pas, à de très rares exceptions prêt...
Tout ce que je vous décris là sont des constats négatifs que j'ai pu faire. Je savais en arrivant ici que cela n'a pas être facile mais je ne savais pas que ça allait être aussi difficile. En même temps, quand je me mets dans le contexte de l'année dernière à mon arrivée, je me dis que j'ai travaillé d'arrache pied, comme jamais, mais au final, mon travail a payé. En effet, lorsque je suis arrivé, il n'y avait que des murs, les travaux n'étaient pas encore terminés. La fondation Béthanie était livrée à elle-même. Il n'y avait que la s½ur et le directeur de l'hôtel, qui m'a accueilli, qui étaient investis dans le projet. Projet, utopiste de la s½ur, qui n'était même pas couché sur papier. Il a fallu que je le rende un peu plus réaliste et que je mette sur pied une véritable prise en charge éducative qui soit aidante pour les jeunes sortants de prison, notre population cible. Les débuts ont été très difficiles, je n'ai reçu aucune aide de la part de la s½ur pour identifier les acteurs dont je pouvais l'appuyer pour commencer à travailler. Pourtant, c'est elle qui aurait du être ma personne ressource pour m'aider à mettre en place mon travail. Imaginez, vous êtes étranger, vous venez d'un autre continent, d'un autre monde pour mettre sur pied un tel projet... et vous êtes totalement seul ! Vous ne connaissez personne mis à part la s½ur qui vous met des bâtons dans la roue... Finalement, à force de courage, de motivation, de persévérance, j'ai pu rencontré les bonnes personnes, et petit à petit construire un réseau qui m'a servi à commencer un réel travail éducatif. J'ai pu m'entourer d'une équipe motivée, totalement investie dans le projet. J'ai pu mettre en place de réelles relations de confiance avec l'équipe de la prison et avoir le privilège de pouvoir travailler quand je le veux, comme je le veux dans cette institution. Enfin, la morte fondation Béthanie commence à vivre et nous avons aujourd'hui cinq jeunes dans nos murs. J'ai une grande partie du travail qui m'a été confié. Je suis déjà fier de moi. J'ai eu des résultats pour lesquels il a fallu me battre et ne pas me décourager. En fin de compte, j'arrive avec une année d'expérience à me dire qu'une bonne partie de la mission a été réalisé. Aujourd'hui, tout est sur pied. Pourtant, il me reste encore à trouver la force de continuer et améliorer ce qu'on a commencé déjà à initier. Il y a 5 jeunes mais nous avons une capacité d'accueil de 15 jeunes. C'est vrai que 5 jeunes pour un an de travail ce n'est pas cher payé, mais au fait il faut se dire que cela ne fait que 6 mois qu'on a accueilli notre premier jeune. Malgré toutes les difficultés que je vous ai décrites avec eux, ils avancent tous les jours. Tout ce qu'ils nous donnent à voir nous permet de travailler. Nous savons très bien que ces jeunes ne sont pas des anges, ils ont un lourd passif et sont passés par la prison ou étaient en risque d'être incarcérés. Ils ont tous grandi avec un manque de repère et surtout un manque d'autorité. Le fait qu'ils soient encadrés les gêne mais ils savent bien qu'ils en ont fort besoin. En 6 mois, nous les avons vus évolué mais ce n'est pas du jour au lendemain qu'on change un homme... Tout les lundis, je pense qu'un ou deux gars ne seront pas là car je sais combien être un jeune au sein de la fondation Béthanie est très difficile. Se lever à midi, travailler 7 heures par jour que ce soit dans le travail ou dans l'instruction, faire la lessive, le ménage, aller chercher de l'eau pour la collectivité, se faire réprimander et se faire punir à chaque fois que l'on fait une faute, n'est pas chose aisé pour un jeune qui n'a jamais fait ça et qui rêve de la vie facile. Pourtant, tout les jeunes sont au rendez vous tout les lundis à 8 heures, et même avant. Ça veut dire qu'ils trouvent un intérêt certain à être chez nous, ce qui est très bon signe pour eux. Ils savent qu'ils sont en train de changer et de se construire un avenir. Même s'ils ne le savent pas encore, je pense que la fondation Béthanie sera n'en point douter un lieu de référence dans leur vie. Le fait que je sois français, surtout blanc, leur apprend aussi à ne pas faire de référence et de comprendre aussi que ce qu'on peut leur montrer ou ce qu'ils peuvent penser sur l'Europe. Bref, nous leur offrons une vraie chance de pouvoir réussir leurs vies; à eux de la saisir !...
Comme vous l'avez vu, une première partie de ma mission a été réalisée : celle de la mise en place de l'ensemble de la prise en charge éducative. Maintenant, ce qui me reste à faire est un nouveau défi. Pour que la fondation Béthanie puisse vivre, il faut tout d'abord que je continue à accentuer mes efforts pour le recrutement des jeunes, afin que la fondation soit pleine à mon départ. Il me faut aussi, et ça ce n'est pas une mince affaire, trouver d'autres sources de financements que celles du financeur. En effet, comme vous avez du le pressentir, nous sommes en situation de dépendance total vis-à-vis de lui. Une des sources de financement que je dois mettre en place c'est de trouver des moyens pour que la fondation soit productrice. Nous sommes en train de réfléchir à des projets d'ateliers artisanaux que nous allons bientôt présenter au conseil d'administration. Nous avons déjà bien investi le champ qui nous apportera très bientôt une grosse partie de notre alimentation. Nous voulons aussi chercher les moyens d'avoir un atelier de soudure et de menuiserie. Tous ces projets auront un but formateur pour les jeunes mais nous pourrons aussi vendre notre production. Nous apporterons donc, par ce moyen une partie de notre budget de fonctionnement non négligeable. Une fois que nous aurons tout cela, nous pourrons démarcher des bailleurs de fonds qui, je pense seront intéressé par ces données. En effet, les ONG ou autres sont toujours plus enclin à donner de l'argent à une structure productrice. Pour l'instant, nous sommes consommateurs, bien que nous économisons énormément d'argent par ce que nous faisons avec les jeunes, par exemple, nous avons posé tout les fonds plafonds avec les jeunes. Tout ce travail nous a permis de ne pas payer un technicien qui nous aurait couté assez cher... Toutes ces recherches de financements ne sont pas, vous pouvez l'imaginer, ce que je préfère mais je suis bien obligé d'y penser pour que la fondation Béthanie survive à mon départ. Un gros défi donc me reste à relever, pour que dans quelques années je puisse revenir et que la fondation soit toujours là et bien là...
Pour ma part, malgré tout le travail, malgré toutes les difficultés, malgré les gros sacrifices que j'ai fait en me coupant pendant deux ans de mes proches, malgré avoir quitté un bon travail en France, je me dis que je ne perds vraiment pas mon temps ici. Mettre sur pied une telle structure, être à sa tête, travailler avec une telle population, dans un tel environnement est une formidable expérience professionnelle pour moi. Nul doute qu'elle me servira tout au long de ma carrière. En effet, j'ai l'impression d'apprendre tout les jours. Le documentaire de Pierre Carles sur Pierre Bourdieu est intitulé « la sociologie : un sport de combat », ici je pourrai reprendre cette expression à mon propre compte et dire : « éducateur spécialisé : un sport de combat »... C'est vrai que cette expérience m'apprend la patience, la persévérance et surtout à me battre tout les jours pour arriver à ce que le projet soit mis en place. Je me dis que quand je travaillerai en France, tout me semblera facile, au vu des difficultés auxquelles je fais face depuis que je suis ici. Il y a aussi le poste de directeur. Etre directeur, mettre en place une structure comme celle-ci, avec des sortants de prison est une opportunité rare que je n'aurai, je pense, jamais plus. Combien d'années à exercer mon métier en France pour avoir un poste comme celui là ? 5 ans 10 ans voire plus... Si un jour, je veux avoir des responsabilités dans mon pays, j'aurai déjà cette expérience à valoriser. J'aurai déjà eu l'expérience de diriger et mettre en place une structure ½uvrant dans l'action sociale. Peut être que certains se disent que je suis en train de perdre 2 ans de ma vie, je pense au contraire que je suis en train de gagner 10 voire 15 ans, au niveau professionnelle.
Au niveau personnel, comme vous le savez, j'avais rencontré une belle camerounaise. Cela n'a pas marché, celle-ci, comme beaucoup d'autres camerounais (et aussi camerounaises), était arriviste, voulait tout diriger et avait en tête des projets qui m'était étranger. De tout cela, je m'en suis rendu compte très longtemps après avoir commencé à lier une relation proche avec elle que je pensais honnête et sans arrière pensée ; malgré ce que de nombreuses personnes me disait. Malheureusement, je me suis trompé et j'étais aveuglé par des sentiments à son égard. Il faut dire aussi que le fait d'être avec elle me permettait d'effacer un peu ce sentiment de solitude dont chaque étranger, je pense, souffre étant seul et hors de chez soi. On a beau avoir des gens autour de nous, lier des amitiés, une relation intime nous permet de tromper ce sentiment de solitude. Il a donc fallu que je prenne conscience de tout ceci pour la quitter. Aujourd'hui, je me sens libéré de cette relation et prêt à continuer ma vie pendant l'année qu'il me reste au Cameroun. Je suis libéré et j'ai d'ailleurs repris des relations que j'avais mises de coté ou que j'avais négligées depuis que j'étais avec elle. En même temps, je n'ai qu'un objectif c'est continuer à travailler comme je le fais jusqu'à mon départ, c'est aussi la fondation Béthanie continue à ½uvrer comme elle le fait après mon départ. On dit souvent que voyager c'est rencontrer l'autre mais aussi se rencontrer soi même. Peut être que cette expérience est une façon pour moi de faire une introspection et de me tester. Nul doute que je suis en train d'apprendre qui je suis et aussi de connaitre qui je veux être et ce dont je suis capable...